Nouvelle discorde au sujet de l’assurance-emploi?

« Notre gouvernement consulte des Canadiens d’un océan à l’autre en préparation du plan d’action économique de 2013, le budget », s’est contenté d’affirmer mardi le ministre des Finances Jim Flaherty, bombardé de questions au sujet de la possibilité qu’Ottawa modifie l’entente sur le marché du travail, qui prévoit le versement de 1,95 milliard par année aux provinces.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick « Notre gouvernement consulte des Canadiens d’un océan à l’autre en préparation du plan d’action économique de 2013, le budget », s’est contenté d’affirmer mardi le ministre des Finances Jim Flaherty, bombardé de questions au sujet de la possibilité qu’Ottawa modifie l’entente sur le marché du travail, qui prévoit le versement de 1,95 milliard par année aux provinces.

Ottawa — La réforme de l’assurance-emploi suscite encore la chicane entre Québec et Ottawa et voilà qu’une seconde querelle pourrait se profiler à l’horizon. Le gouvernement fédéral songerait à resserrer, dans son prochain budget, le suivi des transferts fédéraux versés aux provinces pour la formation de la main-d’oeuvre. À Québec, on rétorque que c’est « hors de question ».

Ottawa verse annuellement 1,95 milliard aux provinces et territoires pour que les gouvernements offrent de la formation aux prestataires d’assurance-emploi. L’entente sur le marché du travail, qui prévoit ces transferts fédéraux, prend fin en mars 2014.


Mardi, des médias ont rapporté que le ministre fédéral des Finances se préparerait à venir la modifier, mécontent de voir les provinces produire des résultats inégaux quant à la formation de main-d’oeuvre spécialisée. Le National Post révélait ainsi que les quelque 2 milliards pourraient à l’avenir être gérés directement par Service Canada, au sein de l’appareil fédéral. Radio-Canada indiquait de son côté qu’Ottawa demanderait « davantage de coordination et d’imputabilité en ce qui a trait aux résultats de chaque province ».


Aussitôt rapporté, aussitôt dénoncé. Le ministre québécois des Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier, a été catégorique : « Il n’est pas question pour nous de nous faire dicter des mesures de l’emploi qui sont servies par le lobby de Toronto. »


Pour l’instant, il ne s’agit que de rumeurs. Mais le gouvernement de Pauline Marois est prêt à défendre son point de vue, a prévenu le ministre Cloutier, en entretien téléphonique avec Le Devoir. « Après s’en être pris aux travailleurs avec le resserrement des règles en matière d’assurance-emploi, il semble que ça pourrait maintenant être le cas pour les programmes de formation de la main-d’oeuvre pour le Québec. […] Nous, ce qu’on souhaite, c’est le renouvellement de l’entente telle quelle. »


Des questions sans réponses


Interrogé sur le sujet aux Communes, le gouvernement conservateur a refusé de préciser quoi que ce soit. « Il serait prématuré de spéculer sur le contenu du budget », a rétorqué le premier ministre Stephen Harper.


Autre question demeurée sans réponse : le gouvernement a-t-il consulté les provinces au sujet « du transfert de la formation professionnelle, ou est-ce que les conservateurs comptent agir de façon unilatérale, secrète et cavalière, comme à leur habitude ? », a lancé le libéral Stéphane Dion. « Notre gouvernement consulte des Canadiens d’un océan à l’autre en préparation du plan d’action économique de 2013, le budget », s’est contenté de répondre le ministre des Finances, Jim Flaherty.


Pour ce qui est du Québec, M. Cloutier a indiqué que son gouvernement « n’a été consulté sous aucune forme ». Les dernières conversations remontent à la rencontre tenue entre les ministres des Finances du pays, en décembre dernier, alors que le ministre Flaherty avait « clairement énoncé que cette entente devait être renouvelée », a-t-on en outre rappelé au bureau de la ministre de l’Emploi, Agnès Maltais. Des 1,95 milliard de dollars transférés à l’échelle du pays, la province s’est vu octroyer 115,5 millions en 2012-2013. Des sommes qui se sont traduites par une formation offerte à 140 000 chômeurs.


« Au Québec, l’efficacité des mesures d’Emploi-Québec n’est plus à démontrer. Chaque année, le Québec fait une reddition de comptes sur l’utilisation des sommes consenties et on démontre vraisemblablement que chaque dollar investi a un impact dans l’économie », a par ailleurs fait valoir au Devoir une porte-parole de la ministre Maltais, Mélanie Harvey.


De l’avis du chef néodémocrate, les conservateurs prouveraient, s’ils vont de l’avant, qu’ils « sont de piètres fonctionnaires lorsqu’il s’agit de gérer l’avoir public », car ce sont eux qui avaient instauré les transferts pour la formation de la main-d’oeuvre aux provinces, en 2007, en suivant l’exemple de l’entente signée avec Québec en 1997. « Maintenant, il est question qu’ils changent leur fusil d’épaule », a-t-il reproché.


Le budget fédéral est attendu d’ici la fin du mois, possiblement le 26, selon ce qui circule dans les coulisses à Ottawa.

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