Sénateur Boisvenu: règles claires, mais conséquences nébuleuses

Il a été révélé que Pierre-Hugues Boisvenu entretient une relation intime avec son adjointe parlementaire, Isabelle Lapointe.
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Il a été révélé que Pierre-Hugues Boisvenu entretient une relation intime avec son adjointe parlementaire, Isabelle Lapointe.

Ottawa — Les règles régissant l’embauche au Sénat du Canada sont limpides : elles interdisent à tout sénateur de recruter dans son équipe un membre de sa famille ou de son « ménage ». Mais bien que le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu semble avoir enfreint cette règle, aucune conséquence ne semble lui être imposée.

Le guide sénatorial sur les pratiques d’embauche stipule que « les sénateurs ne peuvent pas embaucher parmi leur personnel un membre de la famille ou un membre du ménage ». Le guide précise que la « famille » désigne - notamment - un époux ou un conjoint, tandis qu’un membre « du ménage » désigne « quiconque habite effectivement ou habituellement dans la résidence du sénateur ». Il s’agit d’une façon d’englober tout partenaire qui n’aurait pas pour autant un statut de conjoint aux yeux de la loi.


Il a été révélé que M. Boisvenu entretient une relation intime avec son adjointe parlementaire, Isabelle Lapointe. Plusieurs journalistes ont vu au cours de la dernière année le couple faire son épicerie ensemble. On les voit arriver dans la même voiture sur la colline et ils effectuent des voyages ensemble pendant les relâches parlementaires. Selon nos informations, ils ont toutefois chacun leur appartement dans la région d’Ottawa.


Lundi, la leader du gouvernement au Sénat, Marjory LeBreton, a fait savoir que « les politiques du Sénat concernant les pratiques d’embauche sont très claires. Nous nous attendons à ce que tous les sénateurs respectent ces politiques ». Alors, quoi ? Silence radio. Ni Mme LeBreton ni le sénateur responsable du Bureau de régie interne du Sénat, David Tkachuk, n’ont indiqué ce qu’il adviendrait de ces informations, pas plus que le Bureau du premier ministre. Même la whip du gouvernement au Sénat, Elizabeth Marshall, à qui l’ex-épouse de M. Boisvenu aurait fait part de la relation il y a un an, n’a pas réagi.


On ignore si des sanctions seront imposées au sénateur, par ailleurs ardent défenseur de la loi et de l’ordre. La responsable des communications du Sénat, en tant qu’entité indépendante, a seulement indiqué mardi soir que « le Sénat se penche sur la situation du sénateur en question. À ce moment-ci, il serait prématuré de tirer des conclusions ».


Le chef du Bloc québécois estime que, « si monsieur le sénateur a erré et qu’il en était conscient, il doit s’en aller ». Le chef libéral par intérim, Bob Rae, pense que la situation n’est pas acceptable. « Il faut faire quelque chose. À mon avis, c’est inapproprié d’avoir une relation personnelle avec quelqu’un qui est aussi votre employé. »

Collègues à la rescousse

Ses collègues conservateurs sortent l'un après l'autre pour le défendre; certains affirmant même que l'affaire est déjà réglée.

 

Mardi, c'était Jean-Guy Dagenais qui laissait entendre que la règle qui interdit aux parlementaires de faire travailler leurs conjoints n'est pas une règle très sérieuse.

 

Mercredi matin, c'était au tour de Claude Carignan de serrer les rangs. Selon lui, il faut comprendre les situations difficiles lorsque quelqu'un se retrouve entre deux résidences et entre deux couples. À la fin de son plaidoyer en faveur de son collègue conservateur, le sénateur Carignan a affirmé que c'était fini.

 

Impossible de savoir si c'est la relation amoureuse ou la relation de travail qui est terminée.

 

Au bureau du sénateur Boisvenu, c'est encore la voix d'Isabelle Lapointe qu'on entend sur le répondeur. Mais ni le sénateur ni son adjointe ne retournent les appels des journalistes.

 

La leader du gouvernement au Sénat, Marjory LeBreton, s'est contenté de distribuer un courriel où elle dit que son gouvernement s'assurera que les dépenses engagées par les sénateurs soient appropriées, que les règles soient appropriées aussi et que le tout soit public. Elle ajoute, dans ce courriel, que son gouvernement ne fera aucun commentaire sur la vie personnelle des sénateurs.

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