Les conservateurs auraient été avertis de la relation du sénateur Boisvenu

Pierre-Hugues Boisvenu avec son adjointe Isabelle Lapointe et le directeur des communications adjoint du premier ministre, Stephen Lecce
Photo: Hélène Buzzetti Le Devoir Pierre-Hugues Boisvenu avec son adjointe Isabelle Lapointe et le directeur des communications adjoint du premier ministre, Stephen Lecce

Le gouvernement conservateur aurait été averti il y a un an que le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu embauchait sa conjointe à son bureau parlementaire, ce qui contrevient aux règles du Sénat. Mais selon nos informations, aucun suivi n’a été fait et le lien d’emploi s’est poursuivi.

Le sénateur conservateur et défenseur des victimes Pierre-Hugues Boisvenu est sur la sellette, car la relation intime qu’il entretient avec son adjointe parlementaire, Isabelle Lapointe, a été rendue publique. Or, les règles du Sénat stipulent que « les décisions d’embauche devraient être prises en fonction des compétences des candidats et être exemptes de tout favoritisme personnel ou familial ».


La porte-parole du leader du gouvernement au Sénat, Marjory LeBreton, a indiqué par courriel lundi que « les politiques du Sénat concernant les pratiques d’embauche sont très claires. Nous nous attendons à ce que tous les sénateurs respectent ces politiques. »


Le gouvernement peut bien aujourd’hui taper sur les doigts du sénateur, mais selon nos informations, il a été averti de cette situation il y a un an. M. Boisvenu est en instance de divorce depuis le 12 février 2012. Quelque temps avant cette date, son épouse Diane Carlos a fait parvenir à la whip du gouvernement au Sénat, Elizabeth Marshall, un courriel l’informant du lien unissant M. Boisvenu à son employée. Aucun suivi n’a été assuré, indique une source au Devoir. Mme Marshall n’a pas voulu commenter, tandis que le sénateur conservateur David Tkachuck, responsable du Bureau de régie interne, a fait savoir qu’il n’a « reçu aucune plainte à cet égard ».


Ce mardi matin, La Presse rapporte que Mme Marshall aurait confronté le sénateur et que ce dernier aurait nié la relation.


Croisé lundi soir, M. Boisvenu s’est refusé à tout commentaire.


Mme Marshall a été la vérificatrice générale de Terre-Neuve avant d’être nommée par Stephen Harper au Sénat. Elle est une des trois sénateurs ayant siégé au comité interne effectuant ces jours-ci une vérification de l’admissibilité des sénateurs à l’allocation pour résidence dans la capitale nationale. S’ils prouvent que leur résidence permanente est située à plus de 100 kilomètres d’Ottawa, les sénateurs peuvent se faire rembourser jusqu’à 22 000 $ par année.


Plusieurs journalistes ont aperçu le couple Lapointe-Boisvenu faisant l’épicerie ensemble. En outre, on les voit arriver dans la même voiture le matin et des sources indiquent qu’ils ont voyagé ensemble en République dominicaine, à New York et en Virginie. Leur relation est un secret de Polichinelle sur la colline depuis un peu plus d’un an.

 

Éviter le travail bidon


Les règles interdisant l’embauche de proches existent, car les parlementaires décident eux-mêmes leur nombre d’employés et le salaire de ceux-ci, dans le respect de certains paramètres. Il s’agit d’empêcher l’embauche d’un parent à salaire élevé pour du travail bidon. Ce n’est toutefois pas le cas ici, Mme Lapointe étant régulièrement vue sur la colline parlementaire.


Rappelons que ce genre de situation a déjà fait les manchettes. Le Devoir avait révélé en 2011 que c’est parce que la députée de Gatineau Françoise Boivin embauchait sa « colocataire », qu’elle refusait de présenter comme sa conjointe, que le Parti libéral lui avait demandé de quitter ses rangs. En 1990, deux députés conservateurs, dont le père du ministre Maxime Bernier, Gilles, avaient été accusés de fraude pour avoir chacun embauché le fils de l’autre pour du travail qu’on prétendait ne pas avoir été effectué.


Par ailleurs, le Bureau de régie interne s’est porté à la défense de M. Boisvenu, jugeant qu’il a le droit de toucher, comme il le fait, l’allocation pour dépenses de logement. M. Boisvenu désigne comme résidence principale le condo de Sherbrooke qu’il possède encore avec Diane Carlos, même s’il n’y habite plus. Il y retourne à l’occasion, mais il n’en possède même plus la clé et n’y a aucun effet personnel.

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