Un néodémocrate passe au Bloc

La décision de Claude Patry porte à cinq le nombre de députés bloquistes aux Communes. Claude Patry (devant, au centre) marche en compagnie de ses nouveaux collègues du Bloc québécois et de leur chef, Daniel Paillé.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick La décision de Claude Patry porte à cinq le nombre de députés bloquistes aux Communes. Claude Patry (devant, au centre) marche en compagnie de ses nouveaux collègues du Bloc québécois et de leur chef, Daniel Paillé.

Ottawa — Mal à l’aise avec la proposition néodémocrate de réforme à la Loi sur la clarté, le syndicaliste saguenéen Claude Patry tourne le dos au NPD pour rejoindre les rangs du Bloc québécois. Malgré cette deuxième défection d’un Québécois depuis la vague orange de 2011, Thomas Mulcair refuse de parler d’un désenchantement de ses députés de la province.


« Comme beaucoup de Québécois, en 2011, j’ai cru que le NPD agirait différemment des libéraux et des conservateurs et qu’ils reconnaîtraient véritablement les aspirations de la nation québécoise. Les récentes prises de position du NPD sur la Loi sur la clarté et le projet [hydroélectrique] de Churchill Falls [financé par Ottawa et appuyé par le NPD] démontrent de façon flagrante que ce parti privilégie les intérêts du Canada au détriment de ceux de la nation québécoise », a laissé tomber le député de Jonquière-Alma, jeudi matin.


Se disant encore aujourd’hui souverainiste, M. Patry a avoué avoir voté Oui aux référendums de 1980 et 1995 et possédé des cartes du Bloc, du Parti québécois et de Québec solidaire. Sous l’égide de Jack Layton, il voulait « laisser une chance », car il croyait « qu’on pouvait changer les choses, faire autrement ».


Un an et demi plus tard, il a déchanté. « Il n’est pas question que je me mette à genoux en tant que Québécois. Il y a des choses qui ne sont pas négociables, et le droit du Québec de choisir comment il va déterminer son avenir en est une », a tranché celui qui avait délogé le ministre conservateur Jean-Pierre Blackburn.


En réponse au Bloc, qui veut abroger la Loi sur la clarté référendaire, le NPD a proposé de concilier le pouvoir d’Ottawa de juger de la « clarté » d’une question référendaire et de la renvoyer en Cour d’appel québécoise si elle ne convient pas, avec la reconnaissance d’une majorité simple - tel que prévu dans la Déclaration de Sherbrooke adoptée en 2006 par le parti.

 

Le courage de ses convictions


En réaction à la défection de son député, le chef du NPD a rétorqué que M. Patry connaissait pourtant les tenants cette déclaration. Le document défend le seuil de 50 % + 1, s’oppose à un renvoi de la question aux tribunaux et note que « le NPD reconnaît également que ce droit à l’autodétermination implique la capacité de l’Assemblée nationale de rédiger, et des citoyens du Québec de répondre librement, à une question référendaire ».


M. Mulcair somme maintenant son ex-député d’affronter les électeurs de sa circonscription sous ses nouvelles couleurs, car il avait lui-même appuyé un projet de loi du NPD exigeant que le siège d’un transfuge devienne vacant en attendant une élection partielle. « Si M. Patry a le courage de ses convictions, il va démissionner », lui a lancé M. Mulcair, se disant convaincu que le NPD l’emporterait, puisque le Bloc est arrivé troisième dans la circonscription en mai 2011.


Un défi qu’a rejeté M. Patry, qui s’est dit confiant que ses électeurs ne lui en tiennent pas rigueur en 2015, puisqu’il représente un « bastion de nationalistes » qui a élu cinq péquistes au provincial.


Le premier ministre Stephen Harper a tenu à commenter la nouvelle, de passage à Rivière-du-Loup, se disant peu surpris de voir un membre du « Bloc orange » rejoindre les souverainistes. « Il y a une ambiguïté au caucus du NPD au Québec sur l’unité canadienne. »


L’ex-chef par intérim du NPD Nycole Turmel a été membre du Bloc, tandis qu’Alexandre Boulerice était membre de Québec solidaire. M. Mulcair a néanmoins nié que le malaise de M. Patry s’étende à d’autres. « Il n’y a aucune ambiguïté en ce qui concerne qui que ce soit au sein du caucus du Nouveau parti démocratique. »


Doyen des Communes, le bloquiste Louis Plamondon a lui-même quitté le Parti conservateur pour former le Bloc - au lendemain de l’échec de l’Accord du lac Meech - après avoir constaté, comme M. Patry, « que les partis fédéralistes quels qu’ils soient ne peuvent pas bien servir les intérêts du Québec ». Et il croit que d’autres en viendront à la même conclusion. « Ça sent bon pour 2015, ça sent très bon ! »


En janvier 2012, Lise St-Denis (Saint-Maurice -Champlain) a claqué la porte du NPD pour rejoindre les libéraux, contestant certaines positions néodémocrates. En avril, l’Ontarien Bruce Hyer s’est déclaré indépendant, refusant de s’opposer à l’abolition du registre des armes d’épaule comme le lui ordonnait M. Mulcair.

36 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 1 mars 2013 00 h 52

    Une initiative lucide et courageuse !

    Tout Québécois de cœur doit saluer cette initiative lucide et courageuse, bien que tardive, de Monsieur Claude Patry.

    La réaction déplorable, arrogante et vengeresse, du chef du NDP ne fait que souligner la pertinence de cette décision du député de Jonquière-Alma, et on peut d’ors et déjà se demander quel sera le prochain député à se ressaisir dans le meilleur intérêt bien compris de la majorité des citoyens québécois.

    Un certain Alexandre Boulerice, entre autres, affirmant se camper dans une perspective progressiste, a à faire un choix clair entre le carriérisme fédéraliste dans le cadre du NPD, et d’autre part la défense des intérêts québécois !

    Il est temps de sortir du Québec, un certain Cheval de Troie qui s’est introduit en douce chez nous en 2011, non sans un déficit éthique qui se révèle à tous, s’il en était encore le besoin !

    Yves Claudé

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 1 mars 2013 09 h 58

      Ce n’est un secret pour personne, il reste heureusement au NPD des députés souverainistes qui, tout en sachant qu’ils sont dans un parti fédéraliste, opteraient pour la souveraineté s’il y avait un troisième referendum.

      Quant à Alexandre Boulerice, il sait pertinemment qu’il doit sa victoire dans Rosemont-Petite-Patrie à Amir Khadir de Québec Solidaire. Sans l’appui spécifique d’Amir, Boulerice ne serait jamais devenu le bras droit de Mulcair pour le Québec (rappelons-nous Khadir sur les ondes de Radio Centre-Ville le 14 août dernier: «l’indépendance si nécessaire mais pas nécessairement l’indépendance»!)

      Non seulement QS a pilonné les élections fédérales de 2011 (Harper) en donnant son appui officiel au NPD plutôt qu’au BLOC mais il a également pilonné les dernières élections de septembre dernier au Québec en ne permettant pas au PQ (Marois) la majorité des votes tout en freinant la chute des libéraux de l’ex gouvernement Charest.

    • Jacques Patenaude - Abonné 1 mars 2013 10 h 39

      Alexandre Boulerice a parlé du NPD comme d'une grande coalition progressiste. Pourtant le droit à l'autodétermination est nié par le NPD avec sa loi sur la clareté en nous demandant de soumettre un éventuel référendum à l'approbation du Canada. Pour les progressistes ça devrait faire parti de leurs principes non? Si c'est ça sa coalition progressiste il peut la garder pour lui. En passant avez-vous remarqué que ce sont maintenant les fédéralistes qui débattent de référendum? il ne semble qu'ils disaient que ça nuit à l'économie de parler de cela.

    • Gilles Théberge - Abonné 1 mars 2013 12 h 28

      Je n'attends rien de Boulerice. Mais je n'oublie pas non plus que Khadir a voté pour le NPD contre le Bloc le 2 mai 2011.

      Méchant souverainiste ce Khadir! Jusqu'à preuve du contraire les lois de la physique s'appliquent. C'est ainsi que les «boomerangs» finissent toujours par revenir à leur point de départ.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 1 mars 2013 05 h 40

    Saguenay

    Le Saguenay, patrie de gens sensés ayant les deux pieds sur terre avec le gros bon sens comme boussole.

    Claude Patry, le premier d'une multitude qui se réveille et reprend ses esprits après avoir donné sa chance au fédéral et à un parti qui en fait la promotion.

    Modèle à suivre !

  • Cyril Dionne - Abonné 1 mars 2013 07 h 35

    Il n'est jamais trop tard pour retourner au bercail.

  • Yves Perron - Inscrit 1 mars 2013 07 h 54

    La marche vers l'indépendance est longue...

    Le peuple Québécois est peureux et hésitant mais il finira bien par se rendre compte que nous ne sommes pas chez nous dans cette ''emmanchure'' Coast to Coast...

    ''Les boeufs sont lents mais la terre est patiente''

  • Michel Richard - Inscrit 1 mars 2013 08 h 01

    J'aimerais bien

    ressortir tous les commentaires qui ont été écrits dans ces pages l'automne dernier, quand les députés du PQ ont quitté le caucus.

    Combien de fois j'ai lu qu'un député vire-capot devait démissionner, etc . . .

    Aujourd'hui, je lis que Claude Patry fait preuve "d'initiative courageuse". C'est tellement gros, que c'est comique.

    • Simon Nollet - Inscrit 1 mars 2013 09 h 22

      A cet égard, aucun député péquiste a Quéébec a commenté cette nouvelle!

    • Yves Claudé - Inscrit 1 mars 2013 09 h 46

      Confusion !

      Monsieur Michel Richard

      Comme vous vous référez explicitement à mon commentaire («Une initiative lucide et courageuse !»), je me dois de préciser que vous m’associez à des points de vue qui ne sont aucunement les miens.

      J’ajouterais, sans fausse modestie, s’il est question de commentaires antérieurs, que j’avais appelé personnellement Monsieur Patry à rejoindre le Bloc québécois, et que j’avais prédit qu’il serait un des premiers à se ressaisir après les divagations de la «vague orange» !

      Yves Claudé

    • François Côté - Inscrit 1 mars 2013 13 h 58

      Et vlan dans les dents!

      Ce qu'il y en a qui doivent se reconnaître...

    • Michel Richard - Inscrit 1 mars 2013 15 h 28

      M Claudé,
      J'admet que vous avez pu vous sentir visé. Et je vous crois sur parole quand vous dites que vous n'êtes pas de ceux qui rouspètaient quand les députés du PQ ont quitté ce parti. Désolé.

      Mon commentaire demeure pour tous les autres (et y'en avait un grand nombre) qui ruaient dans les brancards !