Ottawa poursuit son retrait du nucléaire

Ottawa — Le gouvernement fédéral passe à la deuxième étape de son processus de privatisation de ses activités nucléaires. Après la vente de la filière des réacteurs CANDU à SNC-Lavalin en 2011, Ottawa cède la gestion de ses laboratoires nucléaires au secteur privé. Il espère ménager l’argent des contribuables, bien qu’il soit pour l’instant incapable de chiffrer les économies.


Les détails de la transaction à venir ne sont pas encore disponibles, Ottawa estimant que l’appel d’offres sera terminé d’ici deux ans. Au coeur de la transaction se trouvent la multitude de laboratoires de recherche nucléaire situés à Chalk River, en Ontario, et Whiteshell, au Manitoba, où s’effectue de la recherche de pointe dans des domaines variés, allant de la dégradation des matériaux à la fabrication de combustible recyclé. Les universitaires et les entreprises privées y louent du temps d’utilisation de faisceau.


Ottawa entend rester propriétaire de ces laboratoires, mais en confier la gestion au secteur privé. « On a l’expérience en général que le secteur privé peut gérer les entreprises d’une manière plus efficace que le gouvernement. C’est la réalité historique. Je n’ai pas un chiffre précis pour le moment », a expliqué jeudi matin le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver. Les économies ne sont pas chiffrées parce qu’on ignore la forme que prendra le futur partenariat. Toutes les possibilités sont sur la table : Ottawa pourrait devoir payer le futur sous-traitant ou au contraire toucher un loyer de celui-ci.


Selon les fonctionnaires, les laboratoires visés par l’annonce rapportent pour l’instant environ 75 millions de dollars au gouvernement fédéral, mais une part non identifiée découle de la vente d’isotopes médicaux, une activité qui ne fera pas partie de la transaction. Les « charges opérationnelles » s’élèvent, elles, à 380 millions. Si on ajoute les charges financières relatives à la gestion des déchets, le déficit des laboratoires s’élevait à 1,7 milliard de dollars en 2012.

 

De l’efficacité dans la gestion


Le professeur spécialisé dans l’industrie nucléaire Duane Bratt ne s’étonne pas de ce montant. Cette transaction servira à injecter de l’efficacité dans la gestion, pas à rapporter de l’argent. « Les laboratoires ne sont pas destinés à faire des profits », dit-il. Il ne s’étonne pas que le gouvernement reste propriétaire des installations puisque, selon lui, « personne n’en aurait voulu ! Il y a beaucoup de déchets [nucléaires] et, si le gouvernement n’en est pas le propriétaire, alors l’entreprise privée en deviendrait responsable ».


C’est aussi à Chalk River, dans le réacteur National Research Universal (NRU), que sont fabriqués les fameux isotopes de technétium-99m utilisés à des fins d’imagerie diagnostique médicale. Cette activité ne fera pas partie de la transaction : la licence d’exploitation du réacteur à cette fin arrive à échéance en 2016 et il n’est pas prévu qu’elle soit prolongée.


À cet égard, Joe Oliver a annoncé trois subventions totalisant 25 millions de dollars à trois groupes (TRIUMF, l’Université de l’Alberta et la Prairie Isotope Production Enterprise du Manitoba) qui produisent des sources alternatives d’isotopes. Le but est d’assurer un niveau de production commercial pour prendre la relève du NRU en 2016.

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