Claude Patry du NPD passe au Bloc québécois

Pour justifier son changement de parti, M. Patry a cité deux positions du NPD avec lesquelles il est en désaccord. Celle sur la clarté référendaire et l'appui néodémocrate à la décision du fédéral de financer le projet hydro-électrique du Bas-Churchill de la province de Terre-Neuve, dont la vente d'électricité sera en concurrence avec celle du Québec, qui n'a pas reçu d'aide d'Ottawa.

M. Patry a dit qu'il refusait de «se mettre à genoux».

Le nouveau député bloquiste, qui dit avoir voté en faveur de la séparation du Québec lors des deux référendums, a affirmé s'être joint au NPD en 2011 parce qu'il croyait que le parti allait incarner le changement.

«Je pensais qu'on pouvait faire les choses autrement», a déclaré M. Patry, nerveux, lors du point de presse à Ottawa, pour justifier sa décision d'avoir joint les rangs d'un parti fédéraliste.

«Comme beaucoup de Québécois en 2011, j'ai cru que le NPD agirait différemment des libéraux et des conservateurs et qu'il reconnaîtrait véritablement les aspirations de la nation québécoise», a-t-il poursuivi.

Mais ce n'est pas le cas, a-t-il conclu, presque deux ans après l'élection.

Et si ceux qui l'ont élu ne sont pas satisfaits d'être dorénavant représentés par un parti souverainiste, «les élections sont bientôt, en 2015», a-t-il rétorqué.

Non négociables

En conférence de presse, entouré des quatre députés de sa nouvelle famille politique, M. Patry a soutenu que certaines choses ne sont pas négociables.

«Depuis le début du débat sur l'abrogation de la loi sur la clarté, j'ai été secoué par la réaction des députés fédéralistes en cette Chambre. Cela m'a amené à amorcer une réflexion. J'ai consulté mes proches, et j'en suis venu à la conclusion que la reconnaissance de la nation québécoise est incompatible avec le maintien d'une loi qui impose des conditions au Québec. Or, la proposition du NPD, tout comme l'actuelle loi sur la clarté, va à l'encontre de ce principe fondamental», a-t-il déclaré.

«Je ne veux pas voter contre mon monde, contre ma province, contre le Saguenay-Lac-Saint-Jean», a indiqué le nouveau député du Bloc au sujet du projet de loi bloquiste qui vise à abolir la loi sur la clarté. Il estime qu'il revient à Québec de déterminer les conditions d'un prochain référendum.

Démission?

Le chef néodémocrate, Thomas Mulcair, croit que M. Patry doit démissionner.

Il a insisté sur le fait que les positions de son parti avaient été endossées par tous lors de la dernière campagne électorale. La plateforme était connue, tout comme la nature «fédéraliste» du parti et M. Patry ne pouvait pas l'ignorer, a-t-il souligné.

Il a aussi rappelé que Claude Patry avait voté en faveur d'une motion du NPD qui visait à interdire les transfuges d'un parti à l'autre. Si cela devait se produire, la motion prévoyait que le député devait démissionner et faire face à ses électeurs dans une élection partielle.

«Si M. Patry a le courage de ses convictions, il doit démissionner», a insisté M. Mulcair.

«Il ne cesse de dire qu'il a consulté beaucoup de monde, mais il n'a pas consulté ses électeurs», a-t-il fait valoir.

Ce dernier maintient que le caucus néodémocrate est uni, et que si M. Patry se présente sous la bannière du Bloc, il sera défait. En 2011, lors des dernières élections, le Bloc n'avait obtenu que 18 pour cent des votes dans cette circonscription.

«Ça sent bon pour 2015»

Daniel Paillé, le chef du Bloc, a présenté le geste de M. Patry comme un pas vers les prochaines élections fédérales.

«Ça sent bon pour 2015», a pour sa part lancé le député bloquiste Louis Plamondon, tout sourire.

Le premier ministre Stephen Harper semble aussi se réjouir de la tournure des événements qui met le NPD, son opposition officielle au Parlement, dans une position délicate.

«Ce n'est pas une grande surprise. Il y a une ambiguïté au caucus NPD au Québec sur l'unité canadienne. Il y a beaucoup de liens entre le caucus québécois du NPD et Québec solidaire et moi je ne suis pas surpris quand je vois un tel développement avec le soi-disant "bloc orange"», a répondu M. Harper lors d'un point de presse à Rivière-du-Loup.

M. Patry n'a pas voulu révéler si d'autres députés du NPD du Québec partagent son malaise.

«S'ils ont un peu de fierté québécoise, ça doit les fatiguer un peu», a toutefois relevé M. Plamondon.

Le Bloc québécois compte désormais cinq députés aux Communes.

Le NPD avait aussi perdu l'an dernier une députée, Lise St-Denis, cette fois-là au profit du Parti libéral du Canada.

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