Assurance-emploi - La performance des enquêteurs est scrutée chaque semaine

En réaction aux questions de l’opposition, la ministre des Ressources humaines, Diane Finley, a accusé ses adversaires néodémocrates de ne s’occuper « que des gens qui sont des tricheurs ou des fraudeurs, qu’ils appellent des “ victimes ” ».
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld En réaction aux questions de l’opposition, la ministre des Ressources humaines, Diane Finley, a accusé ses adversaires néodémocrates de ne s’occuper « que des gens qui sont des tricheurs ou des fraudeurs, qu’ils appellent des “ victimes ” ».

Les quotas mensuels et annuels imposés aux enquêteurs de l’assurance-emploi s’accompagnent maintenant d’un suivi hebdomadaire de leurs « performances ». Et quand un fonctionnaire trouve un prestataire à couper « valant » plus de 2500 $, il a droit aux plus vives félicitations, selon des informations transmises au Devoir.

D’après nos sources et un courriel interne obtenu mardi, les enquêteurs des Services de l’intégrité chargés de découvrir les fraudeurs potentiels doivent remplir depuis quelques semaines un rapport hebdomadaire qu’ils envoient à leur chef d’équipe. Dans ce rapport, ils sont tenus d’indiquer le bilan de leur semaine : combien de fraudeurs ont été identifiés (la décision sans appel de couper ou non les prestations revient à un autre secteur), et combien les prestations de ces chômeurs valent.


« La ministre Finley dit qu’il faut vérifier les performances des fonctionnaires, indique un de ceux-ci. Mais actuellement, la seule façon d’évaluer notre performance, c’est par l’argent qu’on fait économiser, point final. »


Selon cet enquêteur, « il faut surtout signaler les cas de plus de 2500 $ [en prestations coupées ou à récupérer], parce qu’ils sont considérés comme étant prioritaires - plus payants, en somme ». Le courriel consulté rappelle effectivement aux fonctionnaires l’importance de communiquer les cas prioritaires.


Notre source indique qu’elle a récemment reçu des félicitations de son supérieur parce qu’elle avait démasqué un fraudeur potentiel d’une « valeur » de 4000 $. « Il avait les poings en l’air, m’a dit “ bon travail, continue ”, tout ça. »


Bonis aux quotas ?


L’explication à cet enthousiasme tient peut-être dans des révélations faites mardi par le Parti libéral du Canada. Selon le chef intérimaire Bob Rae, les gestionnaires de Service Canada recevraient en effet des bonis si leurs équipes parviennent à atteindre les objectifs de réduction espérés par le ministère. Les libéraux soutiennent que cette information leur a été communiquée par des fonctionnaires désirant garder l’anonymat. Deux sources ont aussi confirmé au Devoir l’existence de ces bonis aux quotas.


Le premier ministre Stephen Harper a évité de répondre à l’affirmation, indiquant plutôt que « notre responsabilité légale est de veiller à ce que la caisse de l’assurance-emploi soit utilisée par les vrais chômeurs. Malheureusement, chaque année, il y a des paiements illégaux ou inappropriés ».


La ministre des Ressources humaines, Diane Finley, a elle aussi ignoré les allégations du chef libéral, accusant ses adversaires néodémocrates de ne s’occuper « que des gens qui sont des tricheurs ou des fraudeurs, qu’ils appellent des “ victimes ” ». « C’est un air connu de la part des conservateurs, de stigmatiser l’adversaire politique et de crier des insultes et des injures », a déploré le néodémocrate Alexandre Boulerice.

 

Maltais à Ottawa


Le dossier de la réforme de l’assurance-emploi a ainsi continué de monopoliser les débats aux Communes. Pour Bob Rae, l’existence de quotas de prestations à couper - 485 000 $ par fonctionnaire par année, selon ce que dévoilait Le Devoir lundi - et d’une directive du fédéral incitant les enquêteurs de Service Canada à faire du porte-à-porte pour vérifier l’état des recherches d’emplois des chômeurs (révélée par La Presse canadienne la semaine dernière) font en sorte de créer « un climat très oppressif pour les gens et ça fait que tout le monde se sent comme un criminel. Et je ne crois pas que ce soit le genre de système d’assurance qu’on veut avoir dans ce pays », a déploré le chef libéral.


L’enjeu occupera encore ce mercredi la ministre Finley. Elle doit rencontrer la Coalition sur l’assurance-emploi du Québec, de même que la ministre québécoise du Travail Agnès Maltais - si la température le permet. Il y a deux semaines, Mme Maltais avait été forcée de rebrousser chemin lorsque son avion n’a pas pu se poser dans la région d’Ottawa en raison d’une tempête de neige. La météo ne s’annonce pas plus clémente mercredi.


Québec réclame depuis des mois qu’Ottawa lui fournisse les études d’impact de ses changements pour la province, laquelle estime qu’elle écopera financièrement puisque les chômeurs écartés réclameront désormais de l’assurance sociale aux frais du gouvernement provincial. La délégation d’une quarantaine de personnes issues de la Coalition viendra quant à elle expliquer certaines conséquences de la réforme pour l’est du Québec et ses travailleurs saisonniers, qu’elle juge incomprises par la ministre.

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