Assurance-emploi - Des fonctionnaires effectuent des visites-surprises aux chômeurs

On frappe à la porte et vous n’attendiez pas de visite ? Si vous êtes un bénéficiaire de l’assurance-emploi, vous pourriez avoir la surprise de vous retrouver nez à nez avec un employé de Service Canada.


Des fonctionnaires du gouvernement fédéral se livrent actuellement à des visites impromptues chez des prestataires de l’assurance-emploi. Alors que la méfiance à l’égard des changements au programme ne tarit pas, certains trouvent le moment de cette initiative bien mal choisi.


Au total, environ 1200 prestataires sélectionnés aléatoirement recevront la visite chez eux d’un représentant de Service Canada d’ici la fin du mois de mars.


C’est donc le hasard qui a fait en sorte qu’on frappe à la porte d’une travailleuse saisonnière oeuvrant dans les usines de poisson du Nouveau-Brunswick, actuellement au chômage en raison de la fin de la saison de la pêche. Cette bénéficiaire de l’assurance-emploi a accepté de répondre aux questions de La Presse canadienne à condition que son nom ne soit pas publié.


Le 5 février, au moment où elle rentrait après avoir fait des courses, elle a reçu la visite d’une fonctionnaire chez elle. « Ça m’a surprise quand elle a demandé pour moi. Ça m’a comme saisie », a-t-elle relaté.


« Elle a dit : “ Je suis venue t’amener un formulaire, tu vas remplir ça, et puis je veux avoir une entrevue avec toi mercredi. ” Je lui ai dit : “ Je serai là ”», a expliqué celle qui travaille dans les usines de poisson depuis pas moins de 35 ans.


Son histoire est venue aux oreilles d’Alma Breau-Thibodeau, qui a fondé le Comité d’action assurance-emploi à la défense des travailleurs et travailleuses, un groupe du Nouveau-Brunswick qui organise notamment des manifestations pacifiques pour s’opposer à la réforme. À son avis, de telles visites ne font que jeter de l’huile sur le feu.


« Ça, c’est abuser. Ils nous abusent “ au bout ”. On se sent tous agressés par cette loi-là, a-t-elle signalé. C’est un gros cas, quand tu es rendu que tu te fais vérifier à la maison. »

 

Confirmation


« Un examen pour assurer l’intégrité du régime d’assurance-emploi est présentement en cours », a confirmé par courriel à La Presse canadienne une porte-parole du ministère des Ressources humaines et du Développement des compétences.


Des employés se rendent ainsi depuis janvier au domicile de bénéficiaires - sans préavis - pour leur remettre en main propre une convocation à une entrevue, a-t-on indiqué au ministère. Environ 50 employés seraient dévoués à cette tâche, en plus de leurs responsabilités quotidiennes.


Le député néodémocrate Yvon Godin, lui-même en croisade contre la réforme de la ministre des Ressources humaines, Diane Finley, ne voit pas d’un bon oeil ces visites à domicile. « C’est commencer à intimider les gens dans leur demeure », a tranché le député d’Acadie-Bathurst.


Selon M. Godin, les gens sont tellement en colère à cause des changements récemment apportés au régime d’assurance-emploi que certains pourraient mal accueillir les employés de Service Canada se présentant chez eux. « Moi, je ne recommanderais pas aux représentants du gouvernement d’aller cogner aux portes présentement. C’est dangereux », a-t-il conclu.


La déléguée syndicale Nathalie Paulin a elle-même constaté que l’agressivité des chômeurs grimpe en flèche, que ce soit dans les manifestations ou lors d’appels téléphoniques pour s’informer sur la réforme auprès de Service Canada.


Cela a d’ailleurs incité Mme Paulin à exprimer publiquement ses inquiétudes à l’égard des changements au programme. « Le niveau d’agressivité monte, et moi, j’avais peur pour la santé et la sécurité des membres que je représente, a-t-elle noté. On comprend la détresse des gens, on la vit nous autres aussi. »


Pas terminé


En mai dernier, Mme Finley a annoncé une refonte importante de l’assurance-emploi, graduellement mise en oeuvre au cours des derniers mois.


Désormais, le chômeur fréquent doit accepter tout emploi pour lequel il est qualifié dans un rayon de 100 kilomètres de son domicile, et ce, même si le salaire ne représente que 70 % de son salaire antérieur. Il doit également prouver qu’il recherche activement un emploi.


Les détracteurs de la réforme affirment que les changements heurtent particulièrement les travailleurs saisonniers du Québec et des provinces de l’Atlantique.


La ministre Finley a publié pour sa part un communiqué mardi pour calmer le jeu et « mettre les choses au point ». « Aucune personne ne perdra ses prestations si elle ne peut trouver un emploi, pourvu qu’elle entreprenne des démarches raisonnables pour trouver un emploi et qu’elle accepte un emploi convenable », peut-on lire dans le communiqué.


Mais le ton rassurant du gouvernement ne parvient pas à apaiser les travailleurs inquiets. Des manifestations d’envergure pour dénoncer la refonte du programme sont organisées dans une dizaine de villes au Québec samedi.

6 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 21 février 2013 06 h 50

    Chômacoutes!

    Ça commence à ressembler à une police du chômage, ça. Et l'ineffable porte-parole des Conservateurs, M. Gourde, va ressortir sa cassette: "On est là pour vous aider... Il est préférable de travailler que recevoir des prestations..."

    Ouais, travailler 40 heures pour des pinottes de plus... L'argent serait mieux placé à créer des emplois, M. Harper.

    "It's about creating jobs, Stupid!" Pour paraphraser une déclaration célèbre... C'est la création d'emplois qui importe!

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 21 février 2013 07 h 46

    Mais !

    Mais vous vous attendiez à quoi pour l'amour du ciel ?

  • Rodrigue Guimont - Inscrit 21 février 2013 09 h 49

    Les Harpeur-macoutes

    Le Québec des années 1990 a connu sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa des agents mandatés pour visiter à domicile les utilisateurs de l’aide sociale afin de dépister supposément les fraudeurs. La population les avait surnommé les Boubou-Macoutes, «Boubou» pour Bourassa et «macoute» en référence à la police haïtienne (tontons macoutes) sous la dictature Duvalier.

    Quand des agents gouvernementaux viennent chez vous vérifier vos papiers (ou vous forcent à remplir des papiers) vous n’êtes pas loin d’un absurde fanatisme. L’Assurance emploi appartient aux Canadiens et le gouvernement, qui ne met aucun sou dans ce programme, n’a aucune légitimité, sauf celle qu’il s’octroie.

    Contraindre un chômeur d’accepter tout travail dans un rayon s'étendant jusqu'à 100 km, soit une heure de route de chez lui, à 70% de son salaire (et sans compensation naturellement pour l’essence ou le voyagement) remarquez, c’est faire d’une pierre deux coups: c’est d’autant plus de ventes d’essence pour les compagnies pétrolières.

  • Benoit Toupin - Abonné 21 février 2013 13 h 46

    Affreux!

    A quand la démission des 5 conservateurs élus au Québec. Sont-ils au service des électeurs ou au service du monarque Harper?

  • Jacques Simard - Inscrit 21 février 2013 15 h 15

    C'est tout gâteau!

    Il y a des conscriptions de guerre, il peut y avoir des conscriptions de paix. Toutes deux prennent leur argument de la sauvegarde de la démocratie. L'une tire à son avantage l'amour que nous avons pour nos institutions et du mode de vie dont elles sont les garantes, l'autre, demande aux débiteurs des dettes nationales de s'assurer de régler leur compte pour retrouver dans le futur la faculté de faire leurs propres choix. Dans l'un et l'autre cas, les gouvernements se réduisent presque (et même pour ceux dont ce ne serait pas le voeu premier) qu'à n'être plus que des intermédiaires timides et ingénieux (ou sinon éloquents) entre les bénéficiaires de ces conscriptions et nous. Les bénéficaires? ferais-je preuve de trop de témérité en pointant du doigt les grands complexes militaro-industriels et la grande industrie pétro-chimique (sans parler des grands fonds de retraite qui s'y acoquinent aujourd'hui via leur immense porte-feuille)? Et ces grands investisseurs, dont on nous rabat les oreilles à tout bout de champs, ne seraient-ils pas les mêmes qui sont devenus pour une part non-négligeable les créanciers de nos gouvernements?
    La réforme de l'AE, réforme insérée en douce dans un projet de loi-mammouth, par les moyens de coercition dont elle se dote pour arriver à ses fins, incite à quoi? sinon à vider pour mieux asservir l'est du pays au profit des intérêts de l'ouest canadien, et qui retrouve-t'on là par hasard? Les spins doctors du PCC sont géniaux, affaiblir l'est, c'est d'autant renforcer le poid comme l'amour de l'ouest pour ce gouvernement et lui assurer ainsi un '2 mai' répétitif et pérenne. C'est tout bénéfice, autant pour le parti que pour les bailleurs de fond de leur gouvernement

    "Ta théorie est intéressante mais pas assez folle pour être vraie"

    Niels Bohr, discutant avec un étudiant.