Assurance-emploi: des conservateurs du Québec dénoncent la réforme

Le premier ministre Stephen Harper en compagnie de Allen Cormier, candidat conservateur défait à l’élection de 2011 dans Haute-Gaspésie–La Mitis–Matane–Matapédia. Selon M. Cormier, cette réforme de l'assurance-emploi videra la région.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le premier ministre Stephen Harper en compagnie de Allen Cormier, candidat conservateur défait à l’élection de 2011 dans Haute-Gaspésie–La Mitis–Matane–Matapédia. Selon M. Cormier, cette réforme de l'assurance-emploi videra la région.

Ottawa — La grogne régionale envers la réforme de l’assurance-emploi gagne jusqu’aux conservateurs. Du moins, ceux qui l’étaient. Au moins trois candidats défaits du Parti conservateur à la dernière élection joignent leur voix aux mécontents pour demander à Ottawa de retourner à sa table à dessin pour prendre en compte la réalité de leur région.


C’est le cas de Bertin Denis, Allen Cormier et Michel-Éric Castonguay, qui se sont présentés sous la bannière conservatrice à l’élection de 2011, respectivement dans les circonscriptions de Rimouski-Neigette -Témiscouata -Les Basques, Haute-Gaspésie -La Mitis -Matane -Matapédia et Montmorency -Charlevoix -Haute-Côte-Nord. Ce sont trois circonscriptions de l’est du Québec où le travail saisonnier est une réalité omniprésente.


« C’est une grande réforme pancanadienne qui ne tient pas beaucoup compte des particularités régionales », lance Bertin Denis, en entretien avec Le Devoir. Cette réforme « crée beaucoup, beaucoup, beaucoup d’incertitude », déplore celui qui est préfet de la MRC des Basques. « Je suis modérément pour les objectifs de la réforme [mettre un terme à certains abus], mais j’en constate les effets collatéraux extrêmement négatifs. » À ce chapitre, il donne l’exemple des pompiers volontaires.


La plupart des pompiers volontaires de sa région sont par ailleurs des travailleurs saisonniers qui touchent à l’occasion de l’assurance-emploi. Auparavant, un chômeur pouvait conserver en plus de sa prestation tout revenu ne dépassant pas 40 % de celle-ci. Désormais, le gouvernement retient 0,50 $ de prestation pour chaque dollar gagné. « Ils font un feu, ils gagnent 55 $ et ils se font couper un montant substantiel de leur prestation. Donc, c’est pas très tentant d’aller risquer leur vie. On a vu beaucoup de défections et de départs. Ce sont des effets collatéraux de la réforme. » Pour M. Denis, la réforme pose donc des questions de sécurité.


De son côté, Allen Cormier le reconnaît sans ambages. « Non, je ne l’aime pas, la réforme », dit le préfet de la Haute-Gaspésie. M. Cormier a même participé à la manifestation du 26 janvier pour la dénoncer. Il estime que « ça prendrait une modulation pour les régions afin de tenir compte de certains éléments ». Selon lui, cette réforme videra la région. « Si on dit que les gens vont quitter vers les grands centres, on vide les régions. La fameuse occupation du territoire, on la fera comment, alors ? »


Celui qui est basé à Sainte-Anne-des-Monts insiste : c’est parce que le fleuve est gelé que les pêcheurs ne travaillent pas, pas parce qu’ils sont paresseux. En entrevue avec le mensuel Graffici, M. Cormier avait été plus cinglant encore. « C’est un désaveu complet. À moins qu’il y ait de très gros changements, je ne briguerai pas un siège de député du Parti conservateur aux prochaines élections. Ce n’est pas parce que j’étais candidat conservateur que j’ai les yeux fermés ! »


Quant à Michel-Éric Castonguay, il est carrément en soutien des groupes Action-Chômage de Charlevoix et de la Haute-Côte-Nord dans ce dossier. « Le gouvernement fait fausse route avec cette réforme », dit celui qui a aussi travaillé au cabinet des ministres Christian Paradis et Denis Lebel. « Il faut plutôt s’attaquer aux symptômes du marché du travail saisonnier. » Selon lui, « on va tuer les régions avec cette réforme, et les compétences dans les régions vont se perdre ».


Lui-même dit bien comprendre la situation parce qu’il s’est aussi retrouvé au chômage. Il était dans le domaine de la recherche vétérinaire et les coupes gouvernementales lui ont fait perdre son emploi. « Je suis touché personnellement moi aussi », dit-il. Il trouve inconcevable l’obligation qui est faite aux chômeurs de se rapporter à un fonctionnaire pour prouver qu’ils cherchent de l’emploi. « Prenons l’exemple de quelqu’un qui vit à Tadoussac. Il doit faire 70 kilomètres [95, en fait] pour se rendre au bureau de Forestville pour démontrer qu’il recherche de l’emploi. »


Difficile allégeance


La ministre des Ressources humaines, Diane Finley, semble avoir fait preuve d’une certaine ouverture. Ainsi, elle a accepté de rencontrer une délégation de l’est du Québec le 27 février prochain. Un autobus partira de la Gaspésie, s’arrêtera à Québec pour rejoindre des gens de Charlevoix et de la Côte-Nord, et se dirigera vers Ottawa pour une rencontre avec la ministre. Celle-ci a consenti à rencontrer quatre personnes, soit un représentant pour chaque région : Charlevoix, Gaspésie, Bas-Saint-Laurent et Côte-Nord. « Au moins, le fait que la ministre a accepté de nous rencontrer, c’est quand même bon », estime M. Cormier.


Les trois anciens candidats éprouvent par ailleurs beaucoup de difficulté à afficher leur affiliation politique. Bertin Denis, par exemple, annonce qu’il ne sera plus candidat pour le PC. Mais c’est surtout à cause de la mauvaise réputation que les médias, selon lui, font au parti. « Je ne veux pas me mettre en porte à faux avec ma population », dit-il. « Moi, on me ridiculise régulièrement parce que j’ai été candidat au Parti conservateur alors que je voulais seulement offrir mes services à la population et que le Parti conservateur était le véhicule qui était disponible. »


Allen Cormier ne sera pas candidat non plus, mais il ajoute ne pas renier sa formation. « J’ai été candidat, mais ça ne veut pas dire que j’endosse tout ce que le parti fait ou dit. » Quant à M. Castonguay, il dit seulement que depuis sa candidature à l’élection de 2011, « je ne suis pas le plus populaire dans ma région ». Il ne renie pas son parti, car il estime ne pas être obligé d’en appuyer les idées à « 100 % ».

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