Réfugiés - Ottawa ajoute le Mexique à sa liste de pays sûrs

En ajoutant le Mexique et sept autres pays à sa liste de pays sûrs, le ministre de l’Immigration, Jason Kenney, rend plus difficiles les demandes d’asile de refugiés provenant de ces pays.
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld En ajoutant le Mexique et sept autres pays à sa liste de pays sûrs, le ministre de l’Immigration, Jason Kenney, rend plus difficiles les demandes d’asile de refugiés provenant de ces pays.

Ottawa ajoute le Mexique à sa liste de pays qu’il considère comme « sûrs », rendant les demandes d’asile des réfugiés mexicains beaucoup plus difficiles.


Le gouvernement fédéral a annoncé jeudi que sa liste controversée compterait désormais huit pays de plus : outre le Mexique, l’Islande, la Norvège, la Suisse, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Japon ont été ajoutés. Israël y figure désormais, mais Ottawa précise que cela exclut la bande de Gaza et la Cisjordanie.


Cette désignation signifie que le Canada considère que ces pays, des démocraties, ne sont habituellement pas source de réfugiés. Et elle comporte bon nombre de conséquences négatives pour les demandeurs de statut de réfugié.


Par exemple, si leur demande d’asile est refusée, ils n’auront pas la possibilité d’en appeler de cette décision devant l’instance d’appel comme les autres réfugiés. Ils seront aussi déportés beaucoup plus rapidement. Leur demande de statut devra être formulée dans des délais plus courts, soit de 30 à 45 jours, leur laissant moins de temps pour se préparer.


Ces réfugiés en provenance de pays considérés généralement comme « sûrs » n’auront pas droit aux soins médicaux de base, sauf pour le traitement de maladies qui pourraient être une menace pour la santé publique.


Les partis d’opposition martèlent à nouveau que les critères de sélection semblent très flous et flairent une décision politique dans le cas du Mexique, où la violence sévit dans plusieurs régions, notamment en raison des cartels de drogue.


Le porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière d’affaires étrangères, Paul Dewar, souligne qu’on ignore sur quoi s’est basé le ministère de l’Immigration pour classer le Mexique comme « pays sûr ». Il aimerait le savoir pour déterminer si la classification est valide. Car « il y a beaucoup de préoccupations dans beaucoup de régions du Mexique », a-t-il souligné.


Le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, rappelle qu’il y a des violations des droits de la personne au Mexique. « Il y a même l’ONU qui est d’accord avec nous pour dire que le Mexique n’est pas un pays aussi sûr que le gouvernement du Canada le dit. Bon, bien, qu’est-ce que ça leur prend là ? Encore une fois, ça doit être une analyse complètement folichonne », a-t-il dit au sujet de la qualification.

 

Partenaire commercial


Le Mexique figure parmi les pays qui fournissent le plus de réfugiés au Canada. Mais tant au titre du nombre de demandes d’asile acceptées que du nombre de demandes refusées, en chiffres absolus. Mais le Mexique est aussi un important partenaire commercial du Canada, notamment au sein de l’ALENA. Il aurait pu être irritant pour le Mexique de se voir qualifier de pays « non sûr » par un pays exportateur comme le Canada. En plus d’avoir un impact sur le tourisme : les plages mexicaines accueillent beaucoup de Canadiens et l’absence de désignation comme « pays sûr » aurait pu semer la crainte chez les touristes.


Le Canada avait déjà émis une première liste de 27 « pays sûrs » en décembre, tous situés en Europe, en plus des États-Unis. Trente-cinq pays sont désormais ainsi désignés.


Ottawa dit vouloir mettre un frein aux demandes d’asile frauduleuses qui coûtent très cher aux Canadiens. « Le nouveau système permet d’offrir plus rapidement une protection aux réfugiés authentiques, tout en permettant de renvoyer plus rapidement du Canada les personnes dont la demande d’asile a fait l’objet d’un refus », a précisé jeudi dans un communiqué le ministre de l’Immigration, Jason Kenney.


Mais la réforme du système de réfugiés a eu son lot de critiques depuis qu’elle a été annoncée.

4 commentaires
  • Micheline Gagnon - Abonnée 15 février 2013 05 h 11

    Pourtant ils font des mises en garde aux touristes


    «...Le niveau élevé de la criminalité, de même que l’érection de barrages routiers illégaux et les manifestations occasionnelles, continuent de susciter des préoccupations dans tout le pays. Pour ces raisons, il est fortement recommandé de vous inscrire auprès du service d'Inscription des Canadiens à l'étranger si vous vous rendez au Mexique ou si vous y résidez...»

    «Affaires étrangères et Commerce international Canada recommande d'éviter tout voyage non essentiel dans les états suivants, situés au nord du Mexique : Sonora, Chihuahua, Coahuila, Nuevo León, Tamaulipas, Durango et Sinaloa (sauf Mazatlán) en raison du niveau élevé de violence liée au crime organisé qui perdure. Consultez l'onglet Sécurité pour plus de détails.»

    http://voyage.gc.ca/destinations/mexique

  • André Michaud - Inscrit 15 février 2013 08 h 57

    Vraiment?

    Quand on met en garde de ne pas prendre n'importe lequel taxi et que la pègre de la dope est présente partout..comment peut-on considérer ce pays comme sécuritaire?

    Des centaines de personnes se font tué chaque mois..

  • Jacques Beaudry - Inscrit 15 février 2013 11 h 39

    des démocraties

    mais oui ce sont des démocraties. Leurs gouvernements ne sont pas violents. Les citoyens de ces pays sont peut-être en danger vis à vis des criminels nombreux mais ne le sont pas à cause d'un régime politique violent. Faut quand même avoir l'honnêteté de bien situer ce qui est répressif. À ce compte là les USA avec leur taux de criminalité devrait être sur la liste admissible au statut de réfugié.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 15 février 2013 23 h 27

      Pour demander le statut de réfugié, pas besoin que ce soit le gouvernement central qui menace votre vie.

      Ça peut être la police, ou des cartels de drogue contre lesquels la police ne fait rien, comme c'est parfois le cas au Mexique. Il est donc tout à fait possible que des réfugiés du Mexique aient dû fuir pour protéger leur vie et celles de leur famille.

      Le gouvernement canadien conservateur ne fait pas une liste des pays desquels les ressortissants peuvent demander le statut de réfugié. Il fait une liste des pays desquels il part du préjugé que c'est «sécuritaire». Dans le cas du Mexique, c'est faux, ce n'est pas sécuritaire, le gouvernement le reconnaît lui-même en mettant en garde les touristes.