Deux conservateurs blaguent aux dépens de Idle No More et de Theresa Spence

Lui-même algonquin, le sénateur Patrick Brazeau a notamment affirmé que les protestataires du mouvement Idle No More - comme ceux ayant perturbé la circulation près du pont Ambassador, à Windsor, le 16 janvier dernier - ne « représentent rien ».
Photo: La Presse canadienne (photo) Geoff Robins Lui-même algonquin, le sénateur Patrick Brazeau a notamment affirmé que les protestataires du mouvement Idle No More - comme ceux ayant perturbé la circulation près du pont Ambassador, à Windsor, le 16 janvier dernier - ne « représentent rien ».

Les partis d’opposition ont condamné les blagues de deux conservateurs qui s’en sont pris cette semaine à la « soi-disant grève de la faim » de la chef Theresa Spence et au mouvement Idle No More.


Lors d’une activité de financement organisée pour un candidat conservateur provincial, mardi, le sénateur québécois Patrick Brazeau s’est moqué du physique de la chef d’Attawapiskat, qui a mis un terme à une grève de la faim de 44 jours la semaine dernière.


« J’ai été malade il y a deux semaines. J’ai eu la grippe et j’ai perdu cinq livres. Je regarde Mme Spence, quand elle a commencé sa grève de la faim, et maintenant ? », a lancé le sénateur à la foule. Ce à quoi une voix s’est élevée pour rétorquer « elle est plus grosse », suscitant des rires dans la salle.


Le sénateur québécois s’en est ensuite pris au mouvement de contestation Idle No More. « Ils ne représentent rien. Moi, en tant qu’Algonquin, je suis la preuve vivante que personne ne m’a colonisé », a-t-il argué, selon ce que rapportait le Toronto Star jeudi.


Le député d’Ottawa Royal Galipeau a quant à lui souligné avoir remarqué la manucure de Mme Spence, lorsqu’il lui a rendu visite sur l’île Victoria, où elle menait sa campagne politique. Et M. Galipeau a affirmé que « la plupart des gens dans Idle No More ont ma couleur de peau et à peu près mon âge », ajoutant qu’ils lui rappelaient « les hippies des années 1960 et 1970 » qui manifestaient aussi dans le mouvement Occupy.

 

«Un message de mépris»


Des commentaires « misogynes » qui ont « dégoûté » le néodémocrate Charlie Angus. « Ça envoie un message de mépris envers les peuples des Premières Nations et ils devraient s’excuser. Ce n’est pas comme ça qu’on devrait faire de la politique dans ce pays », a-t-il déploré.


Le chef libéral par intérim a lui aussi jugé que ces commentaires « n’étaient pas du tout appropriés », témoignant selon lui d’un « manque de sensibilité […] envers un problème critique pour le pays ». Bob Rae a souligné qu’il voulait maintenant surtout voir ce que les conservateurs feraient pour y remédier dans leur prochain budget, attendu en mars.


Les néodémocrates ont justement profité d’une journée d’opposition aux Communes, jeudi, pour déposer une motion demandant au gouvernement « de faire de l’amélioration des conditions économiques des Premières Nations […] une question centrale du Budget 2013, et [qu’il] s’engage à mettre en oeuvre les traités et à mener des consultations sincères sur tout projet de loi qui touche les droits des peuples autochtones ».


Une requête à laquelle répondra favorablement le gouvernement, qui appuiera la motion tout comme les libéraux et les bloquistes. « Le Plan d’action économique de notre gouvernement pour 2013, comme pour 2012, aura pour priorités l’économie, la croissance économique, la création d’emploi et la prospérité à long terme. Ce sont nos priorités, pas seulement pour les autochtones, mais aussi pour tous les Canadiens », a affirmé Stephen Harper aux Communes.


Le bureau du premier ministre n’a par ailleurs pas souhaité commenter les sorties de MM. Brazeau et Galipeau.

23 commentaires
  • Lisa Hamel - Inscrite 1 février 2013 02 h 57

    Le sens de l'humour

    Ça doit être cela, que l'on appelle le sens de l'humour conservateur? Est-moi, ou jamais n'a-t-on vu un tel mépris manifesté publiquement auparavent? De ce que je me souviens des années Chrétien, ou Mulroney, on avait pas droit à de tels propos de la part de nos représentants canadiens, du moins pas aussi gratuitement et publiquement.

    • François Robitaille - Inscrit 4 février 2013 16 h 11

      La cause de Mme Spence n'est pas plus clair que sa grêve de la faim. Quand on est ridicule dans nos actions, on doit s'attendre à faire rire de soi.

  • Nicole Bernier - Inscrite 1 février 2013 06 h 42

    Patrick Brazeau et le syndrome de Stockholm

    Le syndrome de Stockholm est un phénomène psychique caractérisé par un sentiment de confiance que développe une victime envers son abuseur, donc, la victime, faisant fi de la réalité pour survivre, se comporte de manière à ne jamais déplaire à son abuseur (son compère, Galipeau qui évalue encore un autochtone à la couleur de sa peau). L’abuseur, ceux qui bénéficient encore de ce qui a été fait à ces peuples différents de la culture britannique et Françaises, est un manipulateur et un menteur qui s’organise pour que sa victime fasse le sale boulot à sa place. Pour Monsieur Brazeau, que son propre gouvernement, son parti, ait reconnu, dans une déclaration de son Premier Ministre, les torts incroyables qui ont été faits à tous les Premières Nations en leur enlevant leurs enfants pour détruire la culture autochtone est la preuve évidente de son ignorance intellectuelle et de sa faiblesse psychologique… Un petit rappel de ce que son gouvernement a dit en 2007 :

    Les excuses aux anciens élèves des pensionnats Indiens - Le Premier ministre Stephen Harper ( à relire au complet pour se rappeller de l'engagement pris par son gouvernement http://www.aadnc-aandc.gc.ca/fra/1100100015677/110 )

    Je me lève aujourd'hui pour présenter nos excuses aux anciens élèves des pensionnats indiens. Le traitement des enfants dans ces pensionnats est un triste chapitre de notre histoire. Pendant plus d'un siècle, les pensionnats indiens ont séparé plus de 150 000 enfants autochtones de leurs familles et de leurs communautés. Dans les années 1870, en partie afin de remplir son obligation d'instruire les enfants autochtones, le gouvernement fédéral a commencé à jouer un rôle dans l'établissement et l'administration de ces écoles. Le système des pensionnats indiens visait deux objectifs principaux : isoler les enfants et les soustraire à l'influence de leurs foyers, de leurs familles, de leurs traditions et de leur culture, et les intégrer par l'assimilation dans la culture domi

  • Fabien Nadeau - Abonné 1 février 2013 07 h 00

    Niveau intellectuel?

    En lisant le compte rendu de ces "jokes" de taverne (mes excuses aux habitués...), on comprend pourquoi M. Harper centralise et contrôle les communications de son gouvernement. Il connaît, lui, le niveau intellectuel de ses troupes.

    • Alain Castonguay - Abonné 1 février 2013 07 h 54

      Bien dit. Mais je crois que ce "racisme" latent est bien plus présent que vous ne le croyez dans la population en général. On entendra sous peu à propos du mouvement de la plume autochtone les mêmes arguments fallacieux que lors du conflit étudiant de 2012.

    • Pierre Denis - Inscrit 1 février 2013 08 h 42

      Et malheureusement, il semble bien le tolérer ce niveau intellectuel. Et franchement il ne vole pas beaucoup plus haut : un gars qui aime mieux aller ouvrir un Tim Hortons à New York que d'assister à un meeting de l'ONU ? Pas fort.

    • Jonathan Prud'homme - Abonné 1 février 2013 10 h 56

      Ou rencontrer les "occupation doubles" que Idle no more...

    • Julie Blaquière - Inscrite 2 février 2013 15 h 50

      Les adultes tous comme les enfants apprennent par l'exemple. Quand vous avez des pommes pourries en haut du panie c'est que fatalement il va y en avoir en dessous. Il faudra faire attention pour qui l'on vote aux prochaines élections en espérant qu'on évitera le plus de bêtises possibles. Ça ne prend qu'une pomme pourrie pour contaminer tout le sceau.

  • Serge Lemay - Inscrit 1 février 2013 08 h 23

    dégoût et des couleurs

    Des goûts et des couleurs on ne discute jamais. Après avoir javeliser les autochtones durant les années cinquante, il n'est pas étonnant de les voir plus blancs que blanc maintenant...

    Brazeau quant à lui me semble jeune pour un sénateur, mais comme il semble déjà radoter, on lui pardonne. Pour paraphraser la Sainte vierge à Fatima, "pauvre Canada".

  • André Michaud - Inscrit 1 février 2013 08 h 48

    Humoristes seulement ?

    D'habitude ce sont les humoristes qui peuvent dire n'importe quoi publiquement et ridiculiser des personalités à cause de leur poid, parce qu'ils sont anglos etc..et certains trouvent cela drôle puisque ils font plein de fric!

    Par contre il est vrai de dire que le flou movement Idle No More ne représente pas tous les autochtones et métis, et plusieurs parmi eux dénoncent les mauvaises administrations autochtones et le gaspillage sans factures. Pour s'en sortir il faudra mieux administrer l'aide au logement, éducation, emploi et avoir un suivi sérieux et public.

    Évidemment on ne peut nier le noir épisode des pensionnats..

    • Michaël Lessard - Abonné 1 février 2013 17 h 56

      Bonjour,

      Juste pour ajouter que la loi fédérale sur « les Indiens » n'aide pas à créer des administrations dynamiques dans les communautés. Elle est nuisible aussi au sentiment de fierté, à l'autonomie, à la communication entre les cultures, au respect, etc.

      L'absence de traité territoriale dans certaines provinces (ex: C-B) n'aide pas non plus.

      À d'Attawapiskat (où Mme Spence est la cheffe), construire une seule maison coûte un bras vu les distances et tout, soit environ 250,000$. Attawapiskat a reçu, si on ignore les chiffres mensongers et manipulateurs des Conservateurs, quelques million $ voués à l'habitation en soi. Le rapport financier 2011 d'Attawapiskat, vérifié par comptable, est disponible publiquement.* Avec une bonne ou une mauvaise administration, on peut pas demander des miracles s'il y a pas une bonne économie locale. Il faudrait peut-être trouver des solutions et penser de manière constructive, au lieu de dire que les communautés autochtones ne savent pas gérer. Quand on vit avec presque rien, dans une économie un peu paralèle (pas assez intégrée avec les économies autours), c'est extrêmement difficile de rendre une communauté viable financièrement.

      Ici, selon cet article, la réponse de Harper est facile et ridicule. Il affirme qu'améliorer l'économie de tout le monde sera sa manière d'aider indirectement les Premières nations. Non, améliorer l'économie (s'il y a lieu), n'offre pas nécessairement d'emploi ni de revenus, surtout pas aux communautés autochtones. Oof, on s'adresse vraiment pas à notre intelligence.

      * http://www.attawapiskat.org/wp-content/uploads/201