Rentrée parlementaire - Les Autochtones monopolisent les débats

Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick

Ottawa – Le gouvernement de Stephen Harper voulait garder le cap et parler d’économie au premier jour de la rentrée parlementaire, mais c’est le dossier des affaires autochtones qui a dominé les discussions à Ottawa.


C’est au son des tambours et des cris de quelques centaines de manifestants que les députés fédéraux ont retrouvé la colline parlementaire lundi. Le premier ministre a beau avoir promis aux représentants autochtones un renouveau de la relation avec le fédéral, les chefs de réserve et de partis de l’opposition veulent voir des changements, et vite. Faute de quoi les engagements de M. Harper n’auront été qu’hypocrites, soutiennent-ils.


« Nous allons nous battre avec vous et demander que le gouvernement agisse enfin et respecte les promesses qui vous ont été faites dans le passé », a lancé le chef néodémocrate Thomas Mulcair aux quelques centaines de manifestants rassemblés sous l’égide du mouvement Idle No More (La passivité, c’est fini) à Ottawa lundi, alors que d’autres manifestations étaient organisées partout au pays.

 

Projet de loi néodémocrate


Premier geste du NPD pour forcer la main du gouvernement, le député Romeo Saganash a déposé un projet de loi réclamant que le fédéral mette en oeuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, signée par M. Harper en 2010. Celle-ci prévoit notamment que « les États se concertent et coopèrent de bonne foi avec les peuples autochtones […] avant d’adopter et d’appliquer des mesures législatives ». « C’est un document de réconciliation pour ce pays », a fait valoir M. Saganash, qui a participé aux négociations entourant la rédaction de la déclaration. Comme les leaders autochtones, les néodémocrates déplorent que les lois budgétaires C-38 et C-45 aient imposé sans consultation des changements aux lois environnementales qui touchent les Premières nations.


Or, le leader du gouvernement en Chambre a réitéré lundi qu’il n’était pas question de les modifier « Non. Il s’agit de législations économiques très importantes. Les grands bénéficiaires des changements qu’elles comportent seront les Premières Nations, a plaidé Peter Van Loan. Un des changements permet que le développement des ressources naturelles aille de l’avant sans bureaucratie excessive. Cela va directement se traduire par de la croissance économique et de la création d’emplois. C’est du moins ce qu’on espère faire. »


Du côté libéral, on s’est dit d’accord de prime abord avec le projet de loi néodémocrate, mais on s’attend en outre à ce que le prochain budget, devant être déposé en février ou en mars, contienne des sommes sonnantes et trébuchantes pour améliorer les conditions de vie des Premières Nations dans les réserves et en dehors. « Il faut que les dépenses du gouvernement reflètent la priorité qu’ils donnent à la question autochtone », a affirmé le chef Bob Rae.


Par ailleurs, le gouvernement entend déposer un projet de loi encadrant mieux la remise en liberté des condamnés reconnus non criminellement responsables de leurs actes, comme promis dans la foulée du procès de Guy Turcotte.

 

L’économie au menu


Autrement, la question économique restera au centre de l’action d’Ottawa. « La pierre angulaire de notre agenda législatif sera le budget », a averti M. Van Loan, qui n’a pas annoncé d’autres projets de loi.


Les partis d’opposition veulent d’ailleurs s’en prendre au bilan économique du gouvernement. Armé d’un récent rapport du directeur parlementaire du budget, le NPD a reproché au gouvernement d’avoir réduit plus qu’il ne l’avoue les services directs à la population. M. Rae réclame pour sa part qu’Ottawa annule la hausse prévue des cotisations des employeurs à l’assurance-emploi pour ne pas nuire à la création d’emplois. La réforme du programme a quant à elle encore engendré des critiques des deux partis, mais sans émouvoir le gouvernement.


« On est loin des légendes urbaines de l’opposition puisque dans tous les cas, ce sera plus payant pour un chômeur d’avoir une opportunité d’emploi que de recevoir cette prestation, a lancé le ministre Steven Blaney. Alors, ce qui sera important, ce sera de bien communiquer les éléments de la réforme et qu’on voit comment elle se met en oeuvre avant de crier au loup. » La réforme oblige les prestataires fréquents à accepter des emplois rémunérés à 70 % de leur ancien salaire, contre des prestations à 55 %.

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