La rentrée parlementaire se fait sous le signe du mécontentement autochtone

Ottawa — La rentrée à Ottawa se fait sous le signe du mécontentement autochtone, alors que les Premières Nations continuent de brandir leurs réclamations et manifestent partout au pays, y compris sur la colline parlementaire.

Les députés ont été accueillis lundi par le bruit de centaines de manifestants qui sont aux portes du parlement. Ils chantent, dansent et s'assurent de garder bien en vue leurs revendications.

Il s'agit d'une suite attendue aux dernières semaines de protestations, notamment alimentées par le mouvement autochtone «Idle No More» (la passivité, c'est fini).

Sous la neige tombante, de nombreux députés de l'opposition — surtout des néodémocrates — ont accompagné les autochtones dans les marches du parlement.

Saganash veut un projet de loi


Pour marquer le coup, le député néodémocrate Romeo Saganash a indiqué qu'il allait déposer un projet de loi aux Communes pour exhorter le premier ministre Stephen Harper à appliquer les principes de la Déclaration des Nations unies sur les droits des autochtones.

«Le premier ministre n'a toujours pas honoré ses engagements pris il y a un an afin de rétablir un dialogue respectueux avec les peuples autochtones. En harmonisant les lois fédérales et la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, il ferait un bon pas vers la réconciliation», a déclaré M. Saganash.

Cette déclaration prévoit notamment que les Premières Nations doivent être consultées avant l'adoption de lois.

Le silence du gouvernement


Mais le gouvernement, en dressant lundi matin la liste de ses priorités pour la session parlementaire, n'a cependant pas mentionné les revendications autochtones.

En réponse à une question d'un journaliste, le leader en Chambre du gouvernement, Peter Van Loan, a indiqué qu'il n'entend pas revenir en arrière pour modifier les projets de loi omnibus C-38 et C-45, même si la colère autochtone gronde pour exiger leur retrait.

Selon M. Van Loan, ces projets de loi bénéficieront aux autochtones, car en favorisant le développement des ressources, ils créeront de l'emploi pour eux. Pas immédiatement, mais au cours des prochaines décennies, a-t-il spécifié.

«Les Premières Nations comptent parmi les plus grands bénéficiaires de ces changements» effectués dans le budget au sujet de l'exploitation des ressources naturelles, «en raison des endroits où sont situées ces ressources naturelles que nous espérons développer», a expliqué M. Van Loan.

Mais pour la présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada, Michèle Audette, la création d'emplois n'est pas une panacée pour tous les problèmes vécus par les Premières Nations.

«Pour ceux qui vivent dans les communautés urbaines, peut-être, mais pas dans les communautés éloignées. Comment ils vont en bénéficier, en profiter, quand ils ne sont même pas aux tables [de discussions]?», se demande-t-elle.

Elle rappelle que les Premières Nations n'ont pas été consultées et qu'aucune négociation n'a eu lieu avant l'adoption des projets de loi C-38 et C-45, alors qu'ils les affectent directement.

Quant au chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae, il est d'avis que le gouvernement devra préciser dans le prochain budget ce qu'il entend faire pour les autochtones. Sinon, il ne peut s'agir d'une vraie priorité, selon lui.

«Cela doit être dans le budget, au centre du budget», croit M. Rae.

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