Ontario - Le défi de Kathleen Wynne : éviter des élections

Kathleen Wynne a été élue chef du Parti libéral de l’Ontario samedi.
Photo: La Presse canadienne (photo) Nathan Denette Kathleen Wynne a été élue chef du Parti libéral de l’Ontario samedi.

Kathleen Wynne deviendra la première femme à diriger l’Ontario, et la première personne ouvertement homosexuelle à devenir premier ministre au Canada, après avoir remporté la course à la chefferie du Parti libéral de l’Ontario (PLO) samedi. Elle aura cependant fort à faire pour assurer la survie de son gouvernement minoritaire.

Avec les chefs du gouvernement du Québec, de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de Terre-Neuve-et-Labrador et du Nunavut, Mme Wynne devient donc la sixième femme première ministre au Canada.


« C’était la partie la plus facile », a-t-elle déclaré devant des délégués en liesse réunis au Maple Leaf Gardens de Toronto. « Maintenant, nous avons des défis devant nous et nous allons devoir travailler tous ensemble ». Une fois assermentée, Mme Wynne, députée de Don Valley West à Toronto depuis 2003, devra tenter d’améliorer les relations du gouvernement avec les syndicats des enseignants, qui en ont contre les libéraux après l’adoption d’une loi spéciale pour leur imposer des contrats de travail. Les syndicats du secteur public, dont les membres ont manifesté par milliers samedi, ont promis d’utiliser leur influence pour défaire les libéraux aux prochaines élections.


Le plus grand défi du nouveau gouvernement reste cependant le déficit budgétaire de presque 12 milliards de dollars.


La future première ministre rappellera les députés au travail le 19 février prochain et souhaite travailler avec l’opposition afin d’éviter une élection générale. Avec 53 députés sur 107, le PLO est à un siège de la majorité à l’assemblée.


Pour Éric Grenier, auteur du site Internet threehundredeight.com et analyste politique pour le Globe and Mail, la première tâche de Mme Wynne va être de « survivre jusqu’à l’automne 2014 ». Pour cela, elle devra commencer par éviter de nouvelles élections provinciales au printemps prochain, lors du vote du budget et du discours du trône.


Les conservateurs de Tim Hudak se sont opposés à toutes les initiatives du gouvernement libéral, à l’exception du projet de loi 115, qui imposait des contrats de travail aux professeurs, et ont annoncé qu’ils ne changeraient pas de tactique. Les néodémocrates, quant à eux, ont également mis Mme Wynne en garde à propos du fait qu’elle devra traiter les problèmes laissés derrière par Dalton McGuinty. « Ils ont un bilan de neuf ans duquel il est difficile de s’éloigner », a déclaré le leader néodémocrate (NPD) en Chambre, Gilles Bisson.


Mme Wynne passe aussi à l’histoire en devenant la première personne ouvertement homosexuelle à accéder à la fonction de premier ministre au Canada, ce qu’elle a qualifié d’événement « historique ». Elle a d’ailleurs attaqué cette question de front lors d’un discours enflammé qui a ébloui bon nombre de délégués. « La province a changé, notre parti a changé. Je ne crois pas que les citoyens de l’Ontario aient de tels préjugés dans leur coeur. » Kathleen Wynne, qui est mariée à Jane Rounthwaite, sa compagne depuis plus de vingt ans, a dit espérer que sa victoire sera un message d’espoir pour les jeunes homosexuels du pays, mais elle a rappelé qu’elle n’est pas une militante de la cause gaie et qu’elle n’est pas entrée en politique pour en faire la promotion. La politicienne a tout de même souligné que chacune de ses campagnes, y compris celle-là, avait été entachée de remarques homophobes.


Les libéraux en mauvaise posture


Sur le plan politique, la survie des libéraux dépend du soutien du NPD, estime Éric Grenier. « Il est clair que les libéraux ne sont pas dans une bonne position, alors que le NPD est en meilleure santé qu’en 2011 ». Or si les prochains sondages se révèlent favorables aux néodémocrates, il est possible que ces derniers choisissent de provoquer de nouvelles élections au printemps 2013.


En ce qui concerne une association avec les conservateurs, M. Grenier juge l’hypothèse « inimaginable », même si Mme Wynne assure entretenir une relation de « franche camaraderie » avec M. Hudak.


Pour Kathleen Wynne, il est clair que « les Ontariens ne veulent pas de nouvelles élections », mais qu’ils souhaitent voir les trois partis travailler ensemble pour résoudre les problèmes de la province. « La rancoeur et la mesquinerie au sein du Parlement ne peuvent pas continuer. Nous devons absolument arriver à travailler sur nos désaccords. »


Reste tout de même à la prochaine première ministre à prouver qu’elle peut faire oublier Dalton McGuinty, et qu’elle possède sa propre vision, malgré dix ans passés au sein du même gouvernement. « Dalton et moi avons différentes personnalités et différentes approches […] je pense que nous sommes des personnes différentes. »


Il est très rare que les gouvernements durent plus de dix ans au Canada, estime pour sa part M. Grenier qui pense que les Ontariens « sont prêts pour un changement ».


Actuellement en mission en Europe, Pauline Marois a appelé Mme Wynne pour la féliciter et a déclaré être « très heureuse qu’il y ait une femme de plus qui soit première ministre. Ça nous permettra une certaine complicité ». Mme Wynne a annoncé son intention de prendre contact « avec tous les leaders, et particulièrement les femmes ».


L’ancienne ministre des Affaires municipales et du Logement et des Affaires autochtones a été élue à l’issue du troisième tour de scrutin. À 59 ans, elle succédera à Dalton McGuinty, qui avait remis sa démission en octobre dernier. Deuxième à l’issue du deuxième tour de scrutin, Mme Wynne est parvenue à doubler sa concurrente Sandra Pupatello grâce au soutien des candidats Gerard Kennedy et Charles Sousa. Ces appuis lui ont permis de recueillir 1150 votes au troisième tour contre 866 votes pour Mme Pupatello, une ancienne ministre du Développement économique.


Cette dernière s’est montrée belle joueuse dans la défaite, soulignant plutôt la domination des femmes dans la compétition. « Lorsque je vois mon Parti libéral de l’Ontario se regrouper derrière une candidate remarquable, je suis emballée pour nous tous. […] Nous avons mis la pression sur les hommes, et Kathleen et moi étions devant dès le début ! C’était bon ! », a lancé la politicienne originaire de Windsor, sans pouvoir réprimer un rire.


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Avec La Presse canadienne

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