Spence cessera de jeûner

Theresa Spence et son entourage ont mené des discussions depuis deux jours afin de trouver une issue pour la chef de la réserve ontarienne, qui jeûne depuis le 11 décembre dernier.
Photo: La Presse canadienne (photo) Fred Chartrand Theresa Spence et son entourage ont mené des discussions depuis deux jours afin de trouver une issue pour la chef de la réserve ontarienne, qui jeûne depuis le 11 décembre dernier.

Ottawa – La chef d’Attawapiskat s’apprête à plier bagage et rentrer chez elle, mettant un terme à sa grève de la faim entamée il y a six semaines. Theresa Spence passera le flambeau de sa lutte aux partis d’opposition, aujourd’hui, s’en remettant à eux pour qu’ils pressent à leur tour Ottawa d’écouter les revendications des peuples autochtones.

Theresa Spence et son entourage ont mené des discussions depuis deux jours afin de trouver une issue pour la chef de la réserve ontarienne, qui jeûne depuis le 11 décembre en ne se nourrissant que de thés médicinaux et de bouillon de poisson, et qui passe une partie de ses journées sur l’île Victoria près du Parlement. Les représentants de l’Assemblée des Premières Nations (APN), du NPD et du Parti libéral se sont entendus avec elle pour endosser une déclaration rassemblant ses demandes auprès de Stephen Harper. Ce qui suffit à Mme Spence pour cesser son combat, a confirmé son porte-parole mercredi soir.


« Nous nous engageons pleinement à mener les gestes urgents et concertés requis jusqu’à ce que des résultats concrets et tangibles soient atteints afin de permettre aux Premières Nations de forger leur propre destin », explique le préambule de la déclaration, que sont prêts à signer les caucus néodémocrate et libéral, de même que l’exécutif de l’APN.


Le document réclame une rencontre immédiate entre la Couronne, le fédéral, les provinces et les Premières Nations ; un plan à court terme pour répondre à la crise du logement ; la modernisation et la mise en oeuvre des traités, de nation à nation, d’ici 5 ans ; une commission d’enquête sur la violence faite aux femmes autochtones ; des sous pour construire des écoles ; de même qu’une mise en oeuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones dans son intégralité.


Le texte demande aussi qu’Ottawa revoie ses lois omnibus C-38 et C-45, qui ont modifié plusieurs lois environnementales - une demande qu’a rejetée Ottawa à la suite de la rencontre entre M. Harper et des membres de l’APN le 11 janvier. Les cosignataires veulent aussi qu’un comité ministériel relevant du Conseil privé soit chargé du dossier des Premières Nations. M. Harper a pour le moment promis des « dialogues de haut niveau » sous la supervision de son bureau et du Conseil privé. Le document demande enfin un engagement en matière de partage des revenus du développement des ressources naturelles. Ottawa a renvoyé la balle aux provinces, il y a dix jours.


Avant de confirmer qu’elle abandonne son jeûne, la chef Spence aura droit à une cérémonie pour « honorer » ses efforts, organisée dans un hôtel d’Ottawa mercredi matin.


Plusieurs leaders politiques et autochtones - notamment ceux de sa propre réserve - ont appelé la chef Spence à cesser son jeûne, soulignant qu’elle avait réussi son combat en braquant l’attention du gouvernement et des Canadiens sur les demandes historiques des Premières Nations. Mais chacun insistait pour lui laisser le soin de décider elle-même du moment où elle renoncera.


« Nous avons exprimé à la chef Spence notre profonde gratitude quant à sa force et sa détermination, et salué l’impact que tout cela a eu en sensibilisant au besoin de voir un changement fondamental et transformateur dans la relation des Premières Nations avec la Couronne », a réagi mercredi le chef régional de l’APN Roger Augustine.


Quant à la rencontre réclamée par l’APN avec M. Harper et M. Johnston mercredi, elle n’aura pas lieu. Les bureaux des deux hommes ont expliqué qu’ils avaient déjà rencontré les chefs autochtones il y a dix jours. L’APN, de son côté, ne veut pas d’une réunion qu’avec le ministre des Affaires autochtones John Duncan.


De passage à Cambridge, en Ontario, M. Harper a indiqué qu’il prévoyait toujours revoir le chef national de l’APN, Shawn Atleo, d’ici quelques semaines pour faire le suivi sur les discussions tenues il y a deux semaines. « Nous n’avons pas encore déterminé de date. […] J’ai hâte de travailler avec les chefs nationaux et les autres pour continuer de faire des progrès. […] Il est important de continuer à faire des progrès afin que le niveau de vie de nos peuples autochtones s’améliore et que les opportunités pour qu’ils participent à notre économie continuent de s’améliorer », a-t-il indiqué.

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Des Algonquins font valoir leurs droits sur des terres au Québec et en Ontario


Des Algonquins font valoir leurs droits sur un immense territoire de plus de 34 000 km carrés qui chevauche le Québec et l’Ontario, englobant notamment les mines de Rouyn-Noranda.


Les chefs de trois nations algonquines de Timiskaming, Wolf Lake et Eagle Village étaient à Ottawa mercredi pour aviser le gouvernement fédéral et celui de l’Ontario de leur intention d’exercer leurs droits sur ce qu’ils considèrent comme leurs territoires ancestraux. Le gouvernement du Québec sera aussi impliqué.


Le territoire visé par les trois communautés est en fait la large vallée de la partie supérieure de la rivière des Outaouais. Cette vaste étendue est en partie en Ontario, mais surtout au Québec, et globalement située au nord de la ville ontarienne de North Bay.


Les chefs des trois communautés doivent d’ailleurs rencontrer ce jeudi des représentants des deux gouvernements et leur présenter le résultat de quelque 15 années de recherche afin de préciser l’étendue de leurs terres.


Comme de nombreuses autres réclamations de terres ancestrales, celle-ci pourrait éventuellement mener à des demandes de partage des revenus des ressources naturelles, à la gestion du territoire et à la protection de l’environnement.
 

Mais dans un premier temps, les trois nations désirent être consultées par les gouvernements.


La Presse canadienne