Idle No More - Nouvelle réunion, mêmes demandes

« Nous allons continuer à pousser. Et c’est au premier ministre, s’il a une once d’humanité, de reconnaître la gravité de la question et de répondre à l’appel et venir nous rencontrer », a plaidé le grand chef de l’Assemblée des chefs manitobains, Derek Nepinak.
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld « Nous allons continuer à pousser. Et c’est au premier ministre, s’il a une once d’humanité, de reconnaître la gravité de la question et de répondre à l’appel et venir nous rencontrer », a plaidé le grand chef de l’Assemblée des chefs manitobains, Derek Nepinak.

Ottawa — Les chefs autochtones persistent et signent : ils exigent une rencontre avec le premier ministre, de même que le gouverneur général. Pas question de reculer, ont clamé des chefs manitobains, même si tout indique que leur requête sera ignorée et que ni l’un ni l’autre des invités n’ira à leur rencontre la semaine prochaine.

C’était le jour de la marmotte à Ottawa, vendredi. Malgré la réunion de la semaine dernière qui a rassemblé Stephen Harper et une dizaine de représentants de l’Assemblée des Premières Nations (APN) - et qui a été suivie d’une cérémonie chez le gouverneur général -, les membres de cette dernière ont adopté une résolution réclamant de nouveau de s’asseoir avec Stephen Harper et David Johnston à la même table. Car les traités ancestraux ont été signés avec la Couronne et le représentant de la reine doit faire partie des discussions, tout comme l’exige la chef d’Attawapiskat, qui poursuit sa grève de la faim depuis la mi-décembre.


« Nous allons continuer à pousser. Et c’est au premier ministre, s’il a une once d’humanité, de reconnaître la gravité de la question et de répondre à l’appel et venir nous rencontrer », a plaidé le grand chef de l’Assemblée des chefs manitobains, Derek Nepinak.

 

La reine dit non


Pourtant, La Presse canadienne rapportait la veille que la reine a refusé de se mêler du dossier, en réponse à une lettre d’un partisan de la chef Theresa Spence. « Ceci n’est pas une question dans laquelle la reine interviendrait. […] En tant que souveraine constitutionnelle, Sa Majesté agit par le biais de son représentant personnel, le gouverneur général, sur l’avis de ses ministres canadiens et, ainsi, c’est à eux que votre appel devrait être adressé », a tranché Elizabeth II dans une lettre signée par l’adjointe du principal responsable de la correspondance du palais.


Mais les chefs manitobains ont rejeté cette réponse. « S’il [le gouverneur général] n’a pas d’autorité constitutionnelle - ce que nous ne croyons pas -, il a l’autorité morale, la responsabilité morale de répondre à ce genre de rencontre. La reine a été claire à l’effet qu’il reçoit ses directives des ministres du Canada », a martelé le grand chef Nepinak, demandant que M. Harper convoque alors David Johnston. Plusieurs chefs ontariens et manitobains - dont M. Nepinak - ont boycotté la rencontre la semaine dernière, car le gouverneur général n’y était pas.


La chef Spence ne recule pas elle non plus. Elle a promis vendredi encore de continuer de ne se nourrir que d’eau, de thé et de bouillon de poisson jusqu’à ce qu’il y ait une rencontre avec M. Harper et M. Johnston.


Des femmes autochtones de la communauté de Turtle Island, dans l’ouest de l’Ontario, ont en outre livré une lettre au bureau de M. Harper vendredi, l’implorant d’obtempérer le plus tôt possible. « L’urgence de cette rencontre est d’importance capitale pour la santé et le bien-être de la chef Spence », note la missive.


Or, si une deuxième rencontre a bel et bien lieu jeudi prochain, ce sera avec le ministre des Affaires autochtones, John Duncan. Aux bureaux de M. Harper et M. Johnston, on a répondu ne pas avoir reçu d’invitation de l’APN et que, de toute façon, tous deux ont déjà rencontré les leaders autochtones le 11 janvier.

 

Un symbole cher


Signe du rôle clé de la Couronne dans les relations avec les Premières Nations, le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones recommandait d’en prendre acte à l’aide d’une « mesure symbolique qui montrerait qu’un engagement durable a été pris », soit une « proclamation royale marquant ce nouveau commencement ». « Il faut une volonté claire et nette d’instaurer une nouvelle relation pour l’avenir. Les grandes déclarations de principes et les réformes au coup par coup, si méritoires soient-elles, ne suffiront pas », signaient René Dussault et George Erasmus.


« Dans toutes les sociétés, on s’accroche à des symboles. S’il y en a un qui devrait comprendre ce symbole-là, c’est bien M. Harper avec son admiration devant la reine », a corroboré le député néodémocrate et ancien leader cri Romeo Saganash.


Atleo toujours absent


Les négociations ayant mené à la requête d’une nouvelle rencontre se sont déroulées dans l’absence du chef national, Shawn Atleo, toujours en congé-maladie. Mais la colère de certains chefs, qui n’avaient pas digéré qu’il rencontre M. Harper sans le gouverneur général, se serait depuis estompée, selon le grand chef Nepinak.


Des collègues à lui auraient-ils encore en tête de déloger Shawn Atleo par un vote de censure ? Pour l’instant, son assemblée n’a pas été chargée d’un tel mandat, a-t-il répliqué, en précisant toutefois qu’une assemblée des chefs manitobains est prévue mardi.

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