Theresa Spence boycottera le sommet

Des joueurs de tambours donnent le rythme lors d’une manifestation de soutien au mouvement autochtone Idle No More tenue mercredi à l’Université d’Ottawa à laquelle ont participé étudiants et professeurs.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Des joueurs de tambours donnent le rythme lors d’une manifestation de soutien au mouvement autochtone Idle No More tenue mercredi à l’Université d’Ottawa à laquelle ont participé étudiants et professeurs.

Ottawa – La rencontre de vendredi entre le premier ministre canadien et les représentants des Premières Nations devra se faire sans la chef d’Attawapiskat, Theresa Spence. Et elle devra peut-être aussi se faire presque sans Stephen Harper, les rumeurs voulant que le premier ministre ne sera présent qu’un total d’une heure au grand face-à-face obtenu par la gréviste de la faim.

Mme Spence, qui s’était au départ réjouie de l’annonce d’une rencontre entre Stephen Harper et les représentants autochtones, a changé son fusil d’épaule mercredi en apprenant le désistement du gouverneur général. « Je ne participerai pas à la rencontre de vendredi avec le premier ministre puisque la présence du gouverneur général est essentielle lorsqu’il s’agit de discuter des droits inhérents et issus de traités », est-il écrit dans un communiqué de presse. Le bureau du gouverneur général a fait savoir mardi que David Johnston n’assistera pas au sommet « puisque c’est une rencontre de travail avec le gouvernement sur des enjeux de politiques publiques ».


Pour la chef d’Attawapiskat, la présence d’un représentant de la reine britannique est cruciale puisque la relation initiale a été négociée avec la Couronne, bien avant que l’entité « Canada » ne soit créée. « C’est en vertu des traités signés sous la Proclamation royale de 1763 que la colonisation de nos territoires a été permise. Toute la légitimité du Canada repose sur ces traités signés avec nos ancêtres. Si l’État du Canada continue de miner et de détruire la relation basée sur les traités, de quel droit le Canada peut-il exister sur nos territoires ? »


La communauté d’Attawapiskat avait envoyé une lettre au Buckingham Palace demandant que la reine envoie son représentant à la rencontre. Les modalités de celle-ci n’étaient toujours pas confirmées mercredi en fin de journée. Toutefois, une rumeur circulait selon laquelle Stephen Harper n’assistera qu’aux 30 premières et aux 30 dernières minutes de la rencontre. Son bureau a refusé de confirmer ou d’infirmer cette information.


Rumeurs multiples


Les rumeurs se multipliaient d’ailleurs à propos de ce sommet. Le réseau de télévision Aboriginal Peoples (APTN) rapportait que Mme Spence a rédigé son testament indiquant sa volonté qu’on n’intervienne pas si sa santé se détériore. Elle fait la grève de la faim depuis le 11 décembre dernier, consommant uniquement du bouillon de poisson et des thés médicinaux. Mme Spence aurait invité les autres chefs autochtones à boycotter la rencontre, ce à quoi certains s’opposent.


Les informations sont difficiles à obtenir parce que les médias ont peu accès aux interlocuteurs. La réserve ontarienne d’Attawapiskat n’autorise plus l’entrée de journalistes et a même expulsé l’équipe du réseau Global. L’accès à l’île Victoria, où Mme Spence s’est installée pour sa grève de la faim, est lui aussi fermé aux journalistes, tandis que le porte-parole de la communauté ne répond qu’aléatoirement aux requêtes. De plus, la conférence de presse que devait tenir l’Assemblée des Premières Nations mercredi a été reportée au lendemain et aucun commentaire n’a été fait en attendant.

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