Aide canadienne à Haïti - Des voix s’élèvent contre le gel des fonds annoncé par Ottawa

À l’aube, des vendeurs de Port-au-Prince rejoignent leur poste de travail à bord d’un « tap-tap ». Le ministre fédéral de la Coopération internationale, Julian Fantino, a affirmé que les fonds destinés à Haïti par l’ACDI étaient « sur la glace » et qu’aucune nouvelle initiative ne serait financée tant qu’une réflexion est en cours.
Photo: Dieu Nalio Chery Associated Press À l’aube, des vendeurs de Port-au-Prince rejoignent leur poste de travail à bord d’un « tap-tap ». Le ministre fédéral de la Coopération internationale, Julian Fantino, a affirmé que les fonds destinés à Haïti par l’ACDI étaient « sur la glace » et qu’aucune nouvelle initiative ne serait financée tant qu’une réflexion est en cours.

Un possible gel des fonds destinés à Haïti par l’Agence canadienne de développement international (ACDI) aura des conséquences dramatiques, selon la députée du Nouveau parti démocratique (NPD), Hélène Laverdière. De son côté, l’envoyée extraordinaire pour l’UNESCO en Haïti, Michaëlle Jean, espère une situation temporaire.

Elles réagissaient vendredi aux propos du ministre fédéral de la Coopération internationale, Julian Fantino. En entrevue à La Presse, ce dernier a affirmé que les fonds destinés à Haïti étaient « sur la glace » et qu’aucune nouvelle initiative ne serait financée tant qu’une réflexion est en cours.


Trois ans après le tremblement de terre de 2010, « Haïti est toujours en mauvais état », estime le ministre Fantino, ajoutant qu’« en République dominicaine, les choses vont beaucoup mieux. Allons-nous continuer à faire la même chose de la même manière en Haïti ? Je ne pense pas. »


Il a aussi ajouté que les Haïtiens devaient se prendre en main. Par exemple, ils devraient se mobiliser pour nettoyer les quartiers jonchés de déchets, croit-il.


L’ACDI a confirmé au Devoir dans une courte réponse par courriel que l’aide en cas de « crise humanitaire » et dans « les domaines de développement à long terme auxquels nous nous sommes engagés » était maintenue, sans autre spécification. L’ACDI chiffre à près de 253 millions de dollars l’aide apportée à ce pays en 2010-2011.


Frantz Liautaud, ambassadeur d’Haïti au Canada, n’a pas été informé des intentions du ministre Fantino, a-t-il dit sur les ondes de la radio de Radio-Canada, vendredi. Il a ajouté qu’aucun avis officiel ne lui était parvenu et qu’il ne pouvait donc pas commenter.

 

Propos décriés


Les propos du ministre Fantino sont « choquants » et « inappropriés », s’insurge la députée de Laurier -Sainte-Marie, Hélène Laverdière. « Non seulement ces propos sont insultants pour les Haïtiens, mais ils démontrent que le ministre ne comprend pas la situation. Il n’y a pas de baguette magique » pour reconstruire Haïti.


De plus, selon la députée, la situation n’est pas unique à Haïti. D’autres pays sont laissés pour compte par l’ACDI. « On constate que sur le terrain, il ne se passe à peu près rien. Les organismes n’ont pas de nouvelles de soumissions [présentées à l’ACDI] depuis un an. »


L’ancienne gouverneure générale, Michaëlle Jean, espère pour sa part que la décision de l’ACDI de geler les fonds destinés aux nouveaux projets en Haïti sera temporaire. En entrevue avec La Presse canadienne vendredi, l’envoyée extraordinaire pour l’UNESCO en Haïti s’inquiète des conséquences de cette décision. Elle reconnaît que les pays donateurs doivent repenser la manière de distribuer l’argent en Haïti afin d’assurer le succès du processus de reconstruction à long terme.


Mme Jean aimerait que des pays comme le Canada continuent d’aider Haïti. Elle soutient qu’il est très blessant pour les Haïtiens d’entendre des commentaires comme ceux du ministre Fantino sur la condition de leur pays.

 

Un moment charnière


Sur le terrain, les organismes d’aide rappellent que le moment serait bien mal choisi pour laisser tomber Haïti.


« Nous sommes à la croisée des chemins pour l’avenir d’Haïti », selon Jonathan Papoulidis, de Vision Mondiale Canada. Selon lui, il est temps de redoubler d’efforts pour permettre au pays, et au nouveau gouvernement, de prendre son avenir en mains.


France Hurtubise a séjourné plusieurs fois en Haïti depuis le tremblement de terre. Elle s’y trouve actuellement. Cette coordonnatrice aux communications à la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dit « qu’il ne faut pas laisser tomber ». L’organisme prévoit poursuivre sa mission encore 3 à 5 ans.


Elle ajoute qu’il est faux de croire que les Haïtiens ne se prennent pas en mains. « Oui, on vit parfois du découragement, car c’est long, mais il y a tellement de défis, ce n’est pas si simple à régler comme situation ! », explique Mme Hurtubise. « Il y a encore beaucoup de boulot… »


 

Avec La Presse canadienne

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