Toujours l’espoir, malgré l’avis d’expulsion

Les valises encombrent le salon de Marisol Mendez Trujillo, dont la famille a reçu d’Ottawa un avis d’expulsion vers le Mexique. La jeune mère redoute l’éventuel retour dans son pays d’origine, où son mari affirme avoir été torturé.
Photo: - Le Devoir Les valises encombrent le salon de Marisol Mendez Trujillo, dont la famille a reçu d’Ottawa un avis d’expulsion vers le Mexique. La jeune mère redoute l’éventuel retour dans son pays d’origine, où son mari affirme avoir été torturé.

Les valises jonchent le sol chez les Mendez Reyes. Les quatre membres de la famille mexicaine espéraient une résidence permanente canadienne, mais la semaine dernière, ils ont plutôt reçu un avis d’expulsion les obligeant à retourner dans leur pays d’origine, où ils craignent les affres de la persécution. Malgré la mauvaise nouvelle, l’espoir d’un revirement de situation subsiste.

« Il faut y croire, nous n’avons pas le choix, il faut se battre jusqu’au bout », raconte Marisol Mendez Trujillo, rencontrée mercredi. Dans le bas de duplex de Laval, c’est le branle-bas de combat : il faut vider la maison, vendre l’auto, fermer les dossiers, tout en planifiant le retour au Mexique. Pour aller où ? « Nous ne savons pas, nous n’avons pas la moindre idée », dit Marisol. « Un endroit où on restera en sécurité, où les enfants pourront aller à l’école, où mon mari ira travailler sans crainte d’être à nouveau enlevé ? Je ne sais pas où ça existe au Mexique, cet endroit. »


Devant nous se déroule un récit chargé d’émotions. La peur, qui ressurgit lorsque Marisol relate les trois enlèvements dont son mari Fernando dit avoir été victime - la raison pour laquelle ils ont demandé le statut de réfugiés au Canada, le 27 juillet 2008. L’angoisse, lorsqu’elle évoque le fait qu’elle n’a aucune idée de l’endroit où ils aboutiront. La tristesse, quand elle évoque le fait que sa fille Ingrid ne veut pas faire ses valises, incapable de croire qu’elle va partir. L’injustice, lorsqu’elle relate le paradoxe apparent entre leur certitude qu’un retour en sol mexicain mettra leur vie en péril et le fait que le système d’immigration canadien n’a pas cru à leur version des faits.

 

Un système sans émotion


Mais ce système, justement, n’a pas droit à l’émotion. Dans sa décision du 16 mars dernier, transmise par courriel par Citoyenneté et Immigration Canada, la Commission de l’immigration et du statut de réfugié établit clairement que Fernando Reyes Munoz, sa femme Marisol, ses enfants Ingrid et Eduardo ne sont pas des réfugiés au sens de la Convention. Ils n’ont pas réussi à faire la démonstration qu’advenant un retour au Mexique, ils seraient exposés à un risque plus élevé ou différent du « risque généralisé auquel est exposé l’ensemble ou une partie de la population mexicaine », un risque que le Canada reconnaît néanmoins.


Le tribunal juge aussi qu’ils n’ont pas prouvé qu’ils avaient fait de sérieux efforts de recherche de protection de l’État, là-bas, avant de chercher asile ailleurs. Elle conclut également que subsistent des régions du Mexique, par exemple en Baja California, où les demandeurs « pourraient vivre en sécurité ».


Marisol Mendez est perplexe face à ce raisonnement, où l’on reconnaît d’un côté que règne au Mexique un climat où les citoyens sont menacés, tout en exigeant de l’autre qu’on fasse la preuve de l’identité des agresseurs présumés - même s’ils sont liés à la police judiciaire. « Comment aurait-on pu aller chercher la protection de ceux qui font partie du problème ? Là-bas, on n’a pas confiance dans le politique et la police. »


Ponctuée de larmes, l’histoire d’une famille égrenant ses derniers jours au pays des congères rime avec tristesse mais aussi espoir. Car malgré toutes ces valises qui emplissent le salon, Marisol rêve d’une intervention de dernière minute qui permettrait à tout le moins d’étirer un peu le séjour, le temps pour le jeune Eduardo de terminer son année scolaire. « Oui, j’ai encore l’espoir qu’on va rester, qu’on va rester au Canada, sans vivre l’insécurité et la peur qui seront notre lot quotidien au Mexique. »


Les Mendez Reyes espèrent une intervention du gouvernement du Québec, qui, s’il n’a pas autorité politique en matière d’immigration, peut certainement discuter avec son homologue fédéral. « Une lettre a été envoyée à la ministre responsable de l’Immigration [Diane De Courcy] », raconte Marisol. « Tous les espoirs sont permis. »


S’ils ne peuvent pas rester dans leur appartement jusqu’au moment de l’expulsion, ils iront tous les quatre trouver refuge dans une église du quartier Rosemont, où ils ont trouvé « une famille » qui leur a offert le gîte jusqu’au 19 janvier. Mais pas question d’opter pour la clandestinité, comme d’autres avant eux ont choisi de le faire lorsqu’une mesure de renvoi leur était imposée. « Non, pour nous, c’est un choix impossible. Nous n’avons jamais été dans l’illégalité, et c’est une option dont nous n’avons jamais discuté. Elle serait nuisible pour les enfants et pour nous. On n’est pas prêts à vivre avec les conséquences », explique Marisol.


Les Mendez Reyes ne sont pas les seuls dans cette situation déchirante. Au cours des prochaines semaines, l’organisme Mexicains unis pour la régularisation (MUR) présentera le cas de cinq autres familles mexicaines vivant elles aussi sous le coup d’un ordre d’expulsion. Ils estiment que compte tenu de « l’état de guerre au Mexique et la violence généralisée de la criminalité organisée », le Canada devrait décréter un moratoire sur les expulsions de ces citoyens sans papiers.

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