De nouveaux appuis pour la chef Spence

Theresa Spence a rencontré dimanche une délégation d’élus et d’ex-élus sur l’île Victoria, à un jet de pierre de la colline parlementaire.
Photo: La Presse canadienne (photo) Fred Chartrand Theresa Spence a rencontré dimanche une délégation d’élus et d’ex-élus sur l’île Victoria, à un jet de pierre de la colline parlementaire.

Theresa Spence a finalement rencontré un premier ministre conservateur… mais pas le bon. La grande chef de la nation crie d’Attawapiskat, en grève de la faim depuis le 11 décembre, a reçu dimanche la visite de Joe Clark, premier ministre conservateur du Canada de 1979 à 1980.

M. Clark, qui a visité la chef en compagnie de Shawn Atleo, le chef pancanadien de l’Assemblée des Premières Nations, a qualifié la vision de Mme Spence de modeste et d’atteignable et souligné que le dialogue direct et honnête était toujours utile et parfois essentiel, particulièrement dans le cas d’enjeux complexes comme les relations entre le Canada et les autochtones.


Une délégation de seize députés du Nouveau Parti démocratique (NPD) a également visité l’île Victoria, où s’est installée la chef autochtone. Parmi eux, Mathieu Ravignat, député de Pontiac, Paul Dewar, député d’Ottawa-Centre, Hélène Laverdière, députée de Laurier-Sainte-Marie, ainsi que Charlie Angus, représentant de la circonscription de Timmins-Baie-James, d’où est originaire Mme Spence.


Devant ceux qui lui ont rendu visite, Mme Spence a déclaré « qu’il était temps de marcher ensemble dans la paix » et de faire honneur aux traités, en plus d’exprimer son espoir de parvenir à des discussions concluantes.


« Nous demandons au premier ministre d’agir rapidement et de tendre la main à la chef Theresa Spence en lui promettant de rencontrer dès janvier les chefs autochtones élus », a rappelé M. Dewar dans un communiqué.


M. Ravignat a appelé le gouvernement à « respecter les promesses qu’il a faites lors des rencontres de janvier dernier », et à « collaborer avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis ». Le député de Pontiac a également profité de l’occasion pour souligner l’urgence de la situation sanitaire à la réserve algonquine de Kitigan Zibi, où 40 % de la population vit sans eau potable.


Nation à nation


Theresa Spence entamera bientôt sa quatrième semaine de grève de la faim. Elle réclame une rencontre avec le premier ministre Stephen Harper, ainsi qu’avec le gouverneur général, David Johnston, seule manière, selon elle, d’établir un dialogue de nation à nation. C’est à ce titre que Mme Spence a refusé plusieurs rencontres avec le ministre des Affaires autochtones John Duncan.


La grève de la faim de Mme Spence a attiré l’attention sur les enjeux autochtones, mais plusieurs, tels que la ministre fédérale de la Santé Leona Aglukkaq, s’inquiètent de son état de santé. La grande chef se dit pour sa part prête à mourir pour sa cause.

 

Voie ferrée bloquée


La grève de la faim de la chef crie s’inscrit dans un mouvement de protestation autochtone plus large à l’échelle du pays, le mouvement Idle No More, sorte de « ras-le-bol autochtone ». La plus récente action s’est déroulée dimanche après-midi. Une vingtaine de manifestants ont bloqué pendant quelques heures une voie ferrée reliant Toronto à Montréal. Le barrage, mis en place à l’est de Belleville, en Ontario, a retardé plus de 2000 passagers, selon Via Rail.


Point central des multiples manifestations qui composent ce mouvement, l’opposition au projet de loi omnibus C-45, qui a reçu la sanction royale le 14 décembre dernier, et surtout sa section 8 qui modifie la Loi sur les Indiens. Les autochtones reprochent au gouvernement de ne pas les avoir consultés durant le processus de modification de la loi, qui, estiment-ils, pourrait faciliter la vente des terres autochtones à des investisseurs privés souhaitant les exploiter.


Par voie de communiqué, le chef Konrad Sioui de la Nation huronne-wendat a renouvelé son soutien à la chef. « Nous sommes solidaires de la Chef Spence, elle fait preuve d’une détermination qui illustre bien à quel point nous, les Premières Nations, sommes des peuples qui [défendent] nos droits ancestraux et issus de traités qui sont enchâssés dans la Constitution. »


Sur sa page Facebook, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et Labrador, Ghislain Picard, annoncait le jour de Noël son intention d’aller à la rencontre de la grand chef ce lundi ou mardi.


Stephen Harper n’a toutefois pas indiqué qu’il souhaitait se rendre sur l’île Victoria.


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Avec La Presse canadienne