Manifestation autochtone - À l’assaut des politiques de Harper

Les Premières Nations ont envahi la colline parlementaire vendredi, à Ottawa.
Photo: La Presse canadienne (photo) Fred Chartrand Les Premières Nations ont envahi la colline parlementaire vendredi, à Ottawa.

Ottawa – Quelques centaines de membres des Premières nations ont pris d’assaut la colline parlementaire vendredi, reprochant au gouvernement de Stephen Harper de leur avoir imposé avec son dernier budget des changements environnementaux sans les consulter.

Le ton monte au sein des communautés autochtones du pays depuis quelques semaines. Il y a un an, le premier ministre entamait l’année 2012 avec un sommet réunissant à Ottawa les chefs des Premières Nations, en leur promettant un renouveau des relations avec la Couronne. Onze mois plus tard, la scène était tout autre.


Tour à tour, la douzaine de chefs régionaux qui se sont adressés à la foule amassée devant le Parlement a accusé Ottawa d’agir une fois de plus de façon unilatérale, en citant les nombreux changements aux règles environnementales du dernier projet de loi budgétaire. C-45 modifie notamment la Loi sur les eaux navigables en réduisant considérablement le nombre de cours d’eau protégés d’entrave à la navigation. Les communautés autochtones dénoncent en outre que la législation modifie la Loi sur les Indiens, en changeant le mode de consultation des communautés lorsque des terres de réserves sont vendues ou louées.


Grève de la faim


« Comme vous pouvez le voir, Canada, nous existons, nous sommes là », a lancé le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo. « Nous n’arrêterons pas, pas une seule seconde. M. Harper, vous êtes mieux d’être prêt », a prévenu à son tour Clayton Thomas-Mueller, du groupe Indigenous Environmental Network.


Signe de l’exaspération qui semble gagner les Premières Nations, la chef de la réserve d’Attawapiskat a entamé une grève de la faim, il y a 12 jours, et elle promet de tenir le coup tant et aussi longtemps que le premier ministre Stephen Harper n’acceptera pas de s’asseoir avec elle et ses homologues, de même que le Gouverneur général, pour discuter de leurs droits, qu’ils affirment lésés, de même que de la pauvreté dans leurs réserves.


En 2011, Mme Spence avait fait la guerre à Ottawa, après avoir déclaré l’état d’urgence dans sa réserve du nord de l’Ontario aux prises avec une grave crise du logement. « La chef Spence se sent faible, mais elle est profondément déterminée et elle nous dit que la passivité, c’en est fini », a scandé le chef national Atleo.


Au bureau du premier ministre, on a défendu que « le gouvernement travaille avec les dirigeants des Premières Nations à faire avancer plusieurs dossiers, plus particulièrement ceux de l’éducation et de l’infrastructure dans les réserves ».

 

« Idle No More »


Mais on ne parle pas de rencontre avec la chef Spence. Le ministre des Affaires autochtones, John Duncan, aurait quant à lui appelé la chef à plusieurs reprises, mais personne ne l’aurait rappelé, a indiqué son porte-parole.


La manifestation était l’initiative du mouvement « Idle No More » (« La passivité, c’est terminé »). Lancé au début du mois par quatre femmes de Saskatchewan, le mouvement dénonce le manque de consultations des Premières Nations par Ottawa. D’autres manifestations ont été organisées vendredi au Québec, à Charlottetown, Edmonton, Saskatoon, et Winnipeg.

7 commentaires
  • Michaël Ottereyes - Inscrit 22 décembre 2012 13 h 23

    Les autochtones sont un peuple fort qui ne cesse de se faire écraser par le gouvernement. Rappelez-vous tout ce qu'ils ont subie dans le passé et ils ont encore debout aujourd'hui. ils méritent notre respect.

  • jean-marie Défossé - Inscrit 22 décembre 2012 14 h 49

    Manifestation autochtone

    Merci au journal Le Devoir de faire ... son Devoir journalistique , en donnant la possibilité aux Premières Nations de s'exprimer par l'entremise de vos pages .
    Ces Premières Nations ont si INJUSTEMENT (et SUFFISAMMENT maintenant) été oubliées , bafouées et spoliées dans cette conquête des Amériques par des instances européennes supposées "civilisées", qu'il est HUMAINEMENT inacceptable que cela se perpétue davantage !
    Les conséquences de l'hégémonie sur les Amérindiens sont affligeantes pour l'espèce humaine et plus particulièrement pour la race blanche et ses prétentions d'un autre âge !
    Le Monde change ! Les préceptes de la morale et de la justice peuvent encore prévaloir sur la cupidité et la cécité du plus grand nombre . Encore faut-il se donner la peine de vouloir identifier et mettre un nom sur la source du "MAL" de notre civilisation .
    Est-il encore pensable au 21ème siècle que l'on privilégie la Couronne en Or et en pierres précieuses pour une minorité , au détriment d'une majorité à laquelle on imposera par la force ou par la duperie ... une Couronne d'épines !

    • Djosef Bouteu - Inscrit 23 décembre 2012 01 h 46

      Excusez-moi, parlant de prétentions d'un autre âge, c'est quoi la «race blanche» et quelles sont ses prétentions que tous ses membres partagent?

      Est-ce qu'un Autochtone, par exemple un député conservateur, qui vote des lois qui annulent pratiquement toute protection environnementale, est de cette «race blanche»?

      Ou a-t-il un passe-droit automatique pour ses errements éthiques de par sa parenté?

      Est-ce qu'un Québécois à la peau pâle, qui vit à Kuujjuarapik, a appris un peu d'inuktitut et envoie ses enfants à l'école du vilage où l'éducation se fait en inuktitut, est de cette «race blanche», porteuse de tant de maux?

      À part ça, on est bien content de voir les Autochtones se lever pour défendre l'environnement et leur droit de vivre dans un cadre de vie sain.

  • François Marcoux - Abonné 22 décembre 2012 21 h 44

    Des nations qui se tiennent debout

    Des lois budgétaires que le présent gouvernement conservateur à déposées, sont des insultes à la démocratie et agissent comme des bulldozers dans plusieurs secteurs, notamment l'environnement. Je crois que les nations autochtones sont légitimées de se révolter et je souhaite qu'elles réussissent dans leur démarche.

  • Martin Dufresne - Abonné 23 décembre 2012 13 h 41

    Lettre ouverte à MM. Harper et Johnston

    Lettre ouverte au Très honorable Premier ministre du Canada Stephen Harper et au Très honorable Gouverneur général David Johnston:

    À titre d’universitaires enseignant dans des universités canadiennes, nous sommes témoins de l’action courageuse et honorable de la chef Theresa Spence de la Première nation d’Attawapiskat pour défendre le territoire et les peuples autochtones du Canada. La chef Spence a déclaré qu’elle était prête à mourir pour son peuple et nous ne garderons pas le silence alors qu’elle dépérit au seuil de notre Parlement. Nous appelons notre gouvernement à rencontrer immédiatement la chef Spence et à lancer un plan global visant à remédier à la situation d’urgence que vivent des collectivités autochtones partout au pays.
    Le 11 décembre 2012, la chef Theresa Spence a commencé une grève de la faim, appelant le Très honorable Premier ministre du Canada Stephen Harper et le Très honorable Gouverneur général David Johnston à «entamer immédiatement des discussions et l’élaboration de plans d’actions pour résoudre les problèmes liés aux traités signés avec les Premières nations partout au Canada». La chef Spence souhaite discuter avec eux de ses préoccupations au sujet du mépris des peuples des Premières Nations par le gouvernement du Canada, notamment le défaut persistant de lutter contre la pauvreté vécue dans les communautés autochtones, en particulier celles des communautés rurales et isolées.(...)

    Pour lire la suite de cette lettre ouverte et la signer, il suffit de se rendre sur le site http://idlenomore.com/
    L' adresse courriel où écrire pour ajouter sa signature et son affiliation universitaire à cette lettre est Academics4ChiefSpence@gmail.com

    Martin Dufresne

  • Mathieu des Ormeaux - Inscrit 23 décembre 2012 15 h 42

    Plaie béante

    N'oublions pas tous les efforts déployés par le gouvernement fédéral pour corrompre et simultanément accuser de cupidité les chefs de bande. Ni le génocide commis par les paroisses anglicanes qui ont publiés des actes de décès pour des enfants autochtones (largement de race Mohawk) qui n'étaient en fait même pas morts, afin de rayer leurs origines tout en leur attribuant des noms anglais. Les Mohawk sont les seuls à faire valoir leurs droits; ils communiquent par la seule voie que l'on semble comprendre: la violence.

    Ils sera difficile de prolonger nos sermons et ingérences dans des pays étrangers qui font obstacle à l'hégémonie anglo-ricaine tout en bafouant les droits de nos propres minorités. Je donne en exemple les reproches faits envers la Chine, envers la Russie et envers toute nation qui conteste un monde unipolaire, sur le fait des "droits de l'homme". En sommes-nous vraiment les champions?