Marijuana thérapeutique - Finie la production personnelle, place à une hausse de prix

Ottawa — Les changements qu’Ottawa veut apporter au régime d’approvisionnement de marijuana thérapeutique feront épargner aux contribuables canadiens 15 millions de dollars par année, plaide le gouvernement fédéral. Mais ils multiplieront par neuf le coût pour les malades, qui ne pourront plus faire pousser leur propre herbe.

Dimanche, la ministre de la Santé a annoncé son intention de modifier en profondeur le Programme d’accès à la marihuana à des fins médicales. Un des changements les plus importants porte sur l’approvisionnement. Alors que celui-ci est, à l’heure actuelle, soit gouvernemental, soit personnel, il deviendra uniquement commercial. Ottawa cessera de produire du « pot » et il interdira aux malades ou à leurs amis de le faire. Seules des entreprises, à choisir plus tard, auront l’autorisation de faire pousser l’herbe thérapeutique.


C’est ce qui préoccupe la Société pour l’accès au cannabis médical (SACM), le seul dispensaire de marijuana thérapeutique ayant encore pignon sur rue à Montréal. « L’établissement d’un marché commercial réglementé pour la production et la distribution de la marijuana médicale, c’est bon en soi, lance Adam Greenblatt, le directeur général de la SACM. Ça va garantir un contrôle de qualité. Le produit de Santé Canada n’était pas comparable côté qualité. Il n’était pas assez fort. »


Le problème, selon lui, c’est que cette bonne idée ne devrait pas pour autant empêcher les malades de faire pousser chez eux, à peu de frais, leurs propres plants. « Ça va être plus cher parce que les entreprises ont des frais administratifs, contrairement au patient qui le fait pousser chez lui. » Selon M. Greenblatt, le coût d’un gramme de marijuana cultivé à domicile à l’extérieur peut être de seulement 0,02 à 0,25 $. Cultivé à l’intérieur, il est d’environ 1 à 2 $. Le gramme vendu commercialement serait, lui, d’environ 9 $. Or, la grande majorité des patients sont pauvres pour cause de maladie chronique, dit-il. Il note que, désormais, un patient qui continuera à faire pousser l’herbe chez lui sera sujet à la nouvelle peine minimale introduite par le gouvernement de six mois de prison pour culture de six plants ou plus.

 

La ministre voit les économies


La ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, ne l’entend pas ainsi. Elle rappelle que la marijuana cultivée par Santé Canada était vendue à 5 $ le gramme, soit un prix inférieur au coût réel de production. « Les contribuables payent à l’heure actuelle 15 millions de dollars par an pour fournir de la marijuana médicale à 26 000 patients. C’est un programme hautement subventionné », explique-t-elle en entrevue au Devoir. Mais pourquoi avoir en même temps interdit la production personnelle ? Pour des raisons de sécurité, dit la ministre.


Il y a, au Canada, 26 000 malades détenteurs d’une autorisation de marijuana médicale. On estime que 65 % de ces gens faisaient pousser eux-mêmes leur drogue.


Reste la question de la qualité du produit. Le gouvernement imposera-t-il un plafond à la concentration permise de THC dans la marijuana commerciale ? Si oui, ce plafond sera-t-il si bas que les patients devront se rabattre sur le marché noir à défaut de pouvoir faire pousser eux-mêmes un meilleur produit ? La ministre Aglukkaq estime qu’il est trop tôt pour écarter ou appuyer cette idée : « Comment impose-t-on un plafond ou autre sans la recherche ? »


Le SACM se préoccupe par ailleurs du silence de la nouvelle réglementation sur la marijuana comestible. Le dispensaire cuisine des aliments (biscuits, brownies, etc.) pour ceux que la fumée rebute et les vend partout au pays. L’effet de la marijuana avalée plutôt qu’inhalée se fait davantage ressentir dans tout le corps.


Les partis d’opposition n’ont pas décrié en bloc les nouvelles mesures (bien qu’ils déplorent l’annonce faite après la fin des travaux parlementaires). Ils applaudissent à la réduction des tracasseries administratives, soit que la prescription d’un médecin n’aura plus besoin d’être autorisée par Santé Canada. Ils approuvent aussi la création d’un marché commercial pour le produit, mais dénoncent en bloc la fin de la production personnelle.


« Une des améliorations, c’est que les patients auront accès plus directement au produit », note la députée néodémocrate Libby Davies. Elle déplore l’explosion des coûts tout comme la libérale Hedy Fry. Celle qui représente le chaud centre-ville de Vancouver dit avoir été contactée par des patients. « Ils me demandent pourquoi le gouvernement va les faire payer pour quelque chose qu’ils pourraient faire pousser dans leur jardin. » Au Bloc québécois, on craint que ce changement ne pousse les gens à revenir à la clandestinité.

7 commentaires
  • Hugues Tremblay Manigouche - Inscrit 18 décembre 2012 08 h 03

    "...qui ne pourront plus faire pousser leur propre herbe."

    En autant que je sache, aucune loi n'a réussi à empêcher qu'on cultive cette plante. Encore un pas dans la mauvaise direction. Si ils veulent sauver plus que $15M bon sang qu'ils laissent les gens faire pousser leur 'pot'.

    • Sylvain Auclair - Abonné 18 décembre 2012 10 h 45

      Je ne doute pas que vous ayez raison sur le fond, mais votre argument ne tient pas la route. Après tout, aucune loi n'a jamais réussi non plus à mettre fin aux vols, aux meurtres et au viols, mais personne n'envisage les autoriser, non?

    • Hugues Tremblay Manigouche - Inscrit 19 décembre 2012 09 h 16

      Ce n'était pas un 'argument', mais cela va exactement dans le même sens que ce que vous disez. Les lois n'empêchent pas le vol, cependant un vol est un acte au dépend d'autrui, ce qui en fait justement un crime. Tandis que de 'fumer du pot' est en général concensuel - à moins qu'on ait déjà 'forcé' quelqu'un à fumer, si c'est possible. Je dénonce évidemment l'absurdité d'une loi empêchant les gens de faire pousser une plante.

  • François Dorion - Inscrit 18 décembre 2012 08 h 58

    Le bon usage de la marijuana

    La flore laurentienne, à "Cannabis sativa", Chanvre cultivé, on retrouve différents usages du Cannabis: les fibres pour les toiles à voile et les cordages, les graines, pour nourrir la volaille, l'huile, employée dans la peinture, et les feuilles qui fournissent un suc narcotique qui sert à la fabrication du haschich, quer l'on mâche pour se procurer une espèce d'ivresse peuplée de rêves délicieux.
    Nulle part il n'y est dit de fumer la plante, et de toutes façons, fumer des feuilles est toxique.
    Par contre, pour ce qui est de la possession sans l'intention de fumer, cette indication étant dans un livre édité par les frères des écoles chrétiennes, il est possible qu'ne exemption de criminalité pour des raisons religieuses soit permise.


    François Dorion LLL LLM

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 18 décembre 2012 12 h 56

      Le canabis sativa n'a aucune propriété hallucinogène. Cette plante sert à fabriquer les éléments que vous nommez. La société américaine Dupont l'a fait interdire dans les années 1930 pour mousser la vente de ses textiles synthétiques. Grave erreur. Avec la Deuxième Guerre Mondiale, on s'est vite rendu compte que ces fibres étaient indispensables à l'armée pour les toiles, les parachutes, les câbles etc. Aussi le gouvernement américain a-t-il distribué en catastrophe des semences à ses fermiers en plus d'acheter tout ce qu'ils trouvaient sur le marché mondial. Le canabis qui procure des effets euphoriques est le canabis indica.

    • François Dorion - Inscrit 19 décembre 2012 11 h 39

      Il existe aussi d'autres usages du chanvre cultivé qui sont réservés à la consommation intérieure, et qui sont indiqués dans la première partie de l'article de la flore laurentienne portant sur cette plante.

  • Serge Grenier - Inscrit 18 décembre 2012 15 h 19

    @ Sylvain Auclair

    Je trouve cela plutôt déplacé de comparer les «vols, meurtres et viols» avec «fumer un joint».