Pas de débat constitutionnel pour Trudeau

Saint-Jérôme — Justin Trudeau dit n’avoir aucunement l’intention de s’embourber dans les affrontements constitutionnels qui ont marqué l’époque politique de son père.

Le candidat à la chefferie du Parti libéral du Canada (PLC) s’est fait questionner par des journalistes, lors d’une tournée du Québec, sur la possibilité qu’il rouvre la Constitution pour reconnaître la province comme une nation. M. Trudeau estime que le moment est mal choisi et que la question n’intéresse que certains journalistes et politiciens. Les citoyens, affirme-t-il, sont plus touchés par l’économie et la politique étrangère. « Les gens s’inquiètent au sujet de leur emploi, les gens se demandent dans quelle direction nous allons, comment nous allons interagir avec le monde, comment nous allons nous assurer que nos enfants aient des opportunités », a-t-il déclaré à des reporters, lundi.


« Ce sont de vieilles, vieilles querelles qui ne sont très importantes que pour un petit segment de gens qui sont furieux parce que j’ai demandé que nous passions à autre chose. Alors, je vais me répéter : pouvons-nous passer à autre chose ? »


Cette prise de position lui a valu de sévères remontrances de la part de l’ex-politicien Jean Lapierre. Sur les ondes de TVA, M. Lapierre, un ancien membre d’une faction du PLC qui voulait mettre à jour l’entente constitutionnelle de 1981, a demandé à M. Trudeau s’il était acceptable que le Québec se sente exclu du document officiel le plus important du pays. L’intervieweur, incrédule, a déclaré à son invité que les premiers ministres avaient des responsabilités allant au-delà de ce qui est populaire.

 

Souverainistes


L’entente de 1981 a reçu l’appui de toutes les provinces, à l’exception du Québec. Depuis, les politiciens québécois ont tenté d’obtenir une forme de reconnaissance du caractère unique de la province, qui pourrait à terme être utilisé, par exemple, pour protéger les lois linguistiques en cour.


Selon Justin Trudeau, toutefois, le controversé dossier constitutionnel - fermé depuis l’échec des négociations du Lac Meech en 1995 - n’est pas totalement clos.


Un journaliste lui a alors demandé ce qu’il devrait arriver pour relancer les discussions. « Si un premier ministre du Québec devait m’approcher et me dire “J’aimerais officiellement annoncer que le Québec adhère à la Constitution”, et que je puisse le faire sans susciter de divisions », a répondu M. Trudeau.


Le candidat à la chefferie du PLC a par ailleurs lancé une pointe aux souverainistes qu’il dit outrés par ses propos, affirmant que leur indignation n’était basée que sur une politique de division, un domaine qu’il tente d’éviter.

24 commentaires
  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 11 décembre 2012 02 h 17

    un référendum pour ratifier 1982 (OU NON)

    Ce n'est pas que pour proclamer la nation qu'il faut réouvrir la constitution : c'est parce que la structure est corrompue, concentrarice de pouvoirs, qu'il faut y dire un non clair. Trudeau fils, au contraire de son père, ne fait pas dans la philosophie ni même dans la théorie ou la pédagogie : pour lui, nous citoyens devons demeurer ignorants de la chose politique et ne pas aborder un sujet aussi fondamental que celui qui fonde "nos" institutions.

    Nul ne doit être assujetti à un contrat qu'il n'a pas signé, que ce soit dans le droit civil ou dans le commonlaw. Un penseur libéral, Rousseau, affirmait que le pouvoir politique vient d'un contrat social, la constitution, qui vient établir la légitimité d'un gouvernement démocratique ; un autre, Montesquieu, promouvait une plus grande séparation des pouvoirs, pas des juges post-ités.

    « Si un premier ministre du Québec devait m’approcher et me dire “J’aimerais officiellement annoncer que le Québec adhère à la Constitution”, et que je puisse le faire sans susciter de divisions »
    Pouvons-nous passer à autre chose ? Non, pas tant que cette contitution monarchiste ne soit ratifiée OU NON par référendum.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

    • Raymond Turgeon - Inscrit 11 décembre 2012 12 h 51

      Je suis peut-être pessimiste, et, peut-être à tort, je n'accorde pas beaucoup de capacité d'indignation à la ''moyenne'' des québécois, mais je crains que dans l'état actuel de l'inconscience et de l'indifférence ahurissante des gens de notre culture, l'issue d'un tel référendum ne vous déçoive.
      Ceci dit, cette indifférence et le manque de colone vertébrale chronique et généralisé (encore ma perception pessimiste et cynique) accomodent la classe politique, toutes allégences confondues.
      Bien entendu, on ne peut exiger de Justin Trudeau qu'il fasse entorse à sa nature politique.
      Il ne contemplera jamais la possibilité d'intervenir dans le débat constitionnel en faveur des intérêts du Québec.
      Si le Québec se soumet et endosse cette constitution, il aimerait bien l'annoncer au Roc et en récolter la gloire sans toutefois se mouilller dans une inévitable et houleuse discussion dont il se passerait bien.
      À bien y penser, il serait probablement plus profitable aux indépendantistes que JT remporte la course à la chefferie, et que les libéraux reprennent le pouvoir.
      Ainsi, il nous aurait débarassé des conservateurs sans avoir l'ombre d'une chance de répondre aux aspirations Du Québec.
      Sinon, le NPD fournira à beaucoup de ''mousbécois'' l'excuse rêvée pour se vautrer dans le statu quo le plus navrant.

      Raymond Turgeon

  • Pierre Schneider - Abonné 11 décembre 2012 06 h 34

    Populisme de bas étage

    L'attitude de Justin Trudeau, qui semble vouloir renier, contrairement à Harper, la nation francophone du Canada, en est encore une de mépris intellectuel.
    Un populisme de bas étage, qui ne démontre aucune vision d'avenir, mais qui est tout de même accrocheur pour une population désinformée.
    P'tite politique encore et toujours...

  • Gilles Bousquet - Abonné 11 décembre 2012 07 h 30

    Le Québec, une nation ?

    Le Québec ou les Québécois ? Les Canadiens-français incluant ou excluant ceux du ROC ? Qui ? Une province, une Nation ?

    Une Nation, selon nos dictionnaires et : Une grande communauté humaine qui possède une unité historique. Ce sont des individus, pas un territoire.

    Considérez-vous les Anglophones du Québec comme une partie de la Nation Québec ? Une Nation bilingue ?

    Faudrait commencer par savoir ce qu' est une nation avant de l'inclure dans une constitution. Est-ce que ça serait, comme l'avait déclaré M. Harper et ses Conservateurs : Une Nation DANS LE CANADA ? Ça servirait à quoi exactement ?

    • Raymond Turgeon - Inscrit 11 décembre 2012 12 h 56

      Une entité culturelle dominante n'occupe-t-elle pas généralement un territoire?

      Rturgeon

  • Gilles Bousquet - Abonné 11 décembre 2012 07 h 44

    Pour ajouter au problème

    Est-ce que l'Acadie ou les Acadiens forment aussi une nation ? Et les Premières nations et le Grand-nord du Québec aussi ? Tant qu'à y être : Les Italiens de St-Léonard ? Les Beaucerons ? Les Là Là du Lac/Saguenay ? Nos Anglophones du West Island et de Westmount ? Pourquoi pas ?

    • Loraine King - Inscrite 11 décembre 2012 11 h 07

      Définitivement que les peuples autochtones sont reconnues par la loi, par les traités et la constitution (article 35).

      D'ailleurs....

      Engagement relatif à la participation à une conférence constitutionnelle

      35.1 Les gouvernements fédéral et provinciaux sont liés par l’engagement de principe selon lequel le premier ministre du Canada, avant toute modification de la catégorie 24 de l’article 91 de la « Loi constitutionnelle de 1867 », de l’article 25 de la présente loi ou de la présente partie :
      a) convoquera une conférence constitutionnelle réunissant les premiers ministres provinciaux et lui-même et comportant à son ordre du jour la question du projet de modification;
      b) invitera les représentants des peuples autochtones du Canada à participer aux travaux relatifs à cette question. (97)

    • Raymond Turgeon - Inscrit 11 décembre 2012 13 h 30

      Toutes les questions se posent.
      Une nation est je crois avant tout une entité culturelle qui occupe un territoire donné.
      La conquête a travesti l'occupation du territoire de l'Acadie sans réussir à éradiquer la nation acadienne.
      L'anglophone est ici un concitoyen charmant, mais minoritaire et privilégié.
      Les immigrants se doivent d'être québécois en résidant sur notre terriroire que les entités administratives du Québec et du Canada ont subtilisé aux Premières nations.
      C'est ma perception actuelle.

      RTurgeon

  • Gilles Delisle - Abonné 11 décembre 2012 08 h 05

    Les capacités politiques limitées du fils.

    Trudeau semble ne pas comprendre très bien ce que représente la non-intégration politique du Québec dans ce pays. Il ne semble pas comprendre ce qui s'est réellement passé dans les années 1981-82, sur le plan politique. De plus, il semble être doté d'un côté gaffeur par ses déclarations publiques pas toujours avisées. Mauvais choix pour les Canadiens que ce type.