Achat des F 35: le gouvernement refuse de calmer la tempête

Ottawa — Le gouvernement fédéral refuse de calmer la tempête soulevée par les révélations, jeudi soir, de l'existence d'un rapport négatif sur l'achat des avions de combat. Il prêche plutôt la patience.
 
Le bureau de la ministre des Travaux publics a confirmé tard jeudi soir avoir en main un rapport de la firme KPMG sur le coût de l'achat des F-35. La ministre Rona Ambrose s'engage à rendre ce rapport public la semaine prochaine. En attendant, ni elle, ni son collègue ministre de la Défense, Peter MacKay, ne veulent dire ce qui adviendra du projet.
 
Le rapport évaluerait le coût des 65 avions à 40 milliards $. C'est 15 milliards $ de plus que l'évaluation du vérificateur général, une évaluation qui dépassait déjà largement le prix de 16 milliards $ avancé par le gouvernement conservateur.
 
Case départ

Les partis d'opposition réclament maintenant que le gouvernement revienne à la case départ dans ce dossier, établisse les besoins du Canada pour le remplacement des CF-18 et fasse un appel d'offres ouvert et transparent.
 
Les libéraux font un pas de plus et demandent aussi la tête du ministre de la Défense.
 
«Je ne vois pas comment M. MacKay peut rester comme ministre de la Défense», a lancé le chef par intérim du Parti libéral du Canada, au cours d'un point de presse à Toronto, vendredi matin, accusant le ministre d'avoir trompé les Canadiens sur le coût réel des avions.
 
Quelques minutes plus tard, son collègue Denis Coderre reprenait son attaque, à la sortie des Communes, à Ottawa. «On n'a pas un ministre de la Défense devant nous. On a un représentant de Lockheed Martin. [...] Et M. MacKay doit démissionner», a-t-il insisté.
 
Le ministre MacKay n'a pas relevé le gant pendant la période des questions, laissant le secrétaire parlementaire aux Travaux publics, Jacques Gourde, répondre à l'opposition. Et quelle que soit la question, M. Gourde a lu la même réponse: «Nous sommes déterminés à mener notre plan en sept points et notre démarche exhaustive et transparente pour remplacer la flotte vieillissante des CF-18 du Canada. Notre plan en sept points prévoit un examen des options qui n'est pas limité par l'énoncé des besoins.»
 
Cette réponse, le député Gourde l'a lue 12 fois, poussant le bloquiste Jean-François Fortin à demander si le député voulait «pratiquer ses chansons à répondre du temps des Fêtes».
 
À sa sortie de la Chambre, le ministre MacKay, intercepté par les journalistes, n'a pas rajouté grand-chose aux efforts de son collègue Gourde. «"On a spéculé beaucoup au cours des 24 dernières heures. Je peux vous dire que nous suivons le plan en sept points [...] et la semaine prochaine, il y aura une discussion ouverte et transparente sur les prochaines étapes que nous allons suivre pour remplacer les CF-18», s'est-il contenté de dire avant de s'éloigner sans répondre aux questions.
 
«Ils cachent la vérité», a accusé le néo-démocrate Jack Harris. «Ils ont complètement perdu le contrôle», a-t-il ajouté.
 
Lina Dib, La Presse canadienne
9 commentaires
  • Alain Hebert - Inscrit 7 décembre 2012 16 h 59

    le F35, un mauvais choix

    Le F35 est un avion "top gun" spécialisé en combat aérien rapproché, dans des zones de guerre active (comme en Lybie). Ce que le Canada a besoin est un avion de patrouille et d'intervention rapide sur de longues distances, et dans des conditions climatiques extrèmes. Bref, il faut un avion hyper-rapide (le F35 est plutôt lent), autonome et fiable, donc avec 2 réacteurs (le F35 en a un seul). Ce qu'il faudrait, c'est une version moderne de l'Avro Arrow...

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 8 décembre 2012 04 h 43

      Vous savez ce qui est arrivé à cet avion : Les conservateurs l'ont fait disparaitre !

      Bonbardier devrait se pencher là-dessus.

    • Alain Hebert - Inscrit 8 décembre 2012 15 h 46

      @P. Lefebvre,
      En effet, le gouvernement Diefenbaker a littéralement fait disparaître cet avion. Un moment d'anthologie de l'histoire canadienne. S'il ne l'avait pas fait, le Canada serait devenu la 1ere puissance aéronautique de la planète, en avance sur les USA. Un exemple: le Avro Arrow disposait de commande électriques "fly-by-wire" en 1959. Le prochain avion Bombardier (C-series), en aura en 2013 pour la première fois chez eux.

    • Francois Lamoureux - Inscrit 9 décembre 2012 13 h 11

      Le Rafale est un avion semi-furtif. Il est doté d'ailes delta à flèche complexe et de plans canards actifs. Il dispose d'un système de commandes de vol électriques à plusieurs niveaux de redondance (trois chaînes numériques pouvant être secourues par deux chaînes analogiques, le tout alimenté par différentes sources électriques).

      Sa construction fait largement appel aux matériaux composites tels que la fibre de carbone et de kevlar ainsi que des alliages aluminium-lithium. Ses bords d'attaque sont composés de titane. Il est équipé de deux turboréacteurs M88-2 E4 de SNECMA qui fournissent jusqu'à 2 x 75 kN de poussée lorsque la post-combustion est activée.

      Équipé de réservoirs externes, le Rafale peut contenir jusqu'à plus de 10 000 litres de kérosène et peut être ravitaillé en vol.

    • Alain Hebert - Inscrit 9 décembre 2012 16 h 36

      L'idée d'une version moderne de l'Avro Arrow vient d'un général canadien à la retraite, Lewis MacKenzie. Son idée a été mal comprise; il ne s'agit pas de faire revivre un avion des années 50, mais de concevoir un intercepteur moderne, deux fois plus rapide que le F35, pouvant voler deux fois plus haut et deux fois plus longtemps. Le Arrow de nouvelle génération serait conçu à la pointe de la technologie moderne (matériaux composites, fibre de carbone, etc.) et serait optimisé pour réduire le temps d'interception dans le grand nord (plutot que pour le combat rapproché). Il ressemblerait forcément à son ancètre, mais cette ressemblance serait due uniquement à son optimisation. Il ne s'agit en aucune façon de récupérer des blue prints des années 50.

  • Francois Lamoureux - Inscrit 7 décembre 2012 20 h 09

    Le bon choix

    Le Rafale français de Dassault serait un très bon choix.
    Avion omnirôle, pour un prix moindre que le F35.
    65 avions pour environ moins de 5 milliards.

  • Benoit Toupin - Abonné 7 décembre 2012 20 h 36

    Le magasin à jouet des conservateurs

    Quels sont nos véritables besoins? Où se situe l'achat de ces foutus avions dans l'échelle des priorités? Pourquoi les conservateurs n'arrivent-ils pas à communiquer leurs réponses à ces deux questions toutes simples? Tant d'argent pour l'équipement militaire et si peu pour combattre la faim et la misère... On vient de retenir quelques millions destinés à la Palestine. Dans ce domaine, n'aurions nous pas une analyse de la situation plus judicieuse et raisonnable si un comité d'expert indépendant des autorités militaires et politiques avait le mandat d'évaluer les besoins et établir les critères pour un nouveau processus d'achat. A la fin c'est nous tous qui les payons ces foutus avions; nous devrions avoir un petit mot à dire avant d'être engagé dans de telles dépenses.

  • Gilbert Troutet - Abonné 7 décembre 2012 21 h 32

    Combien de $ par foyer canadien

    Les estimations les plus raisonnables pour l'achat des F-35 avoisinaient jusqu'ici les 25 milliards $. Le rapport dont il est question parle de 65 avions pour 40 milliards $. Où cette folie va-t-elle s'arrêter? Ça voudrait dire plus de 600 millions $ par appareil. Avec la moitié de ce budget, on pourrait construire aujourd'hui un TGV de Québec à Windsor (ce projet était évalué à 10,5 milliards $ au début des années 90).

    Si vraiment Ottawa arrive à nous passer ce sapin, chaque foyer canadien y aura contribué pour 3000 $ à 4000 $. Je mets au défi Stephen Harper de tenir un référendum là-dessus.

  • Patrick Magnier - Inscrit 9 décembre 2012 13 h 47

    L'Union fait la force

    Si le Québec et la France fusionnait, le Québec aurait des Rafales et des TGV et ça ne couterait pas un sou aux québecois, en tout cas pas au niveau provincial.