Palestine à l’ONU - Stupeur et colère en territoires occupés

Des Palestiniens ont célébré ce week-end dans les rues de Ramallah, en Cisjordanie, la résolution faisant de la Palestine un État observateur à l’ONU.
Photo: Majdi Mohammed - Associated Press Des Palestiniens ont célébré ce week-end dans les rues de Ramallah, en Cisjordanie, la résolution faisant de la Palestine un État observateur à l’ONU.

Ottawa — Le Canada a raté une belle occasion d’encourager l’action non violente au Moyen-Orient en votant contre la reconnaissance de la Palestine à l’ONU, estime Mustafa Barghouthi, un député de l’Autorité palestinienne. Selon lui, le Canada a fait preuve d’iniquité de traitement et a suscité la stupeur dans les territoires occupés.

« C’est scandaleux, nous ne comprenons tout simplement pas la logique de la position du gouvernement canadien , dit d’entrée de jeu M. Barghouthi en entrevue avec Le Devoir. Il n’y a aucune logique à se dire en faveur d’une solution de deux États, si c’est pour ensuite s’opposer à un vote favorisant la création d’un deuxième État. »


M. Barghouthi est un politicien bien en vue en Palestine. Fondateur du parti politique l’Initiative nationale palestinienne, il s’était présenté à l’élection présidentielle de 2005 contre Mahmoud Abbas et avait recueilli 19 % du vote. Élu député en 2006, il a brièvement servi comme ministre en 2007 au sein du tout aussi bref gouvernement de coalition. Il était de passage au Canada pour donner une série de conférences à l’invitation du groupe Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient.


M. Barghouthi ne revient tout simplement pas du vote canadien à l’ONU. Jeudi dernier, le ministre des Affaires étrangères s’est rendu à New York pour voter personnellement contre l’octroi du statut d’État observateur non membre à la Palestine. Seuls huit autres pays ont voté avec le Canada, dont quatre minuscules archipels du Pacifique totalisant 210 000 habitants.

 

Pire que les États-Unis


« Pourquoi le Canada voudrait-il s’isoler avec des pays tels que la Micronésie, Palaos ou les îles Marshall ? Je ne blâme pas Palaos ou les îles Marshall, car leur vote est dicté par les États-Unis. Ils sont pratiquement colonisés par les États-Unis et dépendent totalement d’eux d’un point de vue économique. Mais pourquoi le Canada ? Pourquoi n’a-t-il pas pris de position indépendante ? […] La position canadienne est pire que celle des États-Unis, car les États-Unis n’ont pas envoyé leur secrétaire d’État pour voter contre cette résolution. M. Baird s’est porté volontaire. Vous savez, M. Baird est le seul orateur qui n’a pas été applaudi. »


M. Barghouthi reprend les paroles du ministre une à une. Sur cette idée que le geste palestinien est un geste « unilatéral » qui n’aide pas les négociations de paix, le politicien réplique : « Comment cela peut-il être un acte unilatéral quand on demande à 190 nations de se prononcer ? C’est le geste le plus multilatéral qu’il puisse y avoir ! »


Ce qui enrage surtout M. Barghouthi, c’est que le ministre Baird se dise inquiet que la Palestine utilise son nouveau statut pour déposer des plaintes de crimes de guerre devant la Cour pénale internationale. « Cela peut vouloir dire deux choses. Ou bien il est sûr qu’Israël a commis des crimes de guerre et il veut protéger Israël pour qu’elle n’ait pas de comptes à rendre à la Cour pénale internationale. Ou bien Israël n’a pas commis de crime de guerre et, alors, pourquoi avoir si peur ? Nous dit-il que les règles doivent être appliquées seulement à certaines régions du monde et pas d’autres ? Ou est-ce une justification des agressions israéliennes contre les Palestiniens. » Le législateur en rajoute. « Quand il nous dit qu’il a des problèmes avec l’ONU, voyons donc ! M. Baird nous dit qu’il a un problème avec 95 % de la population mondiale ! Je crois que le problème n’est pas du côté du reste du monde, mais du côté des politiques canadiennes. »

 

Suite des choses


Le Canada en est encore à évaluer les suites à donner à cette reconnaissance internationale accordée à la Palestine. Ottawa a rappelé ses ambassadeurs onusiens de New York et Genève, ainsi que ceux de Ramallah et Israël pour discuter de la chose. Lundi, ils étaient encore en route.


Une des possibilités parfois évoquées est que le Canada ferme la délégation palestinienne basée à Ottawa ou même ne renouvelle pas les vivres versés à la Palestine, notamment un fonds de 300 millions de dollars sur cinq ans venant à échéance en 2013. Sur ce dernier aspect, M. Barghouthi hésite à condamner le Canada. « C’est l’argent de vos contribuables, vous en faites ce que vous voulez », insiste-t-il. Mais invité à prédire l’impact d’une telle décision, il rappelle que l’argent canadien et américain sert surtout à des initiatives de sécurité. « Alors, les mécanismes de sécurité s’effondreront, et ce sera le chaos. »


Selon lui, la reconnaissance de la Palestine aurait dû être appuyée, car elle représente une solution de rechange à la violence. Or, le geste a donné lieu à des menaces de représailles alors que le tir de roquettes s’est soldé par un cessez-le-feu. « Que dites-vous aux Palestiniens ? Utilisez la violence ? »

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