Ottawa serait moins dans le rouge qu’il le prétend, selon Kevin Page

Ottawa noircit trop ses chiffres. C’est la conclusion à laquelle arrive le directeur parlementaire du budget, Kevin Page. Il estime que le gouvernement fédéral a trop assombri son portrait financier lors de sa mise à jour économique et financière d’il y a deux semaines.


Chaque année, le ministère des Finances rédige un budget printanier prédisant le solde budgétaire du gouvernement puis une mise à jour économique automnale des chiffres selon l’évolution de la situation. Cet automne, Ottawa a revu à la baisse son solde budgétaire de 5,8 milliards de dollars par année, en moyenne, pour chacune des cinq années de prévision. Bref, Ottawa a estimé que, d’ici 2016-2017, ses déficits cumulés seraient de 28,9 milliards plus élevés que ce qui avait été prévu en mars.


Or, selon M. Page, ce pessimisme n’est pas de mise. « La révision de la projection du solde budgétaire […] est presque deux fois plus élevée que ce que » les méthodes de calcul traditionnelles suggèrent, écrit-il dans un rapport diffusé jeudi. En utilisant une méthode de prévision habituellement utilisée par Finances Canada, appelée les « sensibilités », M. Page arrive à la conclusion qu’Ottawa exagère son déficit de 4,7 milliards par année en moyenne.


C’est donc dire, si M. Page a raison, qu’au lieu d’être atteint en 2016-2017, comme le prévoit désormais le ministre des Finances, Jim Flaherty, le déficit zéro le serait une année plus tôt. En effet, le déficit prévu en 2015-2016 est seulement de 1,8 milliard de dollars : en appliquant l’écart de Kevin Page, cela se transformerait en surplus de 2,9 milliards.


Pour appuyer ses calculs, M. Page explique que d’habitude le ministère des Finances estime qu’une baisse anticipée du PIB de 20 milliards entraîne une diminution des revenus du Trésor de 3 milliards. Or Ottawa a anticipé une baisse du PIB de 22 milliards, mais une réduction de ses revenus de 6 milliards, soit le double.


Autre exemple, lorsque le PIB diminue, il entraîne généralement une diminution des paiements de péréquation aux provinces. Or, souligne M. Page, ces paiements n’ont pas été revus à la baisse dans la mise à jour économique. « Au vu des renseignements disponibles, la révision à la hausse des charges de programmes dans la Mise à jour de 2012 semble surévaluée », écrit-il.


Notons que, depuis quelques jours, il existe un flou quant au moment du retour à l’équilibre budgétaire, le premier ministre Stephen Harper ayant déclaré trois jours à peine après la mise à jour de M. Flaherty que cet équilibre serait atteint avant la prochaine élection. Cette élection est prévue pour octobre 2015.