Soins de santé des réfugiés: le Manitoba prépare sa facture pour le fédéral

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	Ottawa a cessé de payer les soins de santé ou les médicaments des demandeurs d’asile refusés au pays ainsi que ceux provenant de pays jugés sûrs par le ministre Jason Kenney. </div>
Photo: La Presse canadienne (photo) Paul Chiasson
Ottawa a cessé de payer les soins de santé ou les médicaments des demandeurs d’asile refusés au pays ainsi que ceux provenant de pays jugés sûrs par le ministre Jason Kenney. 

Ottawa — La liste des provinces s’opposant à la réforme du gouvernement conservateur en matière de soins de santé des réfugiés s’allonge. La Saskatchewan a ajouté sa voix à celles qui critiquent ouvertement les changements d’Ottawa, tandis que le Manitoba recense les frais engagés en vue d’envoyer la facture au fédéral. Mais le ministre de l’Immigration garde le cap, arguant que si les provinces veulent récolter la facture, grand bien leur fasse.

En juin dernier, Ottawa a cessé de payer les soins de santé ou les médicaments des demandeurs d’asile refusés au pays ainsi que ceux provenant de pays jugés sûrs par le ministre Jason Kenney (la liste n’a pas encore été établie), à moins que leur situation ne menace la santé publique. Quant aux autres, seuls les soins d’urgence sont remboursés.


De l’avis des provinces, Ottawa balaie le fardeau financier chez elles. Du côté du Manitoba, pas question de se laisser faire, car Winnipeg estime que c’est une responsabilité toute fédérale et que c’est Ottawa qui doit payer. «La province va tenir le registre et tenter de recouvrer les coûts des services assurés au Manitoba par le gouvernement fédéral associés aux frais de soins médicaux, d’hospitalisation et de médicaments qui auraient autrement été financés en vertu du programme fédéral», a expliqué une porte-parole du ministère de la Santé de la province, dénonçant aussi le fait que la réforme soit arrivée sans préavis d’Ottawa.


Dès le lendemain de l’entrée en vigueur des changements, les provinces du Québec, de l’Ontario et de la Nouvelle-Écosse avaient elles aussi immédiatement accusé Ottawa de leur transférer la facture. La province maritime avait même évoqué l’idée de poursuivre le fédéral. Le ministère de la Santé néoécossais n’a pas rappelé Le Devoir à ce sujet, lundi.


Du côté de Québec, on explique qu’une «réflexion est entamée» quant à «différents scénarios entourant une solution permanente». Trop tôt toutefois pour détailler quoi que ce soit. Pour le moment, la RAMQ assume les coûts et les comptabilise. La facture annuelle avait été évaluée à 5 millions en juin.


La semaine dernière, le premier ministre de la Saskatchewan s’est indigné publiquement d’apprendre qu’un demandeur d’asile de sa province s’était vu refuser le remboursement de ses traitements de chimiothérapie par le fédéral, en vertu du Programme fédéral de santé intérimaire (PSFI) désormais modifié. Une décision «incroyable» et qui va à l’encontre des valeurs canadiennes, avait dénoncé Brad Wall. Là encore, on ne précise pas si la note sera envoyée à Ottawa, mais on souligne qu’on «ne les laissera pas s’en tirer».


La sortie de M. Wall n’a pas semblé émouvoir le ministre de l’Immigration, qui a réitéré que le gouvernement ne dispose pas d’un puits sans fonds pour rembourser les soins de milliers de demandeurs d’asile. «Si les provinces veulent fournir une assurance supplémentaire pour certains services aux demandeurs d’asile, elles sont entièrement libres de le faire», a-t-il martelé aux Communes.