Deux activistes pro-vie honorées par les conservateurs

Ottawa — Martin Luther King et militantes antiavortement, même combat. Du moins aux yeux du député conservateur Maurice Vellacott. Il a attribué deux Médailles du jubilé de la Reine à Mary Wagner et Linda Gibbons, deux femmes ayant croupi derrière les barreaux pour avoir systématiquement harcelé les femmes se rendant à des cliniques d’avortement de Toronto. Ni le ministre de la Justice ni celui de la Sécurité publique n’ont cru bon de rappeler à l’ordre leur collègue.

Mary Wagner, 38 ans, est très connue du milieu pro-choix. Elle pénètre dans les cliniques d’avortement et tente de convaincre les femmes qui s’y trouvent de renoncer à l’interruption de grossesse : elle discourt, leur distribue des dépliants, offre des roses. Elle se trouve en ce moment même au pénitencier de Milton (Ontario) pour avoir pénétré en août dans une clinique torontoise alors qu’il lui était interdit de s’en approcher à moins de 200 mètres. Elle sortait à peine de prison pour avoir pénétré ainsi dans la Bloor West Village Women Clinic de Toronto, le 8 novembre 2011, et tenté d’accéder à une zone sécurisée.


Linda Gibbons, 64 ans, a été condamnée à 24 reprises et a passé neuf ans et neuf mois à l’ombre pour s’être elle aussi approchée de cliniques d’avortement malgré des ordres de la cour lui interdisant de s’approcher à moins de 500 pieds. Les deux femmes se seraient d’ailleurs rencontrées en prison.


En entrevue au Devoir, Mme Gibbons s’est dite « très heureuse » de son prix, car il « représente un service aux millions d’enfants non nés ». Elle dit connaître M. Vellacott pour son rôle au sein du caucus pro-vie. Elle était présente à Ottawa pour le débat et le vote sur la motion M-312.


Victimes de crimes


Selon M. Vellacott, les deux militantes sont des « héroïnes de l’humanité » qui « tentent de protéger de la boucherie et la mort les êtres humains sans défense et sans voix se trouvant dans l’utérus, et qui tentent de faire connaître aux femmes vulnérables qu’il y a d’autres options et des possibilités d’adoption ». Selon lui, elles ressemblent à Martin Luther King et d’autres réformateurs des droits de la personne en ce qu’elles utilisent la « désobéissance civile pour faire avancer une cause juste ». M. Vellacott fait valoir que le médecin avorteur Henry Mortgentaler a reçu l’Ordre du Canada alors qu’il a lui aussi fait de la prison entre 1974 et 1988. Il désapprouve ce prix.


Joyce Arthur, une militante pro-choix, rejette catégoriquement la comparaison. « M. Mortgentaler a été honoré bien après que la loi qu’il contestait a été changée ! », note-t-elle.


Interrogé à ce sujet, le ministre de la Justice, Rob Nicholson, n’a pas condamné le geste de son collègue, tout en soulignant que lui-même avait donné des médailles à des victimes de crime. « Je suis fier de m’associer à ceux à qui j’ai donné [les médailles] », a-t-il dit. Vic Toews, à la Sécurité publique, a prétexté ne pas être au courant du dossier.


Les Médailles du jubilé, mises en place pour le 60e anniversaire de règne d’Elizabeth II, sont censées honorer les Canadiens ayant « apporté une contribution importante » à leur communauté. Les députés en reçoivent chacun 30 qu’ils distribuent à leur guise à condition que ces paramètres généraux soient respectés : le récipiendaire doit être citoyen canadien ou résident permanent et être vivant en date du 6 février 2012, jour anniversaire du 60e. D’ailleurs, dans son communiqué de presse, M. Vellacott précise que « contrairement au ministre de la Justice, M. Vellacott est dans l’impossibilité de décerner ces médailles aux victimes de crime parce que ces bébés victimes sont morts ».

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