Musée des civilisations du Canada - Finies les civilisations, place à l’histoire canadienne

Le Musée des civilisations du Canada, sur la rive nord de la rivière des Outaouais, à Gatineau
Photo: Harry Foster Le Musée des civilisations du Canada, sur la rive nord de la rivière des Outaouais, à Gatineau

Le ministre fédéral du Patrimoine, James Moore, annoncera ce matin que le Musée canadien des civilisations de Gatineau sera rebaptisé en vue des célébrations du 150e anniversaire du Canada. Si quelques voix crient au révisionnisme conservateur, le monde muséal accueille plutôt bien la nouvelle.


« L’Association des musées canadiens est très heureuse de l’annonce », indique la directrice des affaires publiques, Audrey Vermette. « Cela confirme leur statut en tant que gardien de notre patrimoine national et cela évitera la confusion avec le Musée de LA civilisation à Québec. »


Ce matin, M. Moores devrait annoncer que l’institution sise sur les rives de la rivière des Outaouais sera renommée Musée d’histoire du Canada ou Musée canadien de l’histoire. L’idée est d’insister sur le rôle de promoteur de l’histoire d’ici alors que le pays s’apprête à célébrer, en 2017, ses 150 années d’existence constitutionnelle. Cette nouvelle, éventée par le Globe and Mail cette fin de semaine, a suscité quelques réactions négatives.


C’est le cas d’Éric Langlois, professeur de muséologie et de patrimoine à l’Université du Québec en Outaouais. « Ce n’est pas seulement un changement de nom, c’en est d’un d’orientation du musée. C’est tendancieux », croit-il. Il craint que ce ne soit une façon de plus d’insister sur l’histoire militaire, britannique et monarchique du Canada, avec petit rappel de la guerre de 1812 au passage. « Cela va en outre remettre de l’huile sur le feu des disparités de visions entre le Québec et le reste du pays », dit-il.


Les partis d’opposition à la Chambre des communes ont été prompts à articuler les mêmes critiques. « On insiste beaucoup sur la militarisation et la monarchisation et je suis inquiet de ce qui va se produire dans ce musée-là », a lancé Pierre Nantel, du NPD. « Absolument ridicule », renchérit le libéral Marc Garneau en faisant valoir qu’un changement de nom coûtera cher en papier à en-tête, logo, matériel promotionnel et indications routières à modifier.


D’autres professeurs mettent toutefois en garde contre la critique trop rapide. Diane Pacom, qui est professeure en sociologie, spécialisée dans la culture et les arts, à l’Université d’Ottawa, rappelle que les musées sont de facto des miroirs de la société et changent selon les époques. « Un musée n’est pas un objet coulé dans le ciment. Si on regarde l’histoire de ce musée en particulier, il a changé de contenu, il a changé d’image, il a changé de mission plusieurs fois. » Ce musée, qui a vu le jour à Montréal en 1832 en tant que Commission géologique, s’appelait Musée de l’Homme avant sa relance de 1986.


Mme Pacom rappelle que les principes directeurs du Musée canadien des civilisations stipulent qu’il est l’« établissement national responsable de préserver et de promouvoir le patrimoine du Canada, et de contribuer à la mémoire collective et au sentiment d’identité de l’ensemble des Canadiens ». Il n’y a donc pas d’incohérence avec le nouveau nom que l’on veut lui donner. « C’est sûr qu’avec le gouvernement conservateur, la dimension nationale et patriotique va prendre le dessus », mais elle rappelle que les musées génèrent toujours ce genre de débat sur la représentation que se fait une société d’elle-même.


Yves Bergeron, professeur de muséologie à l’UQAM, n’est pas étonné non plus. « Un changement de nom ne change pas nécessairement la nature du musée », dit-il en rappelant le cas du Musée du Québec devenu Musée national des beaux-arts sans que sa mission en ait été modifiée. C’est dans cinq ou sept ans que l’on verra si des changements ont vraiment lieu dans le contenu, conclut-il, car les expositions se préparent de longue date.

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