Kevin Page attend toujours

Ottawa — Ce sont maintenant 25 ministères et agences fédérales qui ont accepté, en théorie du moins, de collaborer avec le directeur parlementaire du budget pour révéler où s’abattront les coupes budgétaires fédérales. Kevin Page ne remise pas pour autant sa menace de poursuivre en justice tous les autres qui se font encore tirer l’oreille.

Ainsi, sur les 25 organes ayant entrepris des discussions avec le bureau de Kevin Page, 7 sont de gros joueurs : Travaux publics, Sécurité publique, Industrie, Développement des Ressources humaines, Ressources naturelles, Transports et Statistiques Canada. M.Page tente d’obtenir de chaque entité fédérale le détail des mesures d’austérité qui seront mises en place en interne. Il veut savoir combien d’argent et de postes seront retranchés de chaque secteur d’activité de chaque entité. M.Page veut ainsi pouvoir donner aux élus les informations nécessaires pour qu’ils votent de manière éclairée à la Chambre des communes. Jusqu’à présent, Ottawa n’a que fourni le montant global que chaque entité devra retrancher de ses dépenses. Ottawa entend réduire ses dépenses de 5,2 milliards de dollars par année.


« Prenons l’Agence canadienne d’inspection des aliments [secouée par la crise du boeuf contaminé] », illustre M.Page en entrevue avec Le Devoir. « Elle doit retrancher 56 millions de dollars d’un budget de près de 700 millions. C’est 7 ou 8 % de son budget. Pour n’importe quelle organisation, réduire ses dépenses de 7 ou 8 %, c’est très important. Moi, je trouve difficile de croire qu’on peut couper autant sans qu’il y ait de réduction de services. » M.Page veut donc savoir où cette réduction de services se fera.

 

Argent dépensé, argent épargné


Pas plus tard que la semaine dernière, le président du Conseil du Trésor, Tony Clement, avait soutenu que M.Page outrepassait son mandat, car il devait seulement s’intéresser à l’argent dépensé par Ottawa, pas à l’argent épargné… Pour M.Page, cette affirmation est « incompréhensible ». « À mon avis, c’était une ligne de communication, mais il aurait été impossible de défendre une telle thèse en justice. »


M. Page ignore ce qui a poussé les sous-ministres à collaborer avec lui. Il suppute que des divisions devaient exister entre eux, que la pression journalistique en a fait plier certains et que peut-être y avait-il « un sentiment voulant que personne ne gagnerait » à entamer une poursuite judiciaire. M.Page avait menacé de s’adresser aux tribunaux pour obtenir l’information qu’il réclame. Il affirme que sa menace tient toujours pour la trentaine d’organismes qui n’ont toujours pas répondu à sa requête, notamment la Défense nationale.


M.Page se garde bien de « crier victoire ». Pour l’instant, il n’a reçu aucune information, seulement une indication de volonté de le faire. Nuance. « C’est positif, mais c’est une relation difficile en même temps », convient-il dans son franc-parler habituel. Il demande d’obtenir l’information d’ici une semaine. « Si ce n’est pas possible, c’est peut-être une indication voulant que l’information n’existe pas et ça, ça m’indiquerait qu’il y a un problème. » Que les coupes se font à l’aveugle, quoi.