Abdallah: Harper aurait appuyé… Montréal

Le premier ministre Stephen Harper a été obligé jeudi de reconnaître que son gouvernement a endossé la candidature de Robert Abdallah à la tête du Port de Montréal. Il se dissocie toutefois de cette candidature en affirmant qu’il ne faisait qu’appuyer la préférence de la Ville de Montréal.

« C’est important de dire que M. Abdallah n’a jamais été employé ou agent du gouvernement du Canada », a déclaré M. Harper au cours d’une conférence de presse commune pour souligner la présence du président de la Tanzanie, Jakaya Kikwete. « Pour ce poste, il était proposé par la Ville de Montréal, où il était directeur général, et nous avons appuyé la nomination de la Ville elle-même. Évidemment, ce n’est pas notre nomination et le conseil d’administration a choisi un autre candidat. »


Robert Abdallah a été cité par Lino Zambito lors de la commission Charbonneau comme quelqu’un qui aurait touché 300 000 $ en pots-de-vin pour certains contrats de la Ville de Montréal. M. Abdallah a nié ces allégations avec véhémence en entrevue avec Paul Arcand. The Gazette a révélé jeudi l’existence d’une vieille poursuite datant de 1986 dans laquelle il est écrit que la Sûreté du Québec soupçonnait M. Abdallah, alors dirigeant à Hydro-Québec, d’avoir accepté des pots-de-vin de Tony Accurso et son entreprise Louisbourg Construction pour approuver des « extras » pendant la construction du barrage Manic 5. Trois policiers ont confirmé cette enquête à la Gazette. Aucune accusation n’avait été déposée.


En 2007, quand le poste de président-directeur général du Port de Montréal s’est libéré, l’attaché de presse de M. Harper de l’époque, Dimitri Soudas, avait convoqué les membres du conseil d’administration responsables du processus de sélection pour leur faire savoir qu’Ottawa privilégiait la candidature de M. Abdallah. Dans un enregistrement téléphonique supposément entre l’entrepreneur Bernard Poulin et Tony Accurso, on entend M. Poulin dire qu’il désire cette nomination et que c’est Léo Housakos, bâilleur de fonds conservateur et futur sénateur, qui peut arranger cela par l’entremise de son ami Dimitri Soudas.

 

Un lien caché?


Quel est donc le lien qui existe entre MM. Housakos, Soudas, Abdallah et Accurso ? On l’ignore et le gouvernement se fait avare de commentaires. Interrogé hier, le ministre de l’Industrie, Christian Paradis, a absolument refusé de répondre pourquoi, au juste, Ottawa avait cette « préférence » pour M. Abdallah. « Je n’ai pas à vous répondre », a-t-il fini par lâcher.


À la Chambre des communes, où le néodémocrate Alexandre Boulerice a tenté d’obtenir des réponses, le gouvernement envoie au front Pierre Poilièvre, un député réputé pour ses attaques de bas étage. Plutôt que de répondre, il répète que M. Boulerice a déjà donné de l’argent à des partis séparatistes et qu’il devrait faire une profession de foi envers le Canada.


Selon le libéral Denis Coderre, pressenti pour poser sa candidature à la mairie de Montréal, cela n’est pas acceptable. « Ce que je trouve inacceptable, c’est qu’on essaie de rire de Boulerice. Que Boulerice soit souverainiste, qu’il ne le soit plus, qu’il le soit encore, je pense que les Canadiens méritent qu’on réponde à une question. »