Les conservateurs se dissocient de Robert Abdallah

Robert Abdallah a été directeur général de la Ville de Montréal de 2003 à 2006 et avait été proposé pour le poste de p.-d.g. du Port de Montréal. Il a catégoriquement rejeté les allégations de corruption lancées à son sujet par Lino Zambito lors de son témoignage à la commission Charbonneau.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Robert Abdallah a été directeur général de la Ville de Montréal de 2003 à 2006 et avait été proposé pour le poste de p.-d.g. du Port de Montréal. Il a catégoriquement rejeté les allégations de corruption lancées à son sujet par Lino Zambito lors de son témoignage à la commission Charbonneau.

Ottawa – Le gouvernement conservateur se dissocie complètement de Robert Abdallah, allant jusqu’à se dire « bien heureux » qu’il n’ait pas été nommé grand patron du Port de Montréal. Les ministres québécois affirment même qu’ils n’ont jamais pistonné M. Abdallah.

En 2007, l’ex-directeur des communications de Stephen Harper, Dimitri Soudas, avait convoqué trois membres du conseil d’administration du Port de Montréal et son président-directeur général sortant pour leur indiquer que le gouvernement privilégiait la candidature de Robert Abdallah à ce poste. Cette version des faits a été confirmée par plusieurs personnes, dont le ministre responsable à l’époque de la région de Montréal, Michael Fortier. M. Abdallah a été nommé cette semaine à la commission Charbonneau. Lino Zambito allègue qu’il a touché un pot-de-vin de 300 000 $ sur un contrat à la Ville de Montréal.

 

Pas de réponse


Pourquoi le gouvernement fédéral a-t-il voulu promouvoir la candidature d’un tel personnage ? Personne aujourd’hui dans les rangs conservateurs ne veut répondre à la question. « Notre gouvernement n’a pas appuyé une candidature, a lancé mercredi le ministre Maxime Bernier. Moi, je suis bien heureux que cet homme-là n’ait pas été nommé à aucune position. » Son collègue Christian Paradis a lui aussi revisité l’histoire : « Y’a personne qui a poussé quoi que ce soit. À ce que je sache, M. Abdallah n’a pas été nommé », a-t-il lâché furieusement aux journalistes sans s’arrêter.


Tard en soirée, le bureau du premier ministre a toutefois confirmé à la Presse canadienne que M. Abdallah avait été le candidat préféré d’Ottawa. «Pour être clair, le gouvernement a exprimé une préférence pour le candidat de la Ville de Montréal. Le conseil d’administration a pris une décision. M. Abdallah n’a pas été nommé», a fait savoir Carl Vallée, le porte-parole de Stephen Harper.


La véracité des démarches de M. Soudas n’avait d’ailleurs pas été contestée. Michael Fortier avait même rappelé les membres du conseil d’administration pour leur dire de voter selon leur conscience. Il était persuadé que M. Harper n’avait pas de candidat de prédilection et que M. Soudas agissait pour son compte personnel. Il appert donc qu’aujourd’hui, les conservateurs du Québec tentent de se dissocier de M. Soudas. M. Soudas n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.


Dans un enregistrement dévoilé l’an dernier mais datant de 2007, on entend les entrepreneurs Bernard Poulin et Tony Accurso discuter de la nomination de M. Abdallah au Port de Montréal. Les deux hommes conviennent que la meilleure façon de l’obtenir est de passer par M. Soudas et son ami Léo Housakos (nommé sénateur en 2008).


M. Poulin était hors du pays mercredi et le sénateur Housakos ne nous a pas rappelés. La Presse avait rapporté que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avait ouvert une enquête sur ce trafic d’influence possible. La GRC n’a pas voulu confirmer ou infirmer l’enquête mercredi.


Abdallah nie


En entrevue avec Paul Arcand mercredi, Robert Abdallah n’a pas voulu dire pourquoi Tony Accurso souhaitait le voir à la tête du Port de Montréal. « J’étais le candidat de beaucoup de gens. Beaucoup de gens voulaient me voir là », a-t-il dit sans élaborer.


Par ailleurs, M. Abdallah a catégoriquement rejeté, pendant cette même entrevue, les allégations de corruption lancées par Lino Zambito. « Je mets au défi n’importe qui de dire : “ Moi, j’ai rencontré Robert Abdallah et je lui ai remis de l’argent. ” » S’en est-il fait offrir, a demandé le journaliste ? « De manière indirecte, oui, comme tous les hauts fonctionnaires. »