Omar Khadr est de retour au Canada

Dessin d'Omar Khadr en octobre 2010. Le jeune Torontois de 26 ans a été transféré à la prison à sécurité maximum de Millhaven, à Bath, en Ontario, où il purgera le reste de sa peine d'emprisonnement pour crimes de guerre.
Photo: La Presse canadienne (photo) Janet Hamlin/AP Dessin d'Omar Khadr en octobre 2010. Le jeune Torontois de 26 ans a été transféré à la prison à sécurité maximum de Millhaven, à Bath, en Ontario, où il purgera le reste de sa peine d'emprisonnement pour crimes de guerre.

Ottawa – Après dix ans de détention à la prison militaire américaine de Guantánamo et des mois d’imbroglio diplomatique entre le Canada et les États-Unis, Omar Khadr est de retour en sol canadien.

Les démarches de transfert de ce Canadien de 26 ans avaient été entamées au mois d’avril dernier. Depuis, on ne dévoilait que le strict minimum d’information tant du côté du Canadien qu’américain. Samedi matin, à la surprise générale, le ministre de la Sécurité publique Vic Toews a annoncé qu’Omar Khadr était revenu au pays. Déposé à la base militaire de Trenton par l’armée américaine, il a immédiatement été transféré à la prison de sécurité maximale Millhaven à Barth, près de Kingston en Ontario.

« Il a de la difficulté à croire que cela s’est réellement produit », a déclaré à La Presse canadienne John Norris, l’un des avocats de M. Khadr, après avoir parlé à son client au téléphone. « Son moral est bon. Il est très, très content d’être de retour chez lui. »

En vertu d’une entente de plaidoyer conclue avec le gouvernement des États-Unis, Omar Khadr, né dans la région de Toronto, a plaidé coupable en octobre 2010 à cinq chefs d’accusation, dont celui du meurtre d’un soldat américain. Il pouvait en échange demander de venir purger le reste de sa peine au Canada après une dernière année en détention américaine.

« Le reste de sa peine en prison sera géré par Service correctionnel du Canada. Je suis certain que Service Correctionnel Canada soit [sic] en mesure de gérer la peine d’Omar Khadr de façon à reconnaître la nature sérieuse des crimes qu’il a commis tout en s’assurant que la sécurité des Canadiens soit protégée lors de son incarcération », a déclaré le ministre Toews, précisant avoir pris sa décision « plus tôt cette semaine ». Lorsque la rumeur avait couru il y a deux semaines, à l’effet que M. Toews s’apprêtait à confirmer que M. Khadr pourrait revenir au Canada, le bureau du ministre et celui du premier ministre avaient vivement nié la nouvelle.

« Toutes décisions reliées à son avenir seront déterminées de manière indépendante par la Commission des libérations conditionnelles du Canada conformément à la loi canadienne », a en outre indiqué M. Toews.

M. Khadr doit encore purger six ans d’emprisonnement. Mais selon ses avocats, il serait admissible à une libération conditionnelle l’été prochain. Ceux qui militaient pour qu’il puisse finir sa peine au pays arguaient qu’il serait plus facile pour les autorités canadiennes d’assurer sa réintégration au pays en encadrant sa libération, plutôt que de le voir rentrer en sol canadien un homme entièrement libre dans quelques années, sans qu’il n’ait de comptes à rendre à personne.

Les autorités américaines se sont aussi montrées avares de commentaires, indiquant simplement samedi dans une déclaration écrite — qui rappelait les détails de sa condamnation — que les « États-Unis se sont coordonnés avec le gouvernement du Canada quant aux mesures appropriées de sécurité et de traitement humain ».

Le ministre Toews a par ailleurs rendu public un document détaillant sa décision. Il y rappelle que M. Khadr a plaidé coupable à des accusations de meurtre en violation du droit des conflits armés, conspiration, espionnage et soutien matériel au terrorisme. Le ministre fait ensuite la liste d’enjeux qu’il a « pris en considération » afin de déterminer si les autorités correctionnelles canadiennes « sont en mesure de gérer la peine de M. Khadr » : le fait que le jeune Khadr idéalise son père et semble nier son association avec al-Qaïda, que sa mère et ses sœurs l’aient félicité pour ses crimes, et qu’il ait très peu vécu au Canada, mais qu’il ait en revanche vécu des expériences en Afghanistan, au Pakistan et à Guantánamo.

Un compte-rendu qui a fait tiquer ses avocats. « Nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement continue de diaboliser Omar et de monter l’opinion publique contre lui », a déploré Me Norris à La Presse canadienne.
 
Source de différend entre Ottawa et Washington

Le retour de M. Khadr au Canada était devenu un dossier sensible pour le gouvernement de Stephen Harper. Car si Ottawa était peu enthousiaste à l’idée de rapatrier un Canadien ayant plaidé coupable à des actes de terrorisme, il était en revanche confronté à l’impatience du gouvernement américain de s’en départir après avoir signé une entente de plaidoyer avec le prisonnier. Le président sortant Barack Obama avait promis en 2008 de fermer la controversée prison de Guantánamo. En pleine élection présidentielle, les autorités américaines espéraient d’autant plus se débarrasser de ce dernier ressortissant occidental. Au fil des mois qui s’écoulaient en attendant la décision d’Ottawa, il y avait des rumeurs de tensions entre les gouvernements canadien et américain. En vertu de l’entente de plaidoyer de 2010, Ottawa s’était dit–par la voix de son ambassadeur à Washington — « enclin à considérer favorablement » la demande de transfert de M. Khadr.

Les partis d’opposition à Ottawa se sont réjouis d’apprendre qu’Omar Khadr était de retour au Canada, eux qui demandaient son rapatriement depuis longtemps en arguant que cet enfant-soldat n’aurait jamais dû rester aussi longtemps à Guantánamo.

« Le retour de M. Khadr au Canada était inévitable et les conservateurs se sont délibérément traînés les pieds pendant des années, ce qui a entraîné une lourde facture pour les contribuables. Leur gestion bancale a non seulement miné nos relations avec les États-Unis, notre principal allié, mais cela a également eu pour effet de ternir la réputation internationale du Canada », a dénoncé le néodémocrate Paul Dewar, le chef libéral par intérim Bob Rae partageant son opinion en accusant le fédéral d’avoir « pris tant de temps avant d’assumer ses responsabilités et de le ramener au Canada ».

Béatrice Vaugrante, présidente section francophone d’Amnistie internationale, s’est dite soulagée, qualifiant la saga d’Omar Khadr du plus mauvais chapitre du gouvernement canadien en matière des droits humains. « Les droits humains ne sont pas des droits à la carte. Ce n’est pas juste quand l’environnement et le contexte sont faciles, c’est quand les choses deviennent difficiles qu’il faut se tenir debout, a-t-elle affirmé. On demande maintenant des comptes au gouvernement sur les raisons de la lenteur du rapatriement. On demande aussi des comptes sur comment le gouvernement va réparer les torts faits à Khadr ».
 
Avec La Presse canadienne

24 commentaires
  • Pierre Bourassa - Inscrit 29 septembre 2012 12 h 01

    ...il purgera le reste de sa peine d'emprisonnement pour crimes de guerre.

    Khader a présumément tué un soldat américain lors de l'invasion de l'Afghanistan et on ne sait toujours pour quelles raisons les américains ont envahit ce pays.Nous attendons toujours le rapport de Collin Powell comme nous attendions celui du juge Malouf!
    Qui purgera une peine pour crimes de guerre pour le million d'Irakiens tués lors de l'invasion de l'Irak par les américains,pays envahit sous des prétextes mensongers?

    Qui purgera une peine pour crimes de guerre suite aux révélations par Wikileaks des meutres de civils non-armés irakien tués du haut d'hélicoptères par l'armée américaine et qui entraina la prison à perpétuité pour le soldat Braddley Manning qui avait refilé les vidéos de ces assasinats?
    ETC ETC
    Nous vivons dans à une époque où la justice internationale est du 2 poids 2 mesures

    • - Inscrit 30 septembre 2012 13 h 08

      M. Bourassa, bonne observation !
      Et vous savez bien que tuer 1 soldat américain en temps de guerre c'est être terroriste et tuer 100 civils afghans innocents c'est être un héro !

  • Doris Brulotte - Abonnée 29 septembre 2012 12 h 21

    Le visage de la honte canadienne

    Cette jeune personne aurait dû être considérée comme un "enfant soldat". Et c'est vraiment une honte qu'on ai brisé son adolescence en le laissant être torturé par les américains à Guantanamo. Le gouvernement canadien a montré qu'il était d'une soumission pitoyable face aux américains... J'ai vraiment honte de l'attitude du Canada dans cette affaire et qu'on ait brisé la vie d'un enfant en plus la rend encore plus condamnable.

    • - Inscrit 29 septembre 2012 17 h 33

      Facile à dire mais les enfants afguants comme vous dites sont à des mille de nos enfants. Et que savez vous à 100% de sa vie?

    • Djosef Bouteu - Inscrit 29 septembre 2012 20 h 34

      @Jean V. Pelletier :

      Pour commencer, on sait qu'il est né à Toronto, c'est donc un Canadien. Si vous vous référez à l'endroit où il a passé une partie de son enfance, c'était au Canada et au Pakistan.

      Selon vous les «afguants» seraient «à des mille de nos enfants», donc les droits humains les plus élémentaires peuvent leur être refusés?
      C'est assez odieux comme propos.

      Ce que l'on sait de son enfance, c'est qu'elle fut remplie de violence, dont un déni de droit systématique après que les Étatsuniens aient mis la main sur lui.

      Il est limpide que le grand n'importe-quoi juridique, avec des parodies de procès, est la norme depuis le début de la «War on Terror».

  • André Lajoie - Inscrit 29 septembre 2012 14 h 44

    Il aurait due resté là-bas

    Je ne suis pas certain que le nouveau Canada réformiste l'accueillera comme un enfant soldat. Ça ne m’étonnerait même pas qu'on apprenne un jour qu'il aurait été torturé dans une prison privée canadienne réformiste.

  • Gilles St-Pierre - Abonné 30 septembre 2012 00 h 50

    Khadr ou Bush ?

    En fait personne ne sait grand chose sur Omar Khadr et qui il est au juste â part d'avoir été incriminé si jeune pour des actes de guerre et d'avoir fait les manchettes.
    Par contre, ce qu'on sait ou qu'on devrait savoir c'est que les plus grands crimes sur le sujet ne sont pas ceux d'un enfant mais bien ceux commis par Bush lui-même; il a menti à l'ONU devant toute la communauté internationale et sans scrupule, il a orienté et dirigé une guerre en Irak sous des faux prétextes d'armes à destruction massive qui n'existaient même pas. Ça c'est criminel pour vrai et pas juste de la foutaise ou de la poudre aux yeux
    À l'époque, ici au Québec comme ailleurs dans le monde les gens ont grandement manifesté dans les rues pour s'opposer à cette guerre mais rien n'a pu être changé et Bush l'a fait sa guerre en tenant le peuple étatsunien sous la terreur et le mensonge. Ça c'est un crime de guerre qui mérite bien un procès devant les tribunaux internationaux... mais ça, personne en parle.
    Maintenant ce vieux tyran fou et bandit notoire profite d'une belle retraite paisible probablement dans ses domaines au Texas pendant que M. Obama tente de fermer la prison de Guantánamo et au mieux de réparer les pots cassés sans trop chambarder la droite si sensible aux changements et au développement social et tout ce qui peut nuire au régime capitaliste de l'état qui fait tellement bien vivre les biens nantis. Et pendant ce temps, nous on se demande si l'enfant Khadr devenu homme est un méchant... bien méchant ou juste un peu méchant ?
    Quelle galère dans laquelle nous naviguons ! Le vrai problème ce n'est pas les réponses à nos questions qui fait défaut mais ce sont les questions elles-mêmes qui ne sont pas les bonnes.

  • Yves Claudé - Inscrit 30 septembre 2012 05 h 30

    Et les crimes de guerre commis par les USA et leurs alliés ? Où en est la Justice ?

    Les USA ont mis à mal la plus élémentaire des morales, y compris celle de la guerre, s’il en est une…, en s’acharnant contre un enfant-soldat tel qu’Omar Khadr, âgé de 15 ans.

    Mais qu’en est-il des crimes de guerre commis par les USA et leurs alliés, et ce sur différents continents ? Y-a-t’il une Justice pour sanctionner tous ces crimes de guerre ?

    En ce qui concerne la responsabilité du Canada à l’égard de ses citoyens dans le contexte de ces crimes de guerre, on attend toujours l’arrestation et la condamnation des auteurs du meurtre du Canadien Gerald Bull, assassiné à Bruxelles en 1990. Il s’agirait présumément de ressortissants d’un «pays ami» du Canada : comment expliquer l’inaction du gouvernement du Canada à ce sujet ?

    Yves Claudé