Partage d'ambassades canado-britanniques: l'opposition a des craintes

Ottawa — Le partage de certaines ambassades entre le Canada et le Royaume-Uni n'est qu'une «petite entente administrative» selon le gouvernement de Stephen Harper, ce qui n'empêche pas l'opposition de craindre qu'Ottawa abdique ainsi une partie de sa souveraineté.

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, et son homologue britannique, William Hague, ont annoncé lundi un plan visant à diminuer les coûts de leurs délégations à l'étranger en partageant certains locaux.

Le Canada étendra de cette façon sa portée diplomatique en s'impliquant dans des pays où il est absent et vice-versa.

«Dans certains endroits, cela permettra simplement à nos diplomates de faire leur bon travail plus rapidement et à un coût moindre à l'égard des contribuables canadiens», a fait valoir le ministre Baird.

Il a cité en exemple le cas de l'ambassade canadienne en Haïti, qui accueillera des diplomates du Royaume-Uni, parce que ce pays n'y détient pas de bureaux. En échange, les Britanniques feront preuve de la même hospitalité en Birmanie à l'égard des Canadiens.

Mais plusieurs questions restent en suspens. Dans combien de pays se fera une telle colocation? Combien de drapeaux flotteront devant les édifices? C'est précisément ce flou qui agace les partis d'opposition.

«En vertu de cette entente, la Grande-Bretagne serait de facto le visage du Canada dans le monde», a lancé le chef néo-démocrate Thomas Mulcair à la période de questions.

«La politique étrangère du Canada sera difficilement distinguée de celle des Britanniques. Dans ces conditions, comment les conservateurs peuvent-ils prétendre que le Canada pourrait conserver une voix forte et indépendante dans le monde? C'est bien beau la nostalgie du grand "British Empire", mais il y a tout de même des limites!», a-t-il ironisé.

Ce scénario a rapidement été qualifié de «ridicule» par le ministre Baird, qui a assuré qu'Ottawa demeurera maître de se politique étrangère.

Le chef libéral intérimaire Bob Rae a pour sa part conclu que cet arrangement spécial avec allait faire en sorte que le Canada sera encore moins présent qu'il ne l'est actuellement sur la scène internationale.

«Le rôle du Canada dans le monde, il me semble, avec le gouvernement de M. Harper [...] devient de plus en plus petit», a-t-il déploré.

Le Canada partage déjà des services diplomatiques et consulaires avec d'autres pays. L'Australie, par exemple, offre son soutien aux ressortissants canadiens dans certains États du Sud-Est asiatique. Plus récemment, le ministre italien des Affaires étrangères, Giulio Terzi, a indiqué que l'Italie prendrait le relais des intérêts canadiens en Iran après la décision d'Ottawa de fermer son ambassade à Téhéran.

Selon Michel Duval, ancien ambassadeur du Canada et président de l'Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM, ce qui distingue l'entente avec le Royaume-Uni des accords précédents conclus avec d'autres pays est l'exercice de relations publiques qui l'entoure.

«Ce qui est nouveau, c'est qu'on annonce cet arrangement comme une façon de diminuer les coûts», a-t-il noté.

En français?

Le gouvernement conservateur a indiqué qu'il n'allait pas fermer d'ambassade ou de consulat canadien en vertu de la nouvelle entente. L'opposition s'inquiète malgré tout de l'accessibilité à des services en français pour les ressortissants canadiens francophones qui devront se rendre dans ces locaux partagés.

«Est-ce que par exemple les dossiers de passeport risquent d'être traités dans des ambassades britanniques où il n'y a pas forcément quelqu'un qui parle la langue de Molière?», a demandé l'ancienne diplomate et députée néodémocrate Hélène Laverdière.

M. Baird a assuré que l'entente ne changerait rien à la donne actuelle en matière de langues officielles. Mais selon la députée bloquiste Maria Mourani, il faudra le voir pour le croire.

«Pour l'instant, au niveau de la langue, le gouvernement ne nous a pas démontré grand-chose. On l'a vu avec les nominations qu'il a faites», a-t-elle illustré, en référence notamment au choix de l'unilingue anglophone Michael Ferguson au poste de vérificateur général.


 
7 commentaires
  • Pierre Denis - Inscrit 24 septembre 2012 18 h 19

    Levons nous tous...

    ... et saluons notre nouveau drapeau, l'Union Jack, en entonnant notre nouvel hymne national : God save the queen !

  • Claude Jollet - Inscrit 24 septembre 2012 18 h 20

    Fausse économie

    Voyons le côté positif de la chose. Nous n'aurons pas à payer pour le portrait de la reine puisqu"il trône déja ostensiblement dans toutes les ambassades brittaniques!

    Je doute que cette économie, et les autres prétendues, nous soient refilées sous forme de réduction d'impôts.

    Je me contenterais bien cependant d'une réduction de l'intervention du gouvernement de monsieur Harper dans ce qui relève des intérêts supérieurs du Québec.

    Mais puisque toute forme de troc est imposable, je me retrouverais à payer tout de même pour quelque chose que je ne désire pas et dont je j'ai nullement besoin, encore!

    La plus efficace forme d'économie est de ne pas acheter ce dont on n'a pas besoin.

    Alors je n'achète pas.

  • Sylvain Auclair - Abonné 24 septembre 2012 18 h 28

    Et les services en français?

    Seront-ils toujours disponibles? Bien qu'on m'ait déjà dit qu'on était parfois plus volontiers servi en français dans une ambassade britannique que canadienne...

  • Claude Paradis - Abonné 24 septembre 2012 19 h 17

    C'est un net recul

    Avec harper, nous n'avançons pas, nous reculons. Nous retournons au temps du Haut et du Bas-Canada.

  • Jean-Philippe Bombay - Inscrit 24 septembre 2012 21 h 08

    L'unifolié

    Le sentiment d'appartenance britanique que connaissent certainEs canadienNEs ressort... Les jubilés, la mise sur table d'une immunité judiciaire pour le gouverneur général, l'unifolié un peu partout, des publicités sur la guerre de 1812 qui s'est fait conjointement avec les francophones, la distribution de photo de la reine, la reine sur les timbres... Jusqu'où ça ira? Il lui reste 3 ans... et demi! 4 budgets!