C-38: des députés fatigués, au poste toute la journée

Le marathon de votes sur le projet de loi C-38, qui aura monopolisé les travaux parlementaires pendant près de 24 heures, aura été une perte de temps et de fonds publics, selon les conservateurs.

Fatiguées après une nuit blanche et une journée complète de votes aux Communes, les troupes du gouvernement conservateur en avaient assez des stratagèmes de l’opposition. « C’est un projet de loi qu’on a débattu amplement, et maintenant ils cherchent à nous faire gaspiller des ressources et nous faire perdre notre temps », a accusé Christian Paradis hier après-midi. Après près de 12 heures de votes, les députés ne s’étaient prononcés que sur la moitié.
 
C’est plus de 150 votes qui ont été nécessaires pour que les élus se prononcent sur les quelque 800 amendements de l’opposition. Déterminés à rendre le plus pénible possible l’adoption par les conservateurs de leur projet de loi budgétaire, tout au long du processus, les députés néodémocrates ont pris le temps de se lever lentement pour voter. « C’est une vraie mascarade », s’est impatienté M. Paradis.
 
« Si on avait simplement permis au gouvernement d’adopter ce projet de loi sans aucun inconvénient, la leçon qu’eux, et les Canadiens, en auraient tirée, c’est que ce Parlement est moins important qu’il ne l’est en réalité », a défendu Nathan Cullen du Nouveau Parti démocratique.
 
Sans relâche, en moyenne toutes les huit minutes, les élus se sont levés pour voter. Question de rendre le marathon un peu moins inconfortable, certains s’étaient munis d’oreillers de voyage ou s’étaient déchaussés (seul manquement au code vestimentaire qui ne contrevienne pas au décorum du Parlement). Et c’est en catimini — puisqu’il est interdit de manger aux Communes — que des députés ont gobé des bonbons ou des grains de café enrobés de chocolat, pour tenter de se tenir réveillés. Quelques-uns sont malgré tout tombés dans les bras de Morphée.
 
Si le ministre des Finances, Jim Flaherty, a affirmé n’avoir eu écho d’aucun citoyen mécontent de son projet de loi omnibus, le libéral Marc Garneau est convaincu du contraire. « Peut-être qu’ils [les électeurs] ne sont pas en train de frapper des casseroles pour ce projet de loi, ça ne veut pas dire que ça ne les touche pas. » Moins d’une heure plus tard, un manifestant est venu lui donner raison, criant depuis les tribunes de la Chambre : « Honte à vous, conservateurs, de vendre l’environnement au plus offrant. » Il a rapidement été forcé de quitter l’enceinte.
 
Au moment de mettre sous presse, aucun amendement n’avait été adopté. Le marathon était en voie de se terminer vers minuit.