La reine plutôt que le « Picasso du Nord »

Celui-ci trônera dans la plus prestigieuse salle de Rideau Hall. Selon nos informations, le nouveau portrait de la monarque dévoilé le 6 juin à Londres sera en effet installé dans la salle de bal de la résidence officielle du gouverneur général. L’oeuvre de Phil Richards - qui a coûté près de 100 000 $ - remplacerait du coup Androgyny, de l’artiste autochtone canadien Norval Morrisseau, qui avait été installée en septembre 2008. C’est l’ancienne gouverneure générale, Michaëlle Jean, qui l’avait choisie.

Un tableau spectaculaire

Avant Morrisseau, c’est le tableau Charlottetown Revisited de Jean-Paul Lemieux qui était exposé dans cette salle où se tiennent les cérémonies d’assermentation des ministres (la photo officielle comprend toujours le tableau), de même que plusieurs grandes cérémonies officielles.

Spectaculaire, le tableau de Morrisseau impressionne par ses dimensions (3,6 mètres sur 6,1 mètres), l’éclat de ses couleurs et la puissance de l’équilibre de ses éléments. Considéré comme un chef-d’oeuvre, il représente « la vision du monde du chaman ojibwé » et célèbre un « monde prospère et généreux ».

L’oeuvre de Richards est plus petite (3,3 m x 2,2 m), plus sobre et plus classique. Elle présente la reine dans une robe blanche ornée de perles, debout devant une entrée en voûte de Rideau Hall. Un portrait de la reine Victoria est visible derrière elle. Au moment du dévoilement du tableau, Elizabeth II avait demandé à la blague s’il faudrait agrandir Rideau Hall pour pouvoir l’accrocher.

Au suivant

Il était prévu depuis 2008 que l’oeuvre de Morrisseau serait décrochée des murs de Rideau Hall en 2011 (le prêt était une collaboration du ministère des Affaires indiennes et du Centre d’art indien et inuit). Il est toutefois encore en place à ce jour. Hier, Rideau Hall n’a pas voulu confirmer - ni infirmer - que l’oeuvre de Phil Richards remplacera celle de Norval Morrisseau (« les détails seront dévoilés à une date ultérieure »), mais deux sources distinctes l’ont affirmé au Devoir.

Phil Richards indiquait lui-même la semaine dernière que « la salle de bal de Rideau Hall a été choisie » pour héberger son oeuvre, qui est exposée à Londres jusqu’à vendredi. Selon M. Richards, l’autre endroit considéré était le foyer du Sénat au parlement, où un vitrail représentant la reine a été installé en septembre.

À Rideau Hall, l’arrivée du tableau de Richards devrait à tout le moins faire plaisir au sénateur libéral Serge Joyal, qui avait dénoncé en juin 2009 l’absence de portrait de la reine au mur principal de la salle de bal (la reine et son mari sont visibles sur le mur opposé). « Cela m’a mis très mal à l’aise [de constater] que le portrait de Sa Majesté ne se trouve plus dans la salle de bal, disait-il. […] J’ai trouvé curieux que la cérémonie d’État se déroule face au tableau de Norval Morrisseau et que l’on fasse dos au portrait de Sa Majesté. Le Canada est le seul pays du Commonwealth ayant pour chef d’État Sa Majesté où l’on fait dos à Sa Majesté lors de cérémonies officielles. »

Les conservateurs ont fait plusieurs efforts depuis pour réaffirmer l’attachement du pays à Elizabeth II, qui vient de fêter ses 60 ans de règne. À l’été 2011, deux toiles d’Alfred Pellan ont été décrochées du hall d’entrée du ministère des Affaires étrangères pour être remplacées par une photographie de la reine. Toutes les ambassades ont aussi reçu la consigne de mettre en évidence le visage d’Elizabeth II.

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Avec Hélène Buzzetti

17 commentaires
  • Martin lachbab - Inscrit 13 juin 2012 01 h 17

    Notre mère patrie

    Harper a sûrement fait ça pour nous rappeler tout le respect de notre mère patrie envers ce peuple qui vivait librement sur ce qu'on appelle maintenant notre pays... Merci monsieur le premier ministre grâce à vous j'ai de plus en plus honte d'être Canadien.

  • Hélène Rioux - Abonnée 13 juin 2012 03 h 29

    Monarchie!

    Vraiment?

    • Claude Lachance - Inscrite 13 juin 2012 13 h 03

      De plus en plus, mais comme la monachie , à part ce que cela coute de protocole archaïque et inutile, n'est, somme toute ,que l'équivalent qu'un décor pour veiller sur Harper, comme d'autres ont des anges, des amulettes..de l'eau bénite. On devrait interdire aux politiciens de se mêler de culture. On voit ce que ça donne au Québec.

  • Loraine King - Inscrite 13 juin 2012 05 h 56

    Laid

    Ce nouveau tableau de la reine est d'une laideur sans limite. Il semble sortir tout droit de chez WalMart. Il est grotesque à en couper le souffle. Celui de Lemieux est bien plus beau, l'autre aussi, montrant une jeune reine. Je dois féliciter Sa Majesté d'avoir été, comme toujours, aussi diplomate en la voyant. Dieu merci que Philip n'y était pas; sa réaction aurait peut-être été plus candide.

    Il y a un nombre important de faux Morriseau sur le marché. Plusieurs causes ont été et seront entendues en cour dans ma province. Les valeurs pour les oeuvres de Morrisseau sont à la baisse. Je n'ai aucune raison de douter de l'authenticité de cette toile et j'espère qu'elle trouvera sa place à Rideau Hall.

  • Gabriel RACLE - Inscrit 13 juin 2012 06 h 23

    Obsession

    L’obsession monarchique et archaïque de S » Harper se poursuit. Quand va-t-il enfin déclarer que le Canada est une colonie britannique, purement et simplement? Ce serait le parfait retour au «bon vieux temps» colonial. Il est vrai que Harper perdrait son trône de petit roi, après lequel il a couru depuis si longtemps.
    Il restera dans l’histoire le premier ministre du mépris envers la culture québécoise, après avoir fait retirer du Ministère des Affairées étrangères deux chefs-d’œuvre du grand peintre Alfred Pellan; il manifeste maintenant son mépris de la culture autochtone en faisant retirer de la résidence de Rideau Hall une œuvre remarquable de l’artiste Norval Morrisseau, qui était surnommé le « Picasso du Nord ».
    Il faudrait reprendre ce que Le Devoir publiait à son sujet le 6 décembre 2007 à l’occasion de son décès et dont voici quelques lignes; «‘Membre de l'Ordre du Canada, la plus haute distinction civile du pays, Norval Morrisseau avait été le seul peintre canadien à prendre part à l'exposition Les Magiciens de la terre en 1989 au Centre Georges-Pompidou, à Paris, à l'occasion des cérémonies du bicentenaire de la Révolution française.»
    «De plus, il a incité un nombre incalculable de citoyens des Premières Nations à entreprendre une carrière artistique. Son héritage restera en nous», avait alors déclaré Phil Fontaine, chef de l'Assemblée des Premières Nations. S. Harper a-t-il jamais lu ce texte, connaît-il la culture autochtone?

  • France Marcotte - Abonnée 13 juin 2012 06 h 54

    La monarchie ou la vie

    La reine qui succède au chaman, méchant contraste!

    «Spectaculaire, le tableau de Morrisseau impressionne par ses dimensions, l’éclat de ses couleurs et la puissance de l’équilibre de ses éléments. Considéré comme un chef-d’oeuvre, il représente
    « la vision du monde du chaman ojibwé » et célèbre un « monde prospère et généreux ».»

    De toute évidence, ce tableau célébrait la vie, l'espoir, l'avenir.
    À la place, un tableau qui ramène en arrière, qui tire vers le bas, qui garde captif.

    L'oiseau se fait couper les ailes. Difficile de laisser vivre pour les puissants.