Duceppe ne croit pas en une alliance électorale souverainiste

Un an après son retrait de la vie politique, Gilles Duceppe s’active à faire la pédagogie du projet souverainiste.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Un an après son retrait de la vie politique, Gilles Duceppe s’active à faire la pédagogie du projet souverainiste.

Gilles Duceppe s’en dit convaincu : une alliance électorale entre les forces souverainistes québécoises ne pourrait pas fonctionner. Notamment parce que tous les partis dits souverainistes ne le sont pas avec autant de conviction, dit-il.

En entretien avec Le Devoir, l’ancien chef du Bloc québécois a soutenu hier que l’idée avancée par le député indépendant Pierre Curzi (entre autres) est vouée à l’échec dans le contexte actuel. « Je ne vois pas de possibilité de réaliser une telle chose, dit-il. Peut-être dans un système électoral à deux tours, mais certainement pas avec le mode de scrutin qu’on a aujourd’hui. »


Dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir mardi, M. Curzi proposait de créer une alliance électorale entre les souverainistes de la scène provinciale, seule façon selon lui d’empêcher une division du vote francophone qui profite au Parti libéral du Québec. M. Curzi suggère d’organiser des primaires qui permettraient de choisir un candidat souverainiste par circonscription parmi les candidats du Parti québécois, de Québec solidaire et d’Option nationale.


La proposition a été rapidement rejetée par la chef du PQ, Pauline Marois, qui a plutôt appelé les souverainistes à se rallier à son parti. Porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir a pour sa part rappelé que le « but n’est pas de se débarrasser des libéraux pour assurer l’alternance du PQ, mais de se débarrasser d’une vieille culture politique » dont fait partie le PQ.


Selon M. Duceppe, la proposition de M. Curzi pose plusieurs problèmes. Les trois partis n’ont pas un programme identique, et les divergences seront exploitées par les libéraux ou les caquistes, croit-il. Mais plus profondément, M. Duceppe estime que « si on est souverainiste, on doit l’être tout le temps, pas seulement de temps en temps. Or, ce n’est pas le cas de Québec solidaire, qui a appuyé le NPD lors des dernières élections fédérales. »


M. Duceppe participera dimanche à Longueuil à une assemblée de la Commission nationale des états généraux sur la souveraineté du Québec, qui poursuit sa tournée entreprise il y a un mois. Un an après son retrait de la vie politique, M. Duceppe demeure convaincu que « ce qui bloque toujours [dans l’esprit des Québécois], c’est de savoir si la souveraineté est réalisable, si on en a les moyens ». D’où la nécessité pour lui de continuer à faire la pédagogie du projet - notamment sur le plan fiscal, dit-il.


« Prenons la question de la gratuité scolaire, explique celui qui est intervenu à quelques reprises en coulisse du conflit étudiant. Dans un cadre fédéral, elle coûterait cher, à cause du crédit d’impôt pour frais de scolarité. Je fais le parallèle avec le crédit pour frais de garde, où Québec perd des centaines de millions par année parce que la fiscalité à Ottawa, c’est “ one size fits all ”. Et ça ne correspond pas nécessairement aux programmes qu’on a. Plus les frais sont bas, moins on reçoit de crédits d’impôt. »


L’ancien chef fait preuve de la même prudence quant à la crise sociale québécoise. Mais lorsqu’on lui fait remarquer que les débats politiques au Québec se font désormais sur un axe gauche-droite davantage que sur un axe fédéraliste-souverainiste, M. Duceppe avance que « l’un n’exclut pas l’autre ». « Chaque nation a la politique de ses intérêts. Peu importe qu’on les défende à droite, à gauche ou au centre, on défend toujours les intérêts d’une nation. Mais il faut se rendre compte que la souveraineté, c’est bien plus par en-avant ou par en arrière que gauche-droite. On fera le débat gauche-droite une fois [la souveraineté] réglée », affirme-t-il.

31 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 9 juin 2012 00 h 54

    Logique du Bloc appliquée au PQ : 4 députés aux prochaines élections ?

    Monsieur Gilles Duceppe peut bien affirmer «qu’une alliance électorale entre les forces souverainistes québécoises ne pourrait pas fonctionner». Il ne nous indique pas ce qui pourrait selon lui «fonctionner» : serait-ce la logique du Bloc québécois appliquée au PQ … avec quatre députés aux prochaines élections ?

    On pourrait, tant qu’à faire, transformer notre premier ministre du Québec en monarque de droit divin et à vie : il s’intègrerait alors parfaitement dans l’esthétique du Palais de Sagard !

    Quant à Monsieur Khadir, il serait souhaitable de faire une souscription pour lui élever un monument (à placer dans les jardins versaillais de Sagard), sur lequel serait gravé cette phrase historique : « Le but n’est pas de se débarrasser des libéraux ! »

    Yves Claudé

    • Claude Charest - Inscrit 10 juin 2012 08 h 02

      Il y a longtemps que les sociaux-démocrates ont abandonné la confrontation avec la bourgeoisie. Ils sont « plus à l’aise dans la gestion de la brutalité et de la barbarie du capitalisme qu’ils considèrent comme un système naturel et donc inéluctable ». Depuis la fin du XIX siècle, leur histoire n’est qu’une succession de trahisons des classes populaires et d’une collaboration implacable avec les classes dominantes

  • Solange Hudon - Abonné 9 juin 2012 05 h 28

    Faut-il l'imprimatur de M. Duceppe pour être souverainiste?

    D'après Gilles Duceppte il y a des partis souverainistes qui le sont moins que d'autres. Il revient encore avec cette affaire du présumé appui de Québec solidaire au NPD lors de l'élection fédérale l'an dernier pour affirmer que QS ne serait pas vraiment souverainiste. Que pense-t-il de la position du PQ qui a mis régulièrement sous le tapis son option souverainiste au cours des 40 dernières années?

    Quant à QS, en tant que membre de QS Taschereau et co-porte-parole de QS Capitale-Nationale, je tiens à préciser que notre parti n'a jamais donné son appui au NPD. Celles et ceux qui l'ont fait agissaient à titre personnel. Pour ma part, à titre personnel, j'ai voté pour le Bloc même si je n'appuyais pas entièrement ses positions politiques ni toutes ses stratégies.

    Monsieur Duceppe devrait plutôt s'alarmer de la stratégie du PQ qui consiste à viser la prise du pouvoir pour le goût du pouvoir plutôt que pour réaliser enfin la souveraineté.

    Québec solidaire propose l'indépendance du Québec pour que nous dispositions de tous les pouvoirs pour construire une société qui réponde aux aspriations historiques de notre peuple mais aussi à celles des jeunes d'aujourd'hui qui sont davantage préoccupés par l'écologie et les dégâts du néolibéralisme. Dans un Québec libre et solidaire il n'y a pas de place pour un type de développement qui nous a conduit à des problèmes écologiques majeurs comme le recours inconsidéré aux énergies fossiles. Pourtant, le PQ n'est pas opposé au recours à ces sources d'énergies comme il n'a pas l'intention de changer fondamentalement l'économie pour que celle-ci cesse d'être dominée par les financiers internationaux.

    Pour Québec solidaire, l'indépendance ne consiste pas seulement à sortir du Canada, elle consiste également à nous dégager de la domination de ces grands financiers et de la dictature des multinationales. Sans quoi, notre indépendance serait fort limitée.

    Serge Roy,
    candidat de QS dans Taschereau

    • Michaël Lessard - Abonné 9 juin 2012 15 h 05

      J'ajouterais que ce n'est pas le vote de membres de QS qui a fait gagner le NPD, mais bien plutôt le vote populaire dont une quantité massive de souverainistes ayant voté NPD dans l'espoir d'avoir des jeunes élu-es qui pourraient avoir le courage d'agir autrement.

      Je rappelle aussi que le Bloc ne fait pas avancer la souveraineté dans la pratique et le PQ ne veut pas démarrer un processus quelconque, alors cessez de tenter de nous manipuler avec nos cordes identitaires.

      Votons pour les personnes les plus démocratiques, les plus honnêtes, les plus aptes à agir d'une manière compatible avec nos défis actuels (environnement, démocratie, etc.).

    • Yves Claudé - Inscrit 9 juin 2012 15 h 23

      Faut-il être candidat de QS pour ne pas être au courant de ses orientations ?

      Monsieur Serge Roy, «candidat de QS dans Taschereau», affirme avec une belle assurance : «notre parti n'a jamais donné son appui au NPD. Celles et ceux qui l'ont fait agissaient à titre personnel.»

      Comment interpréter alors l’intervention publique et médiatique du co-chef et député de QS, Monsieur Amir Khadir, en faveur du NPD (*), dans la campagne électorale fédérale, en avril 2011 ?

      Quitte à se répéter, on prendra note du fait que QS consacre ses énergies et ressources, à collaborer activement pour une troisième fois à la réélection du gouvernement Charest, préparant ainsi l’éclatement de ce parti entre sa tendance pragmatique (représentée par Monsieur Khadir) et sa majorité dogmatique (représentée par Madame David).

      Yves Claudé

      (*) http://www.hebdosregionaux.ca/saguenay-lac-st-jean

    • Kevin Charron - Inscrit 9 juin 2012 18 h 42

      Amir Khadir, votre porte-parole, a appelé ses membres à appuyer le NPD aux dernières élections fédérales.

      QS a appuyé le plus centralisateur, et donc le plus fédéraliste, des partis politiques au niveau fédéral.

      De plus, jamais on entend parler QS à propos de l'indépendance du Québec. Khadir, pour qui j'ai beaucoup de respect, est plus prompt à défendre la cause antisioniste en manifestant devant un marchand de chaussure que de faire de la pédagogie sur l'indépendance du Québec.

      QS est-il souverainiste? J'en doute pas un instant, mais c'est loin d'être une priorité.

      Le PQ, quant à lui, a beau ne pas promettre de référendum dans son premier mandat, il n'en reste pas moins qu'ils ont une stratégie pour y arriver et qu'ils en font la promotion régulièrement.

      Le Parti québécois accorde beaucoup plus d'importance à la question nationale que Québec solidaire. C'est indéniable.

  • Christian Montmarquette - Abonné 9 juin 2012 05 h 52

    On fera le débat gauche-droite une fois la souveraineté réglée, dit Duceppe

    ‎.

    Duceppe nous prend pour des imbéciles ou quoi ?

    Depuis de l’avènement de Québec Solidaire sur l'échiquier politique, plusieurs commencent à comprendre que ceux cherchent sans cesse à éliminer le débat gauche-droite du débat public, sont généralement des gens de droite, puisque la droite ne manque pas de tribunes et de moyens pour s'exprimer. Biffer le débat gauche-droite, équivaut donc à biffer le discours de gauche.

    En ce sens, non seulement Duceppe nous prend pour des imbéciles et des ignares, mais il nous prend aussi pour des valises, en tentant de nier une telle réalité. Et pour cause, puisque l'actuelle grève étudiante et le débat sur la hausse des frais de scolarité qui tient en haleine le Québec entier depuis des mois, est, «de facto», un débat gauche-droite!

    En affirmant en chœur avec le PQ et Option nationale qu'«on fera le débat gauche-droite une fois la souveraineté réglée», Gilles Duceppe nie l'Histoire elle-même, puisque nombre d'avancées sociales ont été réalisées en faisant le débat gauche-droite au Québec.

    Que ce soit la nationalisation de l'hydro-électricité, la création du système d'éducation public, l'assurance maladie, l'assurance médicaments, l'assurance automobile, le logement social, les coopératives d'habitations, l'aide sociale, les CLSC, les CHSLD ou les CPE... Tous ces acquis, ont nécessité de grands débats gauche-droite, sans lesquels le Québec serait encore à l'âge de pierre socialement parlant.

    Gilles Duceppe, à l'instar de ses acolytes du PQ et d'Option nationale, vient de faire la patente démonstration, qu'il est aussi à droite, démagogue et électoraliste que les autres politiciens rétrogrades qui nous dirigent, pour s'entêter de la sorte à répandre de telles inepties dans la société.

    - Vivement Québec Solidaire pour sortir des ornières de la vielle politique et des manipulateurs de droite à tous crins!

    Christian Montmarquette

    Prière au Devoir de publier cette version en non l'autre.

    • Yves Claudé - Inscrit 9 juin 2012 15 h 34

      Le débat gauche-droite selon QS

      Selon la tendance dogmatique qui contrôle l’appareil politique de QS, le débat gauche-droite est réglé depuis longtemps, puisque l’on préfère un gouvernement de la droite néolibérale du PLQ ou de la CAQ, à une entente électorale avec le PQ qui permettrait d’avoir un gouvernement de centre-gauche, pour le bénéfice de la majorité de la population.

      La logique de QS est remarquable, de par sa simplicité, ainsi que selon la qualité extrême de ses fondements éthiques : plus la population québécoise souffrira des politiques antisociales des gouvernements de droite, plus elle se révoltera, ce qui permettra, d’ici quelques siècles au plus tard, l’établissement d’un Paradis socialiste qui est d’ailleurs inscrit dans le programme du parti.

      On retrouve la même intelligence politique dans le parti que QS soutient au fédéral, à la différence près que le Paradis promis par le NPD est un peu moins chargé de fruits.

      Yves Claudé

    • Kevin Charron - Inscrit 9 juin 2012 18 h 59

      M. Montmarquette, je crois que vous n'avez pas très bien saisi les paroles de Gilles Duceppe.

      À propos de l'indépendance du Québec, la question que l'on doit se poser est:

      Voulons-nous faire du Québec un pays pour avoir une sociale-démocratie ou voulons-nous faire du Québec un pays pour qu'il puisse faire ses propres choix politiques, peu importe ce que seront ces choix, en toute souveraineté?

      Pour QS, la première option prévaut: Un Québec pays social-démocrate ou un Québec provincial.

      Pour Gilles Duceppe et le PQ, c'est la deuxième option: Faisons-nous un pays pour pouvoir faire nos propres choix sans ingérence du Canada.

      Force est d'admettre que la vision du PQ et de Duceppe est plus susceptible de ratisser large, à moins que le PQ promette de ne pas faire de référendum (le PQ deviendrait alors inutile).

      QS a la facheuse tendance à croire que souverainiste et gauche vont de pair. Mais on peut très bien être souverainiste de droite, ceux-ci ne voteront JAMAIS pour QS (à moins d'être assuré d'un référendum gagnant mené par QS).

      Duceppe a raison de dire que la souveraineté n'est ni de gauche, ni de droite. Nous avons tous des raisons différentes de vouloir faire l'indépendance.

      Doit-on pour cette raison abandonner le débat gauche-droite? Certainement pas. Duceppe a tort sur ce point. Ce débat est sain et peut-être même utile à l'indépendance.

      Mais c'est être dogmatique de croire que l'indépendance du Québec ne peut se faire dans un grand projet de gauche.

      Il faut des deux. C'est pour cette raison que le Parti québécois et une coalition sont des solutions intéressante.

      Évidemment, l'idéal serait un mode scrutin proportionnelle ou à deux tours. Le choix entre QS, ON et PQ deviendrait du coup moins déchirant.

    • Jean Bertrand - Abonné 11 juin 2012 09 h 12

      Pour votre bibliothèque.
      Vivement ajoutez à votre bibliothèque les derniers essais d'Éric Bédard et de Mathieu Bock-Côté. Vos propos seront plus nuancés et vous décourvrirez le bon sens de Gilles Duceppe.

      Jean Bertrand, abonné

  • François Ricard - Inscrit 9 juin 2012 06 h 26

    M. Duceppe, êtes-vous souverainiste?

    La gratuité scolaire, il faut l'envisdager dans un concept d'état indépendant et non comme province.
    D'autant plus que, comme province, nous devrions multiplier les droits de scolarité par trois pour justement profiter des points d'impôt fédéral et remettre ensuite les hausses aux étudiants de façon différente.
    Pour bien des raisons, il faut oublier une coalition.
    La victoire du PQ, une victoire éclatante, suppose l'avènement de trois choses:
    ---le PQ met le cap sur l'indépendance comme le prône l'ON.
    ---le PQ et l'ON fusionnent.
    ---Mme Marois se retire et M. Aussant la remplace.
    Le PQ en sort gagnant. Le pays en sort gagnant.

    • Claude Lachance - Inscrite 9 juin 2012 10 h 58

      ¨Ca pourrait créer des jobs et occuper les fonctionnaires, du gouvernement qui sont les as toutes catégories des formules compliquées,

  • Claude Charest - Inscrit 9 juin 2012 06 h 44

    Il y a longtemps que les sociaux-démocrates ont abandonné la confrontation avec la bourgeoisie. Ils sont « plus à l’aise dans la gestion de la brutalité et de la barbarie du capitalisme qu’ils considèrent comme un système naturel et donc inéluctable ». Depuis la fin du XIX siècle, leur histoire n’est qu’une succession de trahisons des classes populaires et d’une collaboration implacable avec les classes dominantes