Les écologistes craignent d’être exclus des évaluations environnementales

Le projet d’Enbridge, Northern Gateway, prévoit l’arrivée de l’oléoduc à Kitimat, en Colombie-Britannique. Lors des audiences publiques en janvier dernier, des groupes environnementaux ont affirmé craindre l’impact sur la faune et la flore de l’augmentation du trafic de pétroliers sur la côte ouest.
Photo: La Presse canadienne (photo) Darryl Dyck Le projet d’Enbridge, Northern Gateway, prévoit l’arrivée de l’oléoduc à Kitimat, en Colombie-Britannique. Lors des audiences publiques en janvier dernier, des groupes environnementaux ont affirmé craindre l’impact sur la faune et la flore de l’augmentation du trafic de pétroliers sur la côte ouest.

La sortie du premier ministre Stephen Harper contre les groupes environnementaux qui s’opposent aux politiques gouvernementales fait craindre le pire au mouvement écologiste. Les groupes pensent qu’Ottawa pourrait mettre fin au financement versé depuis des décennies leur permettant de participer aux audiences publiques sur les évaluations environnementales de grands projets.

Jeudi, de passage à Paris, M. Harper s’est fait interroger à propos d’un article publié par la chaîne Sun. On y apprenait que neuf groupes environnementaux qui critiquent le projet d’oléoduc Northern Gateway, dans l’ouest du pays, ont touché 435 780 $ d’Ottawa pour exprimer leur opposition. Bon usage des fonds publics, s’est-il fait demander ?


« Il y a de toute évidence certaines organisations qui s’opposent au développement par principe et je crois que c’est complètement en dehors des courants de pensée dominants au Canada, a répondu M. Harper. […] Nous passons au peigne fin nos dépenses pour nous assurer qu’elles sont toutes appropriées et si c’est le cas, que nous versons de l’argent à des organisations qui font des choses contraires aux politiques du gouvernement, je crois que c’est une utilisation inappropriée de l’argent des contribuables et nous chercherons à l’éliminer. »

 

Groupes d’intérêts


Les fonds en question ici proviennent du Programme d’aide financière aux participants de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE). Ce programme accorde des sommes aux particuliers et aux groupes d’intérêts désireux de prendre part aux consultations lorsqu’un grand projet (la mine de diamants Renard au Québec ou l’oléoduc Northern Gateway) fait l’objet d’une évaluation environnementale. L’ampleur des enveloppes débloquées varie d’un projet à l’autre. Pour Northern Gateway, ForestEthics Canada Project, la Living Oceans Society, la Raincoast Conservation Foundation ou encore la B.C. Wildlife Federation ont touché une part des 435 780 $.


« Nous avons une longue histoire au Canada de financement public de la participation aux audiences publiques », lance Karen Wristen, la directrice générale de Living Oceans Society. « Cela permet aux groupes de participer d’une manière constructive. » Elle cite par exemple les participations aux commissions d’enquête financées par le gouvernement.


Son groupe, spécialisé dans la santé des océans et les déversements en mer, documente l’impact de l’augmentation du trafic de pétroliers sur la côte ouest qu’engendrera l’arrivée du pétrole par l’oléoduc Northern Gateway. Il a obtenu 91 000 $ de l’ACEE, surtout pour rémunérer des experts et payer leur déplacement à l’audience. Mme Wristen rappelle que les groupes récipiendaires doivent indiquer clairement à quoi l’argent est utilisé. Les fonds ne peuvent donc pas servir à financer les activités régulières du groupe récipiendaire.


Couper ce programme, dit-elle, ne serait logique que « si on accepte qu’une fois que nous élisons un gouvernement, il puisse être totalitaire et faire ce qu’il veut et qu’il fasse toujours la bonne chose. Mais non ! Toute démocratie en santé s’assure que tous les points de vue sont pris en considération. »


John Bennett, le directeur général du Sierra Club, est catastrophé à l’idée que ce programme puisse cesser d’exister. « C’est un principe important, sinon le processus n’est pas juste », dit-il. Il se rappelle que sa première demande d’aide de financement à l’ACEE remonte aux années 1970, quand un projet de dépôt nucléaire dans une petite communauté était étudié. « Le groupe de citoyens n’avait pas d’argent et il devait faire face à un avocat de Bay Street. » Le Sierra Club a, encore récemment, demandé 20 000 $ pour participer à l’étude d’un projet d’enfouissement de déchets nucléaires. « On a demandé à un spécialiste et il a dit qu’il pouvait nous faire une étude et venir témoigner pour 20 000 $. L’Agence nous a accordé 10 000 $. J’imagine que nous soumettrons la moitié d’un rapport… »


Steven Guilbault, d’Équiterre, rappelle que les som-mes versées par Ottawa sont jusqu’à 10 fois moindres que celles versées par Québec lors d’audiences devant la Régie de l’énergie. Il soutient que loin de bloquer les projets, les présentations des groupes environnementaux permettent souvent de les améliorer. « Cela s’inscrit dans la philosophie du gouvernement Harper, croit-il à propos des coupes envisagées. On ne tolère pas la dissidence, on ne tolère pas les gens qui ne pensent pas comme nous. C’est cette bonne vieille mentalité georgebushienne de “ Vous êtes avec moi ou contre moi, et si vous êtes contre moi ”, par un réflexe antidémocratique et très dictatorial, “ je vais faire tout ce que je peux pour vous étouffer et vous empêcher d’exister ”. »

 

Des précédents


Ce n’est pas la première fois que le gouvernement conservateur s’attaque à ses critiques. En 2006, il avait mis la hache dans le Programme de contestation judiciaire, un fonds qui finançait des actions en justice de citoyens se disant lésés dans leurs droits à l’égalité ou leurs droits linguistiques par une décision gouvernementale. Le chef de cabinet de M. Harper de l’époque, Ian Brodie, avait rédigé un livre s’attaquant à ce programme au motif que le gouvernement n’avait pas à financer ses critiques.


En 2008, le gouvernement avait décidé que la défense des droits n’était plus une activité légitime des groupes de femmes méritant d’être financée. En 2010, 12 groupes de femmes avaient soudainement perdu leur financement fédéral après avoir critiqué la décision de Stephen Harper de ne plus financer l’avortement à l’étranger.


Dans la même veine, à l’été 2008, Ottawa avait mis la hache dans le programme Promotion des arts, qui finançait la tournée d’artistes à l’étranger. Sans vouloir être nommés, les conservateurs disaient ne plus vouloir financer les « marginaux » et les « radicaux ».


Le groupe d’aide internationale Kairos a perdu son financement parce que, avait expliqué le ministre Jason Kenney lors d’un voyage au Moyen-Orient, ses politiques étaient à son avis réfractaires à Israël. L’organisme Droits et Démocratie, depuis démantelé, avait traversé une tempête pour avoir versé trois petites subventions à des groupes palestiniens et israéliens favorables à la cause palestinienne. Le nouveau président nommé par le gouvernement pendant la tourmente, Gérard Latulippe, avait indiqué que les activités du centre « ne doivent pas venir contredire la politique étrangère du Canada ».

5 commentaires
  • Dominic Lamontagne - Inscrit 9 juin 2012 09 h 08

    encore une minorité....

    Qui sont les environnementaliste??? des scientifiques qui ont des preuves ?? ou des curés 2012 du nouveau testament environnementaux!!!

    Présentement, peu importe les projets, il y a toujours une marre d'eau avec 2-3 couleuvres ou espèce de grenouille ou tout simplement votre terrain est contaminer et il faut le décontamine. Les escrocs de l'environnement côtoie les groupes mafieux pour faire de l'argent sur votre dos au nom de l'environnement.

    Nous avons été trop loin encore une fois pour cette nouvelle religions. Il serait peut-être temps pour ceux qui ont besoin de croire en quelque chose de retourner sur les bancs des églises et laissé les gens saint d'esprit continuer à développer notre Québec.

    On pourrait commencé à terminer nos réseaux d'égout pour ne plus envoyer d'égout dans notre fleuve avant de chercher les GES partout....

  • Pierre Rousseau - Abonné 9 juin 2012 13 h 39

    Logique...

    Tout ça c'est logique avec la conception néo-conservatrice du gouvernement: ils ne gouvernent pas au nom du peuple en général mais au nom seulement de leurs partisans et selon leur idéologie partisane. Donc, environ 60% des citoyens ne sont pas représentés par ce gouvernement majoritaire car leur conception de la démocratie c'est une démocratie autoritaire qui ne souffre pas la dissidence.

    Or, ils se servent des taxes et des impôts de tous les citoyens pour faire avancer leur cause particulière... En fait l'argent des contribuables ne sert qu'à soutenir une idéologie politique que ne partagent pas la majorité des Canadiens...

    M. Lamontagne parle de «minorité» en parlant des groupes environnementaux mais il oublie que la majorité des citoyens n'appuie pas ce gouvernement. D'ailleurs il traite les environnementalistes de «curés» et l'environnement de «nouveau testament»... c'est curieux comme dénigrement d'une cause, en utilisant justement le vocabulaire propre à la religion, qui est si chère aux néo-conservateurs de la droite religieuse canadienne...

    Ce monsieur n'a probablement pas vu de ses propres yeux la dévastation environnementale qu'on peut voir aujourd'hui, que ce soit dans les sables bitumineux, les forêts anciennes dévastées par les coupes à blanc, la pollution de bien des cours d'eau et autres. Mais bien des gens les ont vus, surtout quand c'est dans leur cour! Et ces gens ne se laissent généralement pas faire sans au moins protester. Ce sont ces gens que les groupes environnementaux visent à aider, souvent pour le plus grand bien de la collectivité.

    Il peut certes y avoir à l'occasion exagération, soit, mais elle se retrouve souvent des deux côtés aussi. En entendant les 2 côtés, on a une meilleure chance d'avoir l'heure juste mais les conservateurs n'en veulent pas car ils savent très bien qu'ils sont loin du juste milieu et que leur cause est très douteuse...

    • Xarah Dion - Inscrite 11 juin 2012 12 h 59

      notre premier ministre a déclare lors de son passage en France que si des groupes environnementaux n'ont pas les mêmes idées que le gouvernement en place, ils ne recevront plus d'argent du gouvernement. est-ce moi ou c'est un aveu que la démocratie n'est pas une préoccupation du gouvernement canadien? refuser les débats et les oppositions dans un
      système politique est du totalitarisme idéologique.

  • Pascal Barrette - Abonné 9 juin 2012 13 h 46

    Odieux

    Le «hors de mon désir point de subvention» est d'autant plus odieux que, de un, le fonds de participation du public aux audiences environnementales existe en vertu de l'article 58 (1.1) de la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale, et de deux, qu'il est attribué par un comité de personnes indépendantes n'étant aucunement partie prenante du projet à l'étude. L'article 58 (1.1) stipule que «Le ministre créé…un programme d'aide financière», et non pas qu'il «peut créer…». Ce programme est donc obligatoire.

    Pascal Barrette, ex-conseiller à l'Agence canadienne d'évaluation environnementale

  • Michel Miclot - Inscrit 9 juin 2012 17 h 56

    content de l'apprendre

    Je ne pensais pas qu'il y avait des évaluations gouvernementales, je croyais dur comme fer que les évaluations environnementales des gouvernements fédéral et provinciaux n'étaient que du copier/coller des rapports des gazières, des pétrolières et des minières. Nos gouvernants savent donc agir par eux-mêmes même si leur modestie naturelle les empêchent de le proclamer. Ouf , soulagé d'être entre bonnes mains.