Colère noire de plusieurs groupes et entreprises contre le projet de loi C-38

Ottawa — Le projet de loi mammouth du gouvernement fédéral aura réussi à unir des groupes et partis politiques qui ont bien peu de choses en commun, sinon une même colère devant cette législation.

L'internaute qui naviguait sur la toile aujourd'hui a pu remarquer que certains de ses sites préférés étaient noircis et renvoyaient à celui de la campagne «Silence, on parle». Ce coup d'éclat était l'œuvre d'une coalition réunissant bien sûr des organisations environnementales, mais aussi quelque 400 entreprises, groupes sociaux, communautés religieuses ou groupes de pression dénonçant d'une seule voix le projet de loi C-38 des conservateurs. Tous les partis d'opposition à Ottawa y adhèrent.

Près du tiers de ce projet de loi de mise en œuvre du budget concerne l'environnement, modifiant les règles du jeu en matière d'évaluations de projets ou de protection des ressources naturelles.

Selon les organismes venus défendre leur initiative aujourd'hui à Ottawa, C-38 a été rédigé pour répondre aux pressions d'un seul groupe: le lobby pétrolier.

Pour Bob Rae, C-38 représente surtout une initiative de la part des troupes de Stephen Harper pour «intimider» ceux qui ne pensent pas comme elles. Selon le chef libéral, c'est la liberté d'expression qui est en jeu.

«S'ils peuvent se lancer à la poursuite de groupes environnementaux qu'ils n'aiment pas [...], qu'est-ce qui pourrait les empêcher de s'en prendre à n'importe quel contribuable qui ne leur plaît pas? À un certain point, les Canadiens doivent réaliser que ce n'est pas seulement quelque chose qui affecte que quelques personnes en marge de la société», a-t-il lancé.

M. Rae faisait ainsi référence à une disposition de C-38 qui permet à l'Agence de revenu du Canada de suspendre le statut d'organisme de bienfaisance si elle soupçonne quoi que ce soit d'anormal dans les livres comptables du groupe.

Contre-attaque

Alors que la campagne «Silence, on parle» battait son plein, le gouvernement a contre-attaqué en dispersant une dizaine de ministres à travers le pays afin de livrer un même message: le projet de loi conservateur est nécessaire pour créer de l'emploi et il ne nuira pas à l'environnement.

«Notre plan législatif va améliorer la protection de l'environnement», a martelé le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver. «On veut que les gens sachent les faits, et pas les distorsions ou les exagérations», a-t-il ajouté.

Compte tenu de l'énergie dépensée par le gouvernement conservateur pour défendre sa position, il serait plus qu'étonnant qu'il change son fusil d'épaule en acceptant de séparer le projet de loi en plusieurs morceaux pour en faciliter l'étude ou qu'il abandonne les dispositions qui provoquent le plus de grogne.

Steven Guilbault, du groupe Équiterre, fonde d'ailleurs peu d'espoirs de ce côté-là et reconnaît que C-38 risque d'être adopté dans sa forme actuelle, puisque les conservateurs détiennent une majorité au Parlement.

«Mais pour nous, ce n'est pas la fin. Il va y avoir d'autres gouvernements après les conservateurs et on veut qu'il y ait un prix politique à payer pour eux. On veut que les Canadiens s'en souviennent lorsque viendra le temps de se rendre aux urnes la prochaine fois», a-t-il expliqué dans un point de presse parallèle à Montréal.

Il a cependant précisé qu'il faudra vivre avec les conséquences du projet de loi, soit la détérioration de la qualité de l'environnement et la perte de nombreuses années de connaissances scientifiques.

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