Assurance-emploi - Québec craint d’hériter de la facture de la réforme

La ministre des Ressources humaines Diane Finley a annoncé jeudi des mesures qui inquiètent les provinces canadiennes.
Photo: Agence Reuters Blair Gable La ministre des Ressources humaines Diane Finley a annoncé jeudi des mesures qui inquiètent les provinces canadiennes.

Au lendemain de l’annonce du fédéral, il était encore trop tôt à Québec pour demander officiellement une compensation à cette répercussion fort probable de la réforme. « On ne cache pas qu’il va probablement y avoir des impacts et que ça va être étudié », a-t-on reconnu au bureau de la ministre québécoise de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Julie Boulet. Les fonctionnaires provinciaux se penchent donc sur le dossier en attendant le dépôt des règlements du fédéral, qui viendront confirmer les mesures, et que l’on puisse prédire le fardeau financier pour la province. Un dédommagement pourrait alors faire partie des revendications, a-t-on expliqué.


Pour l’instant, Mme Boulet a simplement informé le gouvernement fédéral que la province s’inquiète en outre de l’impact de la réforme sur les « personnes et régions vulnérables ». « Il est primordial que la population ait accès à un filet de sécurité adapté à sa réalité, en l’occurrence à un régime d’assurance-emploi flexible, de façon à assurer un revenu aux travailleurs qui malheureusement perdent leur emploi », a fait valoir Mme Boulet par communiqué.


Ottawa confirmait jeudi la teneur des changements : les chômeurs seront répartis en trois catégories, et ceux d’entre eux qui auront le plus souvent eu recours à l’assurance-emploi dans le passé seront forcés d’accepter des emplois offrant un salaire jusqu’à 30 % inférieur. À défaut de quoi, ils se verront retirer leurs prestations. Car le gouvernement fédéral en a assez de voir des travailleurs étrangers temporaires appelés en renfort alors que le pays compte son lot de chômeurs.


La réaction a été unanime à Québec et dans les provinces maritimes, où tous se sont inquiétés de voir leurs travailleurs saisonniers pénalisés. Les cinq provinces en comptent davantage que la moyenne canadienne. Au Québec, ils formaient 3,4 % des travailleurs de la province en 2011 (contre 3,2 % à l’échelle canadienne), tandis qu’à l’Île-du-Prince-Édouard, ils étaient 11,2 %, selon Statistique Canada. « Ottawa doit réaliser qu’une “taille unique” ne convient pas à tous quand on parle d’assurance-emploi dans chaque province […] Il n’y a pas beaucoup de homards de pêchés en janvier, et pas beaucoup de pommes de terre de cultivées », a notamment répliqué le premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard Robert Ghiz, au réseau CBC.


Dans le dossier de la sécurité de la vieillesse - dont l’âge d’admissibilité passera de 65 à 67 ans d’ici 2029 -, Ottawa a consenti à dédommager les provinces dont bon nombre de prestataires toucheront du coup l’assurance sociale plus longtemps. Mais aucun chiffre n’a encore été précisé - ni réclamé - du côté provincial.


Quant aux coûts engendrés par le projet de loi en matière de justice criminelle C-10, huit provinces - dont le Québec - ont fait front commun pour exiger que le fédéral les aide à compenser les coûts carcéraux qui leur seront imposés. En novembre dernier, le premier ministre Stephen Harper leur rétorquait cependant qu’il est de leur « responsabilité constitutionnelle de faire appliquer les lois et de protéger les gens ».

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