Les « chômeurs fréquents » devront accepter des emplois moins payants

« Ces changements ne visent pas à forcer les gens à accepter un travail loin de chez eux ou à remplir un poste qui ne leur convient pas », a tenté de rassurer Diane Finley, ministre des Ressources humaines à Ottawa.
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld « Ces changements ne visent pas à forcer les gens à accepter un travail loin de chez eux ou à remplir un poste qui ne leur convient pas », a tenté de rassurer Diane Finley, ministre des Ressources humaines à Ottawa.

Certains chômeurs au pays seront bientôt contraints de se trouver un nouvel emploi, et vite. Et pas question d’être tatillon. En vertu de la réforme de l’assurance-emploi détaillée hier par le fédéral, les prestataires fréquents seront à l’avenir forcés d’accepter des postes moins payants.

Au nombre des mesures surprises du projet de loi budgétaire déposé fin avril, exit les dispositions de la Loi sur l’assurance-emploi qui permettaient aux chômeurs de refuser, sans perdre leurs prestations, un emploi « à un taux de rémunération plus bas ou à des conditions moins favorables ». Après des semaines de rumeurs, faute de détails du fédéral, la ministre des Ressources humaines est venue expliquer hier ce qu’elle considérerait maintenant comme un « emploi convenable ». « Ces changements ne visent pas à forcer les gens à accepter un travail loin de chez eux ou à remplir un poste qui ne leur convient pas », a tenté de rassurer Diane Finley. L’« emploi convenable » fera appel à des compétences et des responsabilités semblables à celles de l’emploi perdu et devra se trouver à moins d’une heure de déplacement.


Mais les chômeurs seront répartis en trois classes, selon leur passé professionnel. Ainsi, les « prestataires fréquents » - qui ont fait au moins trois demandes et touché de l’assurance-emploi plus de 60 semaines en cinq ans - devront d’entrée de jeu accepter un poste « similaire », quitte à accuser une baisse de salaire pouvant atteindre 20 %. Après six semaines de recherches infructueuses, c’est « tout travail » qui devra être accepté, et ce, à 70 % du salaire touché auparavant. « L’assurance-emploi ne paie qu’au minimum 55 % du salaire ancien. Alors s’ils acceptent un poste à 70 %, ils seront mieux [qu’avec] les prestations d’assurance-emploi », a plaidé la ministre pour défendre sa réforme.


Les « travailleurs de longue date », eux, pourront chercher le même type d’emploi, à au moins 90 % de leur salaire précédent. Après 18 semaines, ces chômeurs - qui auront touché moins de 35 semaines d’assurance-emploi depuis cinq ans - devront eux aussi élargir leurs recherches vers d’autres emplois, à des salaires jusqu’à 20 % inférieurs. Quant aux autres demandeurs (soit 58 % des prestataires), ils auront six semaines pour chercher un même emploi à 90 % du salaire, après quoi il leur faudra accepter un autre poste qui rapporte 20 % de moins. S’ils ne dénichent rien après trois mois, ce sera n’importe quel travail à 30 % de salaire en moins.


L’objectif, c’est de jumeler emplois vacants et chômeurs et de s’assurer que les pénuries de main-d’oeuvre sont d’abord comblées au pays, a plaidé la ministre. « Nous voulons nous assurer que les MacDonald’s de ce monde n’ont pas à faire venir des travailleurs étrangers temporaires pour faire le travail que des Canadiens sur l’assurance-emploi ont les compétences de faire. »


Or, en pénalisant ceux qui ont plus souvent fait appel à l’assurance-emploi, le gouvernement fédéral s’attaque directement aux travailleurs saisonniers, rétorque-t-on. « C’est une déclaration de guerre aux travailleurs saisonniers », a scandé Pierre Céré du Conseil national des chômeurs. Alors que 27 % des prestataires canadiens occupent ce genre d’emploi, le tiers d’entre eux sont québécois, note-t-il, en qualifiant la réforme d’attaque contre la province et ses voisines atlantiques. Une opinion partagée par le bloquiste Jean-François Fortin, selon qui Ottawa « traite [les saisonniers] comme des récidivistes ». D’autant qu’en sévissant ainsi, le fédéral vient menacer « la sécurité économique des collectivités qui dépendent de l’industrie saisonnière », a fait valoir le libéral Roger Cuzner.


« Le gouvernement devrait faciliter la vie des gens, pas les forcer à trouver un emploi », a quant à elle dénoncé Peggy Nash, du Nouveau Parti démocratique. L’opposition s’inquiète de voir la ministre s’octroyer le pouvoir de changer les critères quand bon lui semble, puisque ceux-ci seront désormais établis par des règlements, ce qui, contrairement à une loi, ne requiert pas de vote du Parlement.


Pierre Céré craint en outre que ces changements créent d’ici quelques années une pression à la baisse sur les salaires. Car un employé contractuel serait forcé d’accepter de renouveler son contrat avec 10 % de salaire en moins, prédit-il. « Les employeurs ont au contraire de la difficulté à attirer et garder leurs travailleurs. Donc ils ne sont pas en position d’offrir des conditions moins avantageuses », a rétorqué Norma Kozhaya du Conseil du patronat, qui apprécie la réforme qui selon elle va « inciter davantage les chômeurs à accepter les emplois disponibles ».


Puisque pour se classer parmi la catégorie de travailleurs de longue date il faut avoir travaillé sept ans, la réforme semble aussi menacer les jeunes. Les fonctionnaires fédéraux n’ont pas précisé quelles mesures les protégeraient. Les changements devraient entrer en vigueur début 2013 et toucher moins de 1 % des prestataires. Les fonctionnaires n’ont pas non plus détaillé les économies que dégagera Ottawa.


Les changements prévoient par ailleurs l’envoi de deux courriels par jour aux chômeurs - plutôt que trois aux deux semaines à l’heure actuelle - les avisant des emplois qui s’offrent à eux. Les chômeurs seront aussi davantage surveillés, les fonctionnaires étant appelés à réclamer plus systématiquement le compte rendu de leurs recherches pour renforcer la réforme. Le gouvernement n’a cependant pas prévu de ressources pour les épauler, eux qui peinent déjà à répondre à la demande. Une enveloppe de 21 millions $ sur deux ans est prévue pour le programme de courriels ; seule une partie servira au monitorage.

21 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 25 mai 2012 03 h 20

    Matraquage policier à Québec… matraquage social à Ottawa !

    Tandis que le gouvernement québécois, après avoir vidé des Cégeps et Universités par un audacieux lock-out, s’emploie à remplir des fourgons cellulaires avec des cohortes d’étudiants-manifestants, on a tendance à oublier le vent mauvais qui vient de l’Ouest.

    Ce vent nous porte les échos d’un matraquage social qui est en train de réduire comme une “peau de chagrin” ce qui fut auparavant l’Assurance-chômage, un droit acquis de haute lutte dans les années 1930 (*), et qui s’était déjà fortement dégradé alors qu’il était rebaptisé en tant qu’Assurance-emploi.

    D’autres sombres échos du "Parlement" font état de menaces aux droits de femmes …

    Yves Claudé

    (*) voir : http://www.lemasse.org/html/historique_de_la_loi.h

    • Lysette Laurier - Inscrite 25 mai 2012 12 h 55

      je suis tellement d'accord avec vous!!!

  • Francois Parent - Inscrit 25 mai 2012 06 h 33

    Au profit des employeurs

    Les employeurs auront le gros jeux. C'est injuste, c'est nous qui payons la majeure partie de l'impôt et c'est nous qui sommes contraints d'accepter n'importe quoi à n'importe quel prix. Dehors les conservateurs aux prochaines élections.

  • Sébastien bouchard - Inscrit 25 mai 2012 06 h 38

    Brin de logique ou totalitarisme

    C'est stressant de voir cette mesure ou loi. On parle de s'attaquer aux travailleurs saisonnières, ce travailleurs qui devra accepter un nouvelle emploi ne retournera probablement pas à son ancienne! DOnc beaucoup de d'entreprise saisonnière vont perdre leurs employers ou se trouver avec des emplyeurs sans expérience et voir moins compétent. Autant que le gouvernement veut avoir la fin des entreprises saisonnières! L'autre alternative, l'employer contraint dA'ccpeter un travail qu'il ne veut pas ne va pas travailler la hauteur d'emploi et il le quittera sans doute au premier contact avec l'ancien employeur!

    Voilà l'émergence d'une belle de roue tordue de l'emploi. Cela sera sans contredit néfaste pour plusieurs entreprises.

    Chère gouvernement, le problème n'est pas avec les travailleurs saisonniers, car ce sont des travailleurs qui regagnent leur emploi année après année et qui paie leur assurance emploi, donc ils sont en droit de l'utliser. Le problème est avec les gens qui travaillent simplement le minimum, afin d'avoir leur assurance emploi!

    Si vous voulez couper dans l'accessibilité à l'assurance emploi, il serait tout de même logique de couper dans les retenues, car si je n'ai pu le droit à mes semaines de chômage, je ne comprends pas pourquoi je devrais les payer! Lorsque je vais à l'épicerie, je ne paie pas pour ce que je ne consomme pas!

    Vous voulez sauver l'argent des coffres de l'état, commencé donc par avoir une gestion saine des fonds publiques, et coupez dans vos dépenses! frais de restuarant, hôtel, voyage, prennez ce qui a de moins coûteux et après nous pourrons parler! Trop souvent c'est de la gestion de dérision.

    Mlaheureusement, nous sommes une république de banane, où la gestion n'est même pas faite par des singes. Ce sont des clonws qui font la gestion.
    Et n'allez pas dire qu'il faut se séparer, car c'est le même genre de gestion de parvenu. L'histoire des douces du MAPAQ en est encore une trop belle e

  • Sylvain Auclair - Abonné 25 mai 2012 07 h 42

    Et les employeurs saisonniers...

    devront-ils reformer de nouveaux employés à chaque année?

  • Manon Theriault - Inscrite 25 mai 2012 07 h 56

    Nivellement par le bas

    Couplé à la loi que veut voter le gouvernement allianciste-conservateur de payer les travailleurs étrangers 15% de moins que la moyenne des travailleurs canadians, ça créera une pression à la baisse sur les salaires des travailleurs.

    Si tu n'acceptes pas un travail moins bien rémunéré, c'est pas grave, un chômeur sera obligé de travailler pour moins et s'il n'y en a pas de disponible, un travailleur étranger. C'est purement du nivellement par le bas.

    Puisque le fédéral peut être financé par les entreprises, voilà une décision qui garnira les coffres du parti.

    C'est épouvantable!

    • Jacques Patenaude - Abonné 25 mai 2012 08 h 17

      Le pire dans tout celà c'est que les entreprises font tout ce qu'elles peuvent pour ne pas payer leur juste part de taxes et d'impôt alors que le gouvernement est à leur service. En plus ce même gouvernement leur octroi des réductions d'impôts de façon scandaleuses.