Sécurité alimentaire : Ottawa ne digère pas les critiques de l’ONU

<div>
	Selon le rapport d’Olivier De Schutter, le Canada est « un pays où les inégalités augmentent, où les 10 % les plus riches ont 10 fois plus de richesses que les 10% les plus pauvres ».</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Selon le rapport d’Olivier De Schutter, le Canada est « un pays où les inégalités augmentent, où les 10 % les plus riches ont 10 fois plus de richesses que les 10% les plus pauvres ».

Le gouvernement conservateur a réservé un accueil vitriolique au rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, qui critique sévèrement le Canada pour avoir laissé l’insécurité alimentaire prendre du terrain. Ottawa estime que l’ONU gaspille ses ressources à s’attaquer à un pays riche et démocratique qui n’a de leçons à recevoir de personne.

Le rapporteur spécial, Olivier De Schutter, a dévoilé hier les conclusions préliminaires de sa mission officielle en terre canadienne. Le Canada, dit-il, laisse près de 900 000 foyers dans l’insécurité alimentaire alors qu’il a la marge fiscale nécessaire pour s’attaquer à ce problème.


« Le Canada est un pays très riche, qui fait l’envie du monde, que plusieurs admirent pour son engagement envers les droits de la personne, mais en même temps, il y a des préoccupations très sérieuses que ma mission a identifiées, a déclaré en conférence de presse M. De Schutter. C’est un pays où les inégalités augmentent, où les 10 % les plus riches ont 10 fois plus de richesses que les 10 % les plus pauvres. C’est un pays où les impôts et les programmes réduisent moins les inégalités que dans la plupart des autres pays et aujourd’hui, nous avons un grand nombre de Canadiens qui vivent dans une pauvreté inacceptable ne leur permettant pas de se nourrir. […] Mes préoccupations sont extrêmement sévères et je ne vois pas pourquoi je devrais mâcher mes mots. »


Il n’en fallait pas plus au gouvernement pour s’attaquer au messager. « Le Canada envoie des milliards de dollars en aide alimentaire aux pays en voie de développement où les gens crient famine, a lancé le ministre Jason Kenney. Nous espérons que notre contribution est utilisée pour aider ces gens dans les pays en développement et non pas pour faire la morale aux riches pays développés comme le Canada. Je pense que cela discrédite l’ONU. »

 

Mode de vie traditionnel


Signe que sa présence dérange, M. De Schutter n’avait obtenu aucune rencontre ministérielle. Après s’en être plaint dans une entrevue publiée hier, il a eu un entretien avec la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq. Après cette rencontre, Mme Aglukkaq, elle-même inuite, a expliqué aux journalistes qu’elle avait fait la leçon à cet « universitaire […] mal informé et un peu condescendant » qui tirait des conclusions sur l’alimentation autochtone sans avoir mis les pieds au Nunavut.


« Il ne comprend pas que les Inuits vivent de la terre », a-t-elle dit en faisant référence à la pêche et la chasse au phoque et à l’ours. « La sécurité alimentaire n’est pas une question d’accès. C’est une question de se battre contre les environnementalistes qui tentent de faire cesser notre mode de vie traditionnel. » Mme Aglukkaq a évité de dire si cela posait problème que quatre litres de lait coûtent 9,79 $ dans le Nord (6 $ au Québec), que les bananes se vendent presque 6 $ le kilo (contre environ 79 ¢ dans le Sud) ou qu’un petit sac de farine se transige à 14 $.


L’analyse holistique du rapporteur souligne que le salaire minimum et les prestations d’aide sociale ne sont pas alignés sur le coût réel de la vie. Les gens qui en vivent craignent donc de manière régulière pour leur capacité à s’alimenter correctement. Il estime à entre deux et trois millions le nombre de Canadiens ayant de la difficulté à se nourrir. « C’est inacceptable à mes yeux et ce n’est pas parce qu’on est un pays riche qu’on peut détourner le regard de cette réalité. »

 

Politique


Quand on lui fait part des critiques des conservateurs, à savoir que sa mission est politique, il répond sans hésitation. « Bien sûr, que c’est politique ! Le droit à l’alimentation est politique. Ce n’est pas une question de détails techniques. » L’ONU devrait-elle se concentrer sur les cancres alimentaires plutôt que sur le Canada ? « Les pays ne doivent pas se mesurer les uns par rapport aux autres, répond-il. Ils doivent se mesurer par rapport à ce qu’ils peuvent faire chacun en ce qui les concerne, et le Canada peut faire plus. »


M. De Schutter estime que le Canada a « amplement de marge fiscale » pour faire les investissements nécessaires, déficit ou pas. « Est-ce qu’il est en déficit parce qu’il dépense trop pour les pauvres ou est-il en déficit parce qu’il ne transfère pas assez de revenus des riches aux pauvres ? Le déficit, qui est un prétexte à limiter l’étendue de la protection sociale, ne doit pas nous décourager d’examiner en toute lucidité l’impact des choix faits au cours des dernières années qui ont, et c’est l’OCDE qui le dit, accentué les inégalités et fait que le Canada est un des pays le moins redistributeur dans ses mécanismes de protection sociale et ses mécanismes fiscaux. »


Le gouvernement conservateur n’en est pas à ses premières prises de bec avec les instances onusiennes. En décembre dernier, il avait attaqué le rapporteur de l’ONU sur les populations autochtones, James Anaya, pour ses critiques de la situation sur la réserve d’Attawapiskat. Le ministre des Affaires autochtones avait parlé d’un « coup de publicité » qui contient des « inexactitudes » et « manque de crédibilité ».


Les partis d’opposition ont déploré l’attitude du gouvernement envers l’envoyé onusien. « Il faut traiter avec un certain respect la présence du rapporteur de l’ONU », a indiqué le chef libéral par intérim, Bob Rae.

13 commentaires
  • Gaston Langlais - Inscrit 17 mai 2012 05 h 08

    Aveugles et impolis sont les Conservateurs.

    Bon Matin,

    Il a raison le rapporteur courageux de l'ONU. Il s'agit de vivre parmi les dens ordinaires pour s'en rendre compte. Ce n'est pas par des indultes de ministres mal-appris en limousines que les problèmes vont disparaître. Heureusement que chaque jour qui passe est un jour de moins sous le joug conservateur.

    Gaston Langlais - Gaspé.

  • Pierre Sabourin - Inscrit 17 mai 2012 05 h 10

    Quand ton image est plus importante que la vie, c'est du narcissisme morbide.

    C'est du sophisme morbide ce que j'entends ici. En quoi est ce que être un pays riche ... et démocratique ''....arrRoBoCallrfarfff....'' constitut-il un argument? À côté les plaisanterie, il n'en est pas, c'est un non sequitur et un red hering puisqu'il n'adresse pas la question. C'est aussi du dénie morbide puisque de nier le fait qu'il vienne juste de couper à AAFC et CFIA est nous mentir en pleine face et morbide parce que ça met la population dans un sérieux dangé. Ce n'est pas une game de relation publique et d'image politique, c'est nos vie qu'il est question et de porter attention à sont image plus qu'à la vie des gens révèle d'un narcissisme morbide.

    Pierre Sabourin

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 17 mai 2012 06 h 13

    La question qui tue

    Comment expliquer que ce soit sur les réserves qu'on retrouve les plus hauts taux d'obésité au Canada alors que c'est là qu'on a le moins de ressources financières et que les aliments sont les plus chers?

    On va me rétorquer que les pauvres s'alimentent mal ce qui cause l'obésité. Soit. Mais encore faut-il qu'ils aient les moyens de s'alimenter. Si la pauvres ne pouvaient s'alimenter ils seraient maigres, comme dans le tiers-monde. (y'a pas de mendiants obèse au Mali)

    Bref, la mauvaise alimentation des pauvres n'est pas due à un manque d'argent.

    • Pierre Rousseau - Abonné 17 mai 2012 10 h 56

      Les fruits et légumes sont inabordables dans le nord et dans les réserves éloignées des grands centres et c'est le «junk food» qui est le moins cher et qui demeure le seul type d'aliments accessible à la grande majorité de la population. La faune locale (chasse et pêche) pourraient fournir des aliments plus sains mais elle est souvent inaccessible à cause de coupes forestières et de mines. Il y a d'autres causes associées à ça mais les préjugés de bien des non autochtones n'aident pas à la solution mais contribuent bien plus aux problèmes.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 17 mai 2012 11 h 43

      Réponse brève : l'organisme de nombreux Inuits est moins en mesure de traiter la nourriture riche en protéine et en gras que nous consommons.

      En Afrique, les gens qui se gavent de riz ne sont pas maigres, sans être bien alimentés pour autant.

      Même ici, particulièrement dans les quartiers défavorisés (et cela est documenté) le McDo est moins cher est plus facile d'accès que de nombreux fruits et légumes, qu'il faut également savoir apprêter.

      Pas de victimisation, mais reconnaître le problème plutôt que dire n'importe quoi.

    • Daniel Bérubé - Abonné 17 mai 2012 11 h 51

      "On va me retorquer que les pauvres s'alimentent mal ce qui cause l'obésité. Soit. Mais encore faut-il qu'ils aient les moyens de s'alimenter. Si "la" pauvres ne pouvaient s'alimenter ils seraient maigres, comme dans le tier-monde."

      S'ils ne pouvaient s'alimenter... ils ne seraient pas maigres, ils seraient morts... je trouve que vous analysez pas mal simplement la chose, un peu comme la droite aime le faire.
      Vous me permettrez d'avoir une confiance plus grande envers l'ONU actuelle qu'envers notre gouvernement conservateur actuel... et dites-vous qu'il n'y a pas que la nourriture qui peut être influencée, pensez seulement à l'eau potable, qui est un problème dans de plus en plus de pays, et que ce n'est pas tout le monde qui peut se payer de l'eau potable a un prix supérieur à celui du pétrole... mais remarquez, si ont voit ça un oeil capitaliste... c'est pas grave, c'est pas nous autre qui en souffre... et des enfants risquent d'en mourir ? Wow ! belle occasion pour possiblement se payer un enfant pour pas cher ! hein ? Maudit que c'est donc ben fait, le capitalisme ! si les enfants sont un peu maigre... on peut faire passer ça comme défaut de fabrication pour faire baisser les prix !

      Sans doute ne voyons-nous pas la vie de la même façon...

    • Rodrigue Tremblay - Inscrit 17 mai 2012 14 h 50

      @pierre rousseau

      Y'a du junk food sur les réserves?? Des Macdos et de PFK? Où ca?

      Quant à la faune locale, rappelons que le autochtones y ont accès toute l'année et sans limite, droits constitutionnels oblige.

      Mais combien d'autochones se nourrissent encore ainsi?

    • Rodrigue Tremblay - Inscrit 17 mai 2012 14 h 51

      @pierre rousseau

      Y'a du junk food sur les réserves?? Des Macdos et de PFK? Où ca?

      Quant à la faune locale, rappelons que le autochtones y ont accès toute l'année et sans limite, droits constitutionnels oblige.

      Mais combien d'autochones se nourrissent encore ainsi?

    • Luc Fortin - Inscrit 17 mai 2012 17 h 52

      @ M. Tremblay,

      Je dois conmstater que vous êtes allé souvent sur les réserves et que vous êtes bien au fait des prix des denrées alimentaires un peu plus au nord que votre nid de confort et d'indifférence!!! J'en suis pantois!!!

  • Gaston Langlais - Inscrit 17 mai 2012 06 h 57

    Aveugles et impolis sont les Conservateurs.

    Bonjour à nouveau,

    Petites corrections - Mes excuses...

    ...parmi les GENS ordinaires
    ...Ce n'est pas par des INSULTES...

    Merci,

    Gaston Langlais - Gaspé.

  • Pierre Rousseau - Abonné 17 mai 2012 11 h 09

    Les Tartuffes au pouvoir!

    Ce rapport n'a rien de bien nouveau car on sait depuis longtemps qu'une partie importante de la population canadienne est sous-alimentée, en particulier chez les enfants. C'est rendu au point où l'ONU doit s'en préoccuper et dénoncer ce qui se passe ici au niveau international. Ce n'est pas aussi la première fois qu'un organisme de l'ONU dénonce la situation au Canada: on a aussi dénoncé la violation des droits humains par les gouvernements en particulier pour les femmes autochtones et la violation des droits fondamentaux des peuples indigènes.

    Les conservateurs sont en partie la cause de la détérioration de la situation et ils n'ont rien d'autre à faire qu'à dénoncer l'ONU... Ils ne contredisent en rien le rapport car il n'y a rien à contredire - le rapport est fidèle à la réalité. La palme de l'insignifiance revient probablement à la ministre Aglukkak du Nunavut qui se plaignait que le rapporteur n'ait pas été dans sa circonscription où dit-elle, les gens vont à la chasse pour se nourrir... Rien de plus faux! La chasse au Nunavut est marginale et c'est justement là où les problèmes sont les plus grands à cause du prix des aliments sains (on montrait un plat de fruits frais hier à près de 30$) et du fait que l'aide au transport des aliments a été réduite par... sont propre gouvernement. Les Nunavummiut qui ne gagnent pas beaucoup d'argent n'ont que le «junk food» qui leur reste à cause des prix plus bas des aliments congelés ou en boîte.

    Selon les conservateurs, le Canada n'a pas de leçons à recevoir de la communauté internationale... ils ont tort. Le Canada se comporte en ignare et en grand fendant au niveau international et il ne faut pas se surprendre que d'autres nous disent de regarder dans notre propre cour avant de regarder dans la cour des autres.