Loi budgétaire C-38 - Ottawa tente de rassurer les chômeurs

Le projet de loi de mise en oeuvre du budget vient retirer certaines dispositions de la Loi sur l’assurance-emploi, qui prévoyaient qu’un chômeur puisse refuser un emploi sans voir sa prestation réduite si ce poste offrait des conditions inférieures, et qui offrait un « délai raisonnable » pour chercher un boulot dans son domaine. Les changements restent à être définis et devant ce flou législatif, l’opposition craint de voir des chômeurs être forcés d’accepter n’importe quel emploi, n’importe où. Or, la ministre Diane Finley a affirmé que ses troupes voulaient aider les chômeurs à dénicher un emploi « qui serait dans leur région, parmi leur niveau de compétences approprié ».


De maigres détails qui n’ont pas réussi à calmer l’opposition. « On ne sait pas ce qu’ils ont en tête, on n’a pas de définition », a déploré le chef libéral par intérim, Bob Rae, qui veut voir le libellé du règlement qui viendra confirmer la teneur des modifications. Lundi, le ministre des Finances, Jim Flaherty, a défendu que « le seul mauvais emploi, c’est de ne pas avoir d’emploi ». Ses propos ont alarmé l’opposition, mais lorsque cités par Thomas Mulcair, ils ont suscité des applaudissements nourris dans les banquettes conservatrices. Le chef néodémocrate n’a pas semblé prendre acte des précisions de Mme Finley, accusant le gouvernement de vouloir créer « du cheap labour » en forçant aînés et personnes handicapées à pallier les pénuries de main-d’oeuvre. « C’est scandaleux », a-t-il affirmé.


En comité parlementaire, où il comparaissait pour défendre son projet de loi, le ministre Flaherty s’est fait beaucoup questionner quant aux changements à l’assurance-emploi et à ceux haussant l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse. Questionné par le libéral Scott Brison à savoir s’il consentirait à exempter les travailleurs aux emplois très physiques qui ne pourraient pas continuer jusqu’à 67 ans, le ministre a rétorqué qu’« une personne n’a pas à occuper le même emploi toute sa vie ». « La Chambre de commerce du Manitoba a mis sur pied un programme Internet mettant les travailleurs de 50 ans et plus en lien avec les emplois disponibles », a-t-il expliqué, disant vouloir financer une telle initiative à la grandeur du pays.


L’opposition interpelle la population


Devant le refus du gouvernement de permettre une étude thématique de C-38, les partis d’opposition s’en remettent à l’opinion publique. Car lorsque les Canadiens auront pris connaissance des tenants et aboutissants du projet de loi mammouth, ils joindront leur voix à la leur pour s’y opposer, estiment néodémocrates et libéraux.


Le Nouveau Parti démocratique convoquera dès aujourd’hui les citoyens à une série d’audiences publiques. La première se tiendra à Ottawa ce midi et dans plusieurs villes, dont Montréal. Les néodémocrates inviteront des experts « pour assurer une étude adéquate », a expliqué le député Nathan Cullen. Le NPD a aussi créé le site budget2012.npd.ca, où les Canadiens peuvent soumettre leurs commentaires et lire des capsules qui résument certaines mesures. Dans le camp libéral, on a rappelé qu’on profiterait du caucus sénatorial pour décortiquer C-38 au sein de six comités. Or, puisque les conservateurs veulent voir C-38 adopté d’ici la fin juin, les sénateurs devront malgré tout limiter leur étude.

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