Les pro-vie s’intéressent aux avortements des foetus féminins

Le mouvement pro-vie tient sa manifestation annuelle aujourd’hui, à Ottawa. L’an dernier, quelque 7000 personnes opposées à l’avortement y avaient participé.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Le mouvement pro-vie tient sa manifestation annuelle aujourd’hui, à Ottawa. L’an dernier, quelque 7000 personnes opposées à l’avortement y avaient participé.

Le mouvement pro-vie tiendra aujourd’hui sur la colline parlementaire à Ottawa sa 15e grande manifestation contre l’avortement, mais le discours sera légèrement différent cette année. Le mouvement braque cette fois les projecteurs sur « l’hypocrisie » des gens se disant pro-choix, mais qui condamnent du même souffle les avortements de foetus féminins.

« Il est très hypocrite d’être pour l’avortement, mais contre l’avortement sélectif », lance Alissa Golob, la coordonnatrice jeunesse de la Coalition nationale pour la vie. « La seule façon d’être favorable à l’avortement, c’est si vous pensez qu’un enfant non encore né n’est pas un être humain et s’il n’est pas humain, cela ne devrait pas faire de différence qu’il soit féminin ou masculin. » Selon Mme Golob, l’intérêt grandissant des médias pour cet enjeu « est positif pour le mouvement pro-vie. Si vous êtes pro-avortement, vous ne pouvez pas gagner avec ce débat ».


L’avortement de foetus féminins est un phénomène galopant en Inde, en Chine et en Corée, mais une récente étude canadienne tend à démontrer que les ressortissants de ces pays auraient peut-être importé cette pratique au Canada.


En avril, le chercheur Joel G. Ray a fait état des résultats d’une étude sur toutes les naissances en Ontario entre 2002 et 2007 selon les origines ethniques des mères. En temps normal, il y a 105 naissances de garçons pour 100 naissances de filles, et ce, partout dans le monde. Or, les Sud-Coréennes avaient plutôt 120 garçons pour 100 filles à leur deuxième enfant. Les Indiennes en avaient 111 à leur deuxième enfant et 136 au troisième. Sur le total des troisièmes enfants de mères indiennes, ce sont donc 500 garçons de plus qui sont nés en Ontario (1883 contre 1385 fillettes). Les chercheurs ont mis en garde contre les conclusions hâtives, notamment parce qu’ils n’ont pas déterminé le sexe des précédents enfants. Le sujet a fait suffisamment couler d’encre pour qu’on découvre que certains hôpitaux refusaient de dévoiler le sexe des foetus dans certains quartiers multiethniques.


Joyce Arthur, coordonnatrice de la Coalition pour le droit à l’avortement, rejette les accusations d’hypocrisie parce que le mouvement pro-choix n’a jamais condamné les avortements sélectifs. « Nous appuyons le droit des femmes d’obtenir un avortement, que nous aimions leurs raisons ou pas », dit-elle, insistant sur le fait que personne n’aime ce genre d’avortements. « Ce sont eux qui sont hypocrites. On ne protège pas les droits des femmes [les foetus féminins] en retirant des droits aux femmes. »


La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi, rappelle que les avortements sélectifs ne posent pas problème au Canada dans la mesure où 97 % des avortements sont faits « avant de connaître le sexe » de l’enfant à naître. Le phénomène, s’il existe au Canada, « on le déplore, mais ce n’est pas une raison pour remettre en question le droit des femmes à l’avortement ».

15 commentaires
  • Killian Meilleur - Inscrit 10 mai 2012 07 h 08

    Encore...

    Encore la même hypocrisie.

    Je commence à croire l'humoriste américain George Carlin lorsqu'il prétend, dans un spectacle, que les pro-vie sont simplement « contre les femmes »...

    La rhétorique de ce mouvement s'appuie encore et toujours sur une évacuation de facteurs majeurs et d'enjeux sociaux extrêmement importants afin de restreindre la compréhension d'une situation aux quelques points qui leurs sont favorables.

    Qui plus est, ils renient maintenant la légitimité de DEUX combats du féminisme! le droit à l'avortement et l'eugénisme positif en faveur d'enfants mâles. Félicitations.

    Le foetus n'est certes pas humain, mais la présence d'organes génitaux discernables ne fait pas l'humanité! La raison pour laquelle on considère que le foetus n'a pas encore son humanité est relative à des critères psychologiques et intellectuels.

    On peut avorter parce qu'on n'a pas encore affaire à un être « spirituel », un être de conscience, ce qui est la véritable définition de l'humain.

    Bref, la roue des pro-vie tourne toujours, eux qui prétendent qu'on devrait couper les droits des femmes à être en possession de leur corps (rien qu'une fois dans l'histoire, il me semble que ce ne serait pas de trop...) parce qu'ils croient majoritairement qu'un ovule a une âme et qu'ils doivent maquiller leurs positions religieuses.

  • Manon Theriault - Inscrite 10 mai 2012 07 h 57

    Les pro-vie mélangent les choses...

    L'avortement des foetus féminins, c'est la quintessence du sexisme. Pro-choix est par définition féministe, c'est pour cela qu'ils s'y opposent.

  • Jacques Lafond - Inscrit 10 mai 2012 08 h 31

    Dérapage du 97% à venir ?

    Madame Alexa Conradi, comme nous tous, que la mère n'a pas avortée, dit:

    '' 97 % des avortements sont faits « avant de connaître le sexe » de l’enfant à naître. ''

    Cela me fait penser étrangement au débat sur l’avortement avant la ‘’légalisation’’ :

    ‘’ De toute façon, les avortements vont se faire seulement dans quelques cas particulier … ‘’

    40 000 avortements par année au Québec plus tard, je trouve qu’il y a pas mal de ‘’cas particulier’’; et je m’inquiète d’un dérapage majeur de la statistiques du 97%.

    Mais, même à 97%, cela fait tout même 1 200 avortements par année au Québec après avoir appris le sexe de l’enfant …

    • Sylvain Auclair - Abonné 10 mai 2012 10 h 00

      Note sur le taux d'avortement.

      Selon La Vie en Rose, édition spéciale de 2005, le taux d'avortement était au Québec de 19‰, alors que celui de la Suède était de 20‰ et que celui des États-Unis, de 21‰. Certains pays ont des taux dans les 80‰...

      Quelqu'un a-t-il des données plus récentes?

      Notons que le taux d'avortements se calcule en divisant le nombre d'avortements pratiqués en une année par le nombre de femmes âgées de 15 à 44 ans. Le nombre de naissances vivantes n'a ici pas plus de pertinence que le nombre de tempêtes de neige.

  • France Marcotte - Inscrite 10 mai 2012 08 h 54

    Quand on se croise

    Chaque fois que les pro-vie prennent la parole, ils tordent le coeur des femmes, je pense pouvoir le dire; les tournures de leur réflexion ne cessent d'étonner par leur perversité.

    En contrepartie, les pro-choix se re-plient à l'exercice patient de faire des réponses sensées, qui, par miracle, ne les épuise pas encore.

    Les deux groupes ne parlent pas le même langage, ils ne répondent pas aux mêmes préoccupations, l'un idéologiques l'autre sociales.

    • Claude Lachance - Inscrite 10 mai 2012 17 h 36

      Veulent-il que les femmes meurent dans les mains des faiseurs d'anges? On pourrait leur suggerer qu'ils forment une coalition pour la défense des enfants déjà nés, pauvres, malmenés, avec un avenir ou la vie n'en mène pas large.

  • Guillaume Houët - Inscrit 10 mai 2012 09 h 24

    pro-mensonge

    Quel argumentaire fallacieux!
    l'avortement et l'avortement sélectif en fonction du sexe ne sont pas du même débat, et utiliser le second pour ouvrir le premier relève du sophisme le plus insidieux et mensonger qui soit.
    Et ça ose parler d'hypocrisie...

    • Sylvain Auclair - Abonné 10 mai 2012 09 h 52

      Tout à fait d'accord.