Pensions de vieillesse: tout ça pour ça!

Le directeur parlementaire du budget (DPB) à Ottawa, Kevin Page, a confirmé hier que le report de l'âge d'admissibilité aux prestations de Sécurité de la vieillesse ne ferait économiser que 12 milliards de dollars au gouvernement fédéral. Il estime en outre que le gouvernement devrait faire preuve de plus de transparence quand vient le temps de procéder à des réductions dans l'appareil gouvernemental.

Selon les calculs du bureau de Kevin Page, les prestations aux aînés versées par Ottawa représentaient 2,2 % du produit intérieur brut (PIB) canadien en 2010-2011 et elles grimperaient à 3 % en 2031-2032 si aucun changement n'était apporté. En repoussant, comme veut le faire le gouvernement de Stephen Harper, l'âge d'admissibilité à 67 ans, ce taux sera ramené à 2,7 %. Dans les faits, cela signifie qu'au lieu de coûter 110 milliards de dollars par année, le programme en coûtera 98 milliards. Jamais le rapport, intitulé « Perspectives économiques et financières », ne laisse entendre que cette charge ne sera pas viable à ce moment.

Kevin Page ne manque toutefois pas d'écorcher le gouvernement au passage pour avoir refusé de divulguer ses propres projections. « Le DPB, écrit-il, est d'avis que les projections financières et économiques à long terme sont essentielles à l'analyse de la transparence et de la viabilité budgétaire. Le gouvernement pourrait faire preuve d'une plus grande transparence budgétaire s'il divulguait son analyse et ses projections à long terme de l'incidence de son projet de hausser l'âge d'admissibilité aux prestations pour les aînés. »

Jusqu'à présent, en effet, Ottawa a toujours refusé de dire combien il espère épargner en faisant travailler les Canadiens deux ans de plus. Lors du dépôt du budget, un fonctionnaire avait avancé le chiffre de 10,8 milliards, avant de se rappeler qu'il n'était pas autorisé à le divulguer aux journalistes. Kevin Page souligne cette absence d'information et interprète ce silence comme un moyen de « démontre[r] que le programme n'est pas viable à long terme ».

À la Chambre des communes mardi, la ministre du Développement des ressources humaines, Diane Finley, s'est fait demander par le NPD « combien d'argent » Ottawa allait économiser. Aucune réponse n'est venue. « Il ne s'agit pas de combien on va économiser, mais plutôt de la viabilité à long terme pour assurer que le système sera là lorsque les aînés des futures générations en auront besoin », a répondu la ministre.

Le NPD consacrera sa journée d'opposition aujourd'hui à la Chambre des communes pour débattre d'une motion demandant que soit annulé le report de l'âge d'admissibilité étant donné que le régime est financièrement viable.

Plus de transparence

Kevin Page ne demande pas seulement plus de transparence sur cette question. Il en veut aussi davantage à propos du processus de compressions budgétaires en cours. Dans son second rapport déposé hier, intitulé celui-là « Renforcer la transparence et la surveillance en période de consolidation budgétaire », le chien de garde des finances du pays estime qu'Ottawa ne joue franc jeu ni avec lui, ni avec les parlementaires.

Il fait valoir que le gouvernement n'a pas indiqué de manière claire les budgets de départ des entités devant dénicher des économies. Il est donc difficile de calculer l'ampleur réelle de l'impact des coupes. « En dépit des demandes du DPB, le gouvernement n'a pas fourni des renseignements clairs au sujet des montants de référence utilisés dans le cadre des initiatives de réduction des dépenses de manière à permettre au Parlement d'évaluer les conséquences sur les programmes et services gouvernementaux », est-il écrit.

Le gouvernement conservateur a dévoilé dans le dernier budget que les ministères devront retrancher 5,2 milliards de dollars par année de leurs dépenses, mais on ignore toujours avec précision où ces sommes seront puisées. « Le gouvernement a déjà ordonné aux ministères de ne pas inclure dans leurs rapports sur les plans et les priorités les détails relatifs aux mesures d'économie incluses dans le budget de 2012, déplore le rapport. À l'heure actuelle, ces détails sont fournis seulement par l'entremise des journaux et des lettres des sous-ministres sur l'incidence sur l'emploi. »

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Correspondante parlementaire à Ottawa