Pyrrhotite: le NPD relance Ottawa

L'opposition officielle a lancé hier une campagne régionale visant à faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il dédommage le millier de familles victimes de la pyrrhotite (un sulfure de fer qui s'attaque aux fondations des maisons neuves).

Jusqu'ici, Ottawa est demeuré muet sur la question. Quand le gouvernement québécois a débloqué 15 millions pour aider les victimes en juin 2011, il prévoyait que le fédéral ajouterait 5 millions pour gonfler l'enveloppe à 20 millions. Mais depuis, aucune nouvelle. La Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) estime aujourd'hui qu'il était «prématuré» de parler d'un engagement du fédéral dans ce dossier. La Société d'habitation du Québec (SHQ), qui gère le programme de 15 millions, a réitéré hier n'avoir reçu «aucun engagement» d'Ottawa. «Il ne se passe absolument rien», déplore le député néodémocrate de Trois-Rivières, Robert Aubin.

Depuis l'automne, M. Aubin tente sans succès d'intéresser le gouvernement à ce dossier. Le NPD demande une aide fédérale similaire à celle offerte par Québec, rappelant que le gouvernement Chrétien avait débloqué 17,5 millions en 2001 pour un problème similaire (celui de la pyrite). Le NPD enverra donc aux électeurs de la région une trousse d'information comprenant des gabarits de lettre à envoyer à une dizaine de conservateurs: la ministre responsable de la SCHL, Diane Finley, le ministre des Sciences et Technologies (responsable de la norme fédérale qui concerne la pyrrhotite), les cinq députés québécois et le premier ministre sont ciblés. Une pétition a aussi été lancée hier.

La pyrrhotite — comme la pyrite — est un sulfure de fer qui s'oxyde au contact de l'humidité et de l'air. La pyrite étant présente dans les formations rocheuses utilisées comme remblai sous les dalles de fondation des maisons; son oxydation ne provoque qu'un soulèvement de la dalle, qu'il faut alors remplacer.

Dans le cas de la pyrrhotite, c'est toute la structure d'assise de la maison qu'il faut refaire, car le minéral est utilisé comme granulat à l'intérieur du béton. En gonflant, il provoque des fissures en toile d'araignée. À Trois-Rivières, la Coalition proprio-béton calcule une facture moyenne d'environ 200 000 $ par maison touchée.

Or la grande majorité des victimes devront payer une part importante de cette facture (un recours judiciaire de 170 millions a été déposé contre les entrepreneurs, les bétonnières et la carrière concernée). Même s'ils sont protégés par le Plan de garantie des bâtiments résidentiels neufs, celui-ci ne couvre pas les frais engagés par les propriétaires depuis l'acquisition de leur maison: la finition du sous-sol ou le terrassement sont par exemple exclus. Les propriétaires auto-constructeurs ne reçoivent pour leur part rien d'autre que l'aide de Québec.

Outre un dédommagement aux victimes, le NPD plaide pour que le gouvernement conservateur revoie la norme fédérale qui détermine la teneur acceptable en soufre pour qu'un granulat de béton soit jugé sécuritaire.