Colloque Après le rapatriement: l'état des lieux - 1982, une année victorieuse pour le Québec

Pierre Elliott Trudeau recevant une ovation de la part de ses députés après un vote en faveur du rapatriement de la Constitution, en décembre 1981.<br />
Photo: Agence Reuters Andy Clark Pierre Elliott Trudeau recevant une ovation de la part de ses députés après un vote en faveur du rapatriement de la Constitution, en décembre 1981.

1982, année d'une «grande victoire historique» pour le Québec? L'idée a de quoi faire sursauter, mais c'est le plus sérieusement du monde que l'auteur Ronald Graham a argué hier que le rapatriement de la Constitution de 1982 a tout compte fait été «une bonne affaire pour le Québec».

«1982 a été l'année d'une grande victoire historique pour les Québécois. Après plus d'un siècle d'injustice, un premier ministre fédéral francophone [Pierre Elliott Trudeau] a finalement coupé la dernière pierre coloniale du Canada avec la Grande-Bretagne et a enchâssé [...] l'égalité linguistique et le droit à l'instruction en français [dans une loi fondamentale] à l'abri des caprices des politiciens d'Ottawa», a fait valoir le journaliste et auteur de The Last Act: Pierre Trudeau, the Gang of Eight, and the Fight for Canada au cours du colloque Après le rapatriement: l'état des lieux — Quel bilan? Quelles perspectives? organisé par l'Association internationale des études québécoises.

À ses yeux, les observateurs politiques ont tort d'attribuer la défaite électorale du Parti libéral de 1984, la mort de l'accord du lac Meech, le référendum de 1995 «à un rejet par les Québécois» du rapatriement de la Constitution du Canada et de l'enchâssement de la Charte des droits et libertés dans la loi fondamentale. «À l'époque, plus de 80 % des Québécois disaient que le rapatriement et la Charte étaient de bonnes choses. C'est encore le cas aujourd'hui», a soutenu M. Graham, soulignant que René Lévesque «s'attendait à ce que les masses se révoltent» pour signifier leur désaccord à l'accord constitutionnel du 5 novembre 1981 entre Ottawa et toutes les provinces sauf le Québec, mais en vain.

Selon Ron Graham, la plupart des Québecois ne se sont pas sentis humiliés avant que le premier ministre conservateur Brian Mulroney «décide de diaboliser les gestes de Trudeau afin de mieux vendre Meech».

«Les limbes»

Pourtant, 78 % des Québécois francophones et 31 % des Québécois non francophones estiment que le chef du gouvernement fédéral a eu tort de rapatrier la Constitution de 1982 sans l'accord du Québec, comparativement à 20 % des autres Canadiens, selon un sondage commandé en vue du 30e anniversaire du rapatriement.

«Cette non-adhésion n'a pas concrètement aujourd'hui d'effets visibles très significatifs», a souligné la professeure au Département de philosophie de l'UQAM, Dominique Leydet, même si elle agit «encore aujourd'hui comme un révélateur d'un déficit de légitimité de la Constitution de 1982».

«Après une période de 15 ans de fortes turbulences constitutionnelles qui s'est close après l'échec du référendum de 1995, le renvoi sur la sécession du Québec et la loi sur la clarté référendaire, les Québécois vivent, travaillent, fonctionnent au sein de l'ordre constitutionnel canadien», a-t-elle expliqué, ajoutant toutefois que le gouvernement du Québec ainsi que la plupart des Québécois ne qualifieraient pas, 30 ans après le rapatriement de la Constitution de 1982, la non-adhésion du Québec de «curiosité historique appartenant à un passé révolu et sans résonance dans le présent».

Pour Mme Leydet, celle-ci marque aussi la possibilité pour le Québec de relancer le débat constitutionnel, ce faisant le laissant pour l'instant dans «les limbes de la politique méga constitutionnelle», c'est-à-dire dans «un état incertain et nébuleux où on est ni complètement mort ni complètement sauvé».

D'ailleurs, il existe un «consensus assez fort entre le Québec et le reste du Canada» sur le fait que la non-adhésion du Québec a entraîné des conséquences importantes, si bien que le Québec devrait être l'instigateur de nouvelles discussions constitutionnelles, a indiqué le professeur François Rocher, directeur de l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa, s'appuyant sur le coup de sonde. Par contre, 58 % des Québécois et 64,2 % des habitants du reste du Canada estiment d'ores et déjà qu'aucun changement constitutionnel ne pourra satisfaire le Québec.
22 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 14 avril 2012 06 h 59

    Ah Ah Ah Ah Ah

    Ainsi donc «L'auteur et journaliste indépendant Ronald Graham est d'avis que le rapatriement de la Constitution a été bénéfique pour les Québécois».

    Après avoir dit ça, est-ce que le monsieur s'est volatilisé, dissous en fumée, envolé vers le plafond en faisant pschiiiiiiiit ?

    La preuve est maintenant clairement établie. Tu peux dire n'importe quoi dans un colloque, du moment que tu as l'air respectable.

    Et quand tu es admis dans ce type de cénacle, tu es autorisé à faire ton boniment et dispenser tes avis même si ce que tu dis c'est n'importe quoi.

    Parce que dans ces conditions tu peux avoir l'espoir raisonnable que que parmis les loustics qui somnolent dans la salle, une certaine proportion ne fait pas la différence entre une vessie et une lanterne.

  • Gilles Delisle - Abonné 14 avril 2012 07 h 32

    Bénéfique pour les Québécois!

    Ce petit monsieur Graham va pouvoir encore mieux vérifier sa thèse lorsque le Québec sera devenu indépendant, et qu'il comprendra le lien direct entre le coup fourré de quelques traîtres et le décrochage des Québécois de ce pays à deux têtes qui ne nous ressemble en rien.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 14 avril 2012 07 h 49

    En effet, une victoire pour le Québec !

    Mais pas pour les même raisons qu'invoquent Ronald Graham. lequel n'a aucune idée de ce qu'est la genèse des États:

    ....

    Trudeau le perfide aurait trompé Lévesque le naïf. Résultat, le Québec a été exclu de la Constitution de 1982.

    Mais, pourquoi les souverainistes devraient-ils s’en plaindre. Trudeau a fait notre jeu. Imaginez le contraire. Lévesque nous enfermant à double tour dans la cage à castor canadienne après avoir obtenu des gains, qui avec le temps, se seraient révélés aussi insignifiants qu’illusoires. Imaginez la difficulté de légitimer la sortie de ce piège dans lequel on se serait enfermé nous-mêmes.

    Pour savoir qui a piégé qui, au juste, il faut penser la politique en termes de "temps long" (Géopolitique).

    Dans un premier temps, Trudeau a exclu le Québec de la Constitution de 1982. Un premier pas qui pousse légitimement le Québec vers la sortie.

    Dans un deuxième temps (long), Harper entreprend de définir le Canada sans le Québec. Un autre pas de plus qui nous pousse vers la sortie.

    Plutôt que de se plaindre de se faire exclure, qu’il nous suffise de comprendre que cela fait notre jeu. Il ne nous reste qu’à reprendre le pouvoir et définir résolument le Québec sans le Canada. Simple.

    Au bout de ce parcours, on arrive à la genèse (temps long) de deux États distincts. Donc, de plus en plus éloignés l’un de l’autre ; avec la perspective de plus en plus claire d’une rupture en vue. Et le référendum dans tout cela ? Pour ceux qui ne l’ont pas compris, ce n’est pas le Référendum qui mène à la souveraineté mais, bien la souveraineté qui mène au référendum ; lequel viendra formaliser (de jure) une situation qui existera de fait (de facto).

    Il ne nous reste qu’à prendre le pouvoir pour dire :

    Bon voyage Canada.

    Good riddance Canada

    ...

    P.s Le Parti de Trudeau a voulu mettre le Québec à sa place, finalement (temps long) c’est le Québec qui a mis ce parti à sa place : dans

    • Daniaile F - Inscrite 14 avril 2012 09 h 31

      Tous les partis devraient etre remis a leur place : le gouvernement en démocratie c est sensé etre le peuple.
      Ils s affublent du titre d élu(e)s dans le sens biblique et nous coiffent au poteau a tous les jours.
      Panem et circenses...Du pain et des Jeux voila tout ce qu ils nous offrent.

  • lpalardy - Inscrit 14 avril 2012 08 h 33

    Victoire Quelle Victoire?

    C'est bien un Journaliste de Calgary, qui parle de Victoire pour le Québec?
    Franchement!
    En premier, René Lévesque ne voulait pas Vaincre le Canada Anglais. C'est très Malhonête de dire cela. Il voulait les droits du Québec, sans Rien enlever au CanadiAns, d'où le droit de retrait avec compensation financière d'un programme fédéral.

    Maintenant, si on parle de désastre, la charte des droits et liberté est un désastre monumental. Maintenant le droit de l'invidu prime sur tout réglement ou loi passé par le gouvernement! Eh oui, c'est inconstitutionnel d'empècher le port des couteaux Indiens (Kirpan) à l'école!! Le débats sur les accomodements "raisonnables" est le résultat de ce "dérapage" constitutionnel.

    Maintenant, pour remettre les pendules à l'heure, vis à vis des propos, sur les "méchants séparatistes" de M. Harper et Chrétien. Comment peuventils expliquer que même les gouvernements Libéral FÉDÉRALISTE de MM Bourassa, CHarest n'ont jamais signé l'acte constitutionnel de 1982?

    Sans doute que c'est par ce qu'ils sont aussi séparatistes dans l'ame ?

  • francaisdamerique - Inscrit 14 avril 2012 08 h 39

    De quelle égalité linguistique parlez-vous ? - partie I

    De quelle égalité linguistique parlez-vous ? En Ontario, on peut vivre en français si on s’isole dans des ghettos linguistiques et qu’on ne va pas jouer sur le terrain des anglophones. Vous pouvez être unilingue anglophone et prospérer tandis que pour un francophone hors Québec qui ne parle que le français, les opportunités n’existent pas.

    Dans le ROC; il faut parler « white » sinon vous n’avez pas d’avenir professionnel. Le problème avec la plupart des francophones hors Québec, c’est ce qu’ils sont encore dans leur « Grande Noirceur » et ils n’ont pas vécu ou connu l’émancipation par la voie d’une révolution tranquille comme au Québec. En Ontario, ils sont encore attachés et ancrés aux anciennes valeurs à teintes anglo-saxonnes comme par exemple, les écoles catholiques avec leur loi raciste de l'article 93 de notre Constitution poussiéreuse qui confère un statut spécial pour ces écoles en Ontario en les subventionnant à 100%. Les francophones hors Québec ont toujours poursuivis ce mouvement fratricide dans leur communauté et le bilinguisme, les mariages exogames et le multiculturalisme n'ont certainement pas aidé à la rétention de leur langue et culture. Pensez-y, à Timmins, une petite communauté dans le Nord-Est de l’Ontario où l’on compte supposément une population francophone de 40%, le taux d’assimilation est de 95% en une génération.

    Cyril Dionne