Le danger croît avec les coupes

L’inspection gouvernementale des aliments constitue une assurance de qualité, tant pour le consommateur que pour le boucher, comme Victor Lopez.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’inspection gouvernementale des aliments constitue une assurance de qualité, tant pour le consommateur que pour le boucher, comme Victor Lopez.

Ottawa — Nouvelle semaine, nouvelle ronde de coupes annoncées dans la fonction publique. Et cette fois-ci, ce sont 5561 employés qui ont reçu une lettre les avertissant que leur emploi est menacé, auxquels s'ajoutent quelque 1500 professionnels et scientifiques de l'appareil fédéral. Dans la foulée, services aux contribuables et conseillers du gouvernement seront mis de côté. Mais le gouvernement est «malhonnête», car il refuse toujours de préciser lesquels de ses services seront affectés, a dénoncé le principal syndicat hier.

Parmi ces milliers de fonctionnaires angoissés, seule une partie d'entre eux perdront bel et bien leur emploi. Pour le moment, le fédéral les prévient que leur poste pourrait être supprimé; suivra ensuite une décision définitive au terme de laquelle 19 200 fonctionnaires seront remerciés, selon les prévisions du dernier budget. Pour une deuxième semaine consécutive, ce sont donc ces «avis» qui ont été envoyés dans 23 ministères et agences fédérales, notamment à quelque 230 fonctionnaires au Québec.

L'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) déplore le flou que continue d'entretenir Ottawa quant au nombre précis de coupes anticipées et des services qui seront touchés. «Jamais, dans toute l'histoire de la fonction publique, nous n'avons vu tant d'avis sortir si rapidement suite à la sortie d'un budget. Le gouvernement se presse pour annoncer et effectuer ses coupes sans indiquer aux Canadiens ce que ça veut dire pour les services dont ils ont besoin», a accusé en point de presse Larry Rousseau, de l'AFPC, qui craint que les citoyens se retrouvent devant le fait accompli.

Un chiffre a cependant été confirmé, hier: une centaine d'inspecteurs de l'Agence d'inspection des aliments seront mis à pied. «Cette décision ne fera qu'empirer la pénurie d'inspecteurs, au lieu d'améliorer les choses. Et puisque le gouvernement n'a pas daigné consulter ses propres inspecteurs, il coupe dans la salubrité des aliments à l'aveuglette, sans comprendre la gravité des conséquences, a fait valoir Bob Kingston, le président du syndicat Agriculture lié à l'AFPC. Sans policiers dans leur rétroviseur, les compagnies auront la partie facile pour tromper les consommateurs en jouant avec notre sécurité.» Après la crise de la listériose, qui avait fait 23 morts au pays, Ottawa avait ajouté 70 inspecteurs à l'agence. Au terme des réductions, ils seront donc moins nombreux qu'avant la crise de 2008. Or, l'agence fédérale assure, par courriel, que «les mesures de réduction des coûts ne compromettent nullement la salubrité des aliments». Au total, plus de 600 employés de l'agence et 842 au ministère de l'Agriculture ont été avertis que leur poste était en péril.

Dans chaque ministère, le discours est le même: parmi la douzaine contactée par Le Devoir, la poignée d'entre eux qui ont offert certains détails quant aux coupes anticipées ont tous martelé que les services ne seraient pas diminués. Aux Anciens Combattants, où 261 fonctionnaires ont appris que leur poste était menacé, on insiste sur le fait que «ces économies n'ont pas de répercussions sur les services et bénéfices offerts aux vétérans», car on y prétend éliminer simplement «des étapes et des formalités administratives inutiles». Mais ils ont tous refusé de confirmer le nombre de postes qui y seraient supprimés, arguant qu'ils en étaient toujours à avertir les premiers concernés en suivant le processus mis en place par le gouvernement. C'est le cas notamment à l'Agence des services frontaliers (1137 avis reçus) ou à Citoyenneté et Immigration (379 postes menacés). Du côté de l'Agence canadienne de développement international (534 emplois en péril) et l'Agence spatiale (30), on n'a pas daigné répondre à la demande d'information.

Or, les ministères et le Conseil du Trésor (qui mène l'opération) connaissaient avant même le dépôt du budget, il y a deux semaines, le détail de ces coupes. «Et ils ont caché cela aux Canadiens», a regretté le président de l'AFPC, John Gordon.

Au Conseil du Trésor, on rétorque que ces coupes sont une bonne nouvelle pour les Canadiens, puisque le gouvernement «a trouvé des mesures de réduction du déficit équitables et modérées». «Ce que nous faisons, c'est éliminer le gaspillage et le dédoublement inutile — et une administration publique moins lourde, plus abordable, est dans le meilleur intérêt des Canadiens», a plaidé une porte-parole du ministre responsable, Tony Clement, alors que le ministère refuse de préciser quoi que ce soit quant aux suppressions de postes.

Santé Canada a toutefois offert des précisions: jusqu'à 840 emplois y seront supprimés, de même que 300 à l'Agence de la santé publique. Parmi ceux-ci, environ 200 seront des scientifiques.

Au total, 6500 avis ont été envoyés aux membres de l'AFPC afin de leur souligner que leur emploi est en péril. La Défense nationale accusera notamment 1100 pertes d'emploi, tandis que CBC/Radio-Canada coupera 650 postes, dont environ 475 cette année.

Outre ceux-ci, l'Institut professionnel de la fonction publique a aussi annoncé que 1500 de ses membres avaient reçu un avis cette semaine. Au total, ils sont plus de 2000 professionnels et scientifiques à ne pas savoir ce que l'avenir leur réserve. «On dit une fois de plus aux Canadiens de laisser leur santé et leur sécurité entre les mains de l'industrie», a dénoncé le président, Gary Corbett. Et environ 690 membres du syndicat qui représente les économistes et les spécialistes en sciences sociales ont par ailleurs appris hier que leur poste est aussi en péril, tandis que 160 autres avaient été prévenus la semaine dernière.
44 commentaires
  • parade21 - Abonné 12 avril 2012 05 h 18

    L'État? Un bien nécessire

    Le gouvernement conservateur joue à la roulette russe avec ma santé et ma sécurité. Il a uniquement, dans son collimateur, les yeux rivés sur les colonnes de chiffres. Il gouverne l’État comme un simple comptable sans vision politique. En fait, il a une vision politique. Il croit que l’État doit se gérer comme une entreprise. Et ce gouvernement a un énorme préjugé devant les yeux. Soit celui de croire que l’État est, par définition, un monstre qu’il doit détruire, d’une main, et de l’autre que l’entreprise privée, et la nouvelle gestion publique inspirée de ses amis du secteur privé, est la solution miracle aux problèmes de gouvernance.

    Baisser les impôts des entreprises. Baisser les impôts des particuliers. Et, conséquence, il faut couper dans les services publics parce que l’État n’a plus les fonds nécessaires pour se gouverner adéquatement. Voilà la recette toute trouvée pour préparer un autre scandale du type de l’eau contaminée à Walkerton en Ontario.

    Le laisser-faire néolibéral a fait ses preuves. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper est en train de mettre nos vies en danger parce qu’il dirige un pays sans se soucier de l’intérêt public. Ce qui devrait être le souci premier de tout gouvernement responsable. On est mal pris. Un parti libéral au Québec qui dirige comme un parti conservateur. Il coupe dans les services publics. Et un parti conservateur qui dirige comme un parti conservateur. Il coupe, lui aussi, dans les services publics.

    Je ne suis plus sûr de vouloir aller manger au restaurant ce matin ou de boire l’eau de mon robinet.

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 12 avril 2012 12 h 45

      Vous avez vraiment besoin d'un gouvernemaman.....

      Pensez-vous vraiment que Mapple Leaf veut revivre ce qu'il a vécu et qu'un inspecteur du gouvernement y aurait changé quelque chose???

      J'ai dans ma famille des VICTIMES de la folie des fonctionnaire du Québec pour cette crise de listériose dans nos fromages fait de lait cru et laissez moi vous dire que ces fonctionnaires ont vraiment abusés de leur droit et tué une belle industrie fleurissante du Québec. Regardez combien de fromage d'ici au lait cru ont disparu de nos tablettes.

      Si le restaurant à côté de chez vous est insalubre et que vous avez de petit maux de vendre, ben faite passer le mot et n'y aller plus. Pas besoin du gouvernemaman pour le faire.....

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 12 avril 2012 12 h 47

      De plus, la qualité de l'eau est régie par les municipalités...

  • Chantal_Mino - Inscrite 12 avril 2012 05 h 39

    La priorité de nos gouvernements ... rendre plus vulnérable 99% des citoyens québécois et canadiens. ...

    Leurs priorités :
    Le pouvoir et l'$$$$$$$ dans leurs poches ainsi que celles de leurs tits amis.

  • Assez merci - Inscrit 12 avril 2012 05 h 52

    Non Oui Non Oui

    On l`as tu le plus bon et beau pays au monde ?

    • Pensee du jour - Inscrit 12 avril 2012 19 h 30

      Sans commentaire... ou presque... Il s'agit d'un mirroir de soi-même.

  • Jacques Pilon - Abonné 12 avril 2012 06 h 26

    Faire du ménage ?

    Quand on veut faire du ménage, on n'engage pas un démolisseur en construction ! Les conservateurs agissent comme ces derniers... Conséquemment: il n'y a pas que la décoration qui y passera mais bien des choses qui nous sont utiles...

    Pire encore, nous nous rendrons compte des impacts négatifs au fil des mois et des années à venir alors que nous aurons peine à faire le lien avec cet exercice de démolition...

  • Raymond CHALIFOUX - Abonné 12 avril 2012 06 h 38

    Phénoménal, vraiment!

    Ça lâche pas deux minutes! C'est à se demander s'ils ne seraient pas d'une autre planète, ces Conservateurs...

    Les É-U ont pu éviter cette calamité d'extrême droite nommée Santorum, alors que nous, seront "pognés" avec ces "illuminés de la bizenisse" pendant encore trois ans sinon quatre.

    Rendu là, ce pays sera vraiment méconnaissable!