Le gouvernement Harper change d'approche

«Pour réussir et prospérer, [...] les entreprises canadiennes doivent innover et créer des emplois de qualité», a déclaré hier le ministre des Finances Jim Flaherty.<br />
Photo: Agence Reuters «Pour réussir et prospérer, [...] les entreprises canadiennes doivent innover et créer des emplois de qualité», a déclaré hier le ministre des Finances Jim Flaherty.
Le programme fédéral de crédits d'impôt à l'investissement des entreprises pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS&DE) sera réduit et resserré afin de dégager des économies de 500 millions par année d'ici 2014 sur des crédits qui totalisaient 3,6 milliards cette année. On réduira notamment son taux général de crédit d'impôt de 20 % à 15 %.

Une partie de ces économies sera réinvestie sous forme d'une augmentation de 1,1 milliard en cinq ans du soutien direct à la recherche et développement ainsi que des fonds de 500 millions en capital de risque. D'autres subventions devraient être annoncées dans les années à venir, expliquait-on hier au ministère des Finances, afin que cet exercice de rééquilibrage ne mène à aucune diminution de l'aide fédérale en ce domaine.

Jim Flaherty dit s'appuyer sur les conclusions du comité d'experts présidé par Thomas Jenkins qui s'était rendu aux arguments des nombreux critiques des politiques fédérales en la matière. Chef de file parmi les pays développés dans le financement public de la recherche, le Canada tire pourtant de plus en plus de l'arrière en matière d'investissements privés en innovation tout comme en gains de productivité. Cet échec est notamment attribué à un trop grand recours à des crédits d'impôt trop généreux et mal ciblés qui font le bonheur des firmes de consultants en fiscalité.

S'arrimer aux besoins des entreprises

Avec ses nouvelles subventions, le gouvernement fédéral entend poursuivre ses efforts pour mieux arrimer la recherche aux besoins des entreprises privées. On dit souhaiter, par exemple, que le Conseil national de recherches du Canada «réoriente ses activités vers la recherche dirigée par l'entreprise et pertinente pour l'industrie».

Ravi par les succès remportés par le Programme canadien pour la commercialisation des innovations (95 millions sur trois ans), qui se sert, entre autres, des contrats publics fédéraux pour donner un coup de pouce à de nouveaux produits canadiens, Jim Flaherty a décidé d'y ajouter un volet militaire. Plus de 60 millions en trois ans ont aussi été alloués à Génome Canada afin qu'il lance un nouveau concours de recherche appliquée dans le domaine de la santé humaine.

La RS&DE compte actuellement pour environ 70 % de l'effort total du gouvernement en matière d'aide à la recherche et à l'innovation. Ses 3,6 milliards en crédits d'impôt par année s'accompagnent d'un autre 1,5 milliard en crédits d'impôt supplémentaires accordés, ceux-là, par les provinces.

«L'économie mondiale est de plus en plus marquée par la concurrence, rappelait hier le ministère des Finances dans l'un de ses documents d'information. Le rythme des changements technologiques ouvre de nouvelles possibilités, tout en rendant obsolètes les anciennes pratiques commerciales. Pour réussir et prospérer dans un tel contexte, les entreprises canadiennes doivent innover et créer des emplois de qualité.»
4 commentaires
  • Pierre Vincent - Inscrit 30 mars 2012 05 h 47

    Ou est l'innovation dans le budget fédéral?

    S'il faut tant innover, comment se fait-il que le budget d'hier soit aussi... conservateur? Un gouvernement aussi rétrograde dans une foule de domaines n'a aucune crédibilité lorsqu'il prétend parler d'innovation. Lorsqu'on a un ministre des sciences et de la technologie créationniste (d'emplois?), que l'on nie l'existence des changements climatiques, que l'on abolit la Table ronde sur l'environnement et l'économie et que l'on assouplit le processus d'évaluation environnementale afin de favoriser et d'accélérer la réalisation de projets polluants, on peut dire que l'on retourne en arrière, pas qu'on va de l'avant...

  • Josee Desforges - Inscrite 30 mars 2012 10 h 40

    Innover ou se borner ?

    Comment est-il possible d'innover lorsque l'« innovation » est dictée par les entreprises privées qui sont souvent bornées à leur propre besoin (n'est-ce pas justement pour cela qu'elles ont besoin d'innover?) Pour innover, il faut avoir un large bagage de connaissances générales et une approche interdisciplinaire. Or, ces deux éléments proviennent bien souvent de la recherche fondamentale qui vient justement d'être coupée dans le budget fédéral. Le gouvernement veut des résultats concrets pour chacune des recherche effectuée. Pourtant, l'innovation provient bien souvent d'une accumulation de savoirs qui, a priori, n'offraient pas de remèdes miracles.

  • Paul Lalande - Inscrit 30 mars 2012 18 h 24

    À genoux devant la richesse

    "Avec ses nouvelles subventions, le gouvernement fédéral entend poursuivre ses efforts pour mieux arrimer la recherche aux besoins des entreprises privées. On dit souhaiter, par exemple, que le Conseil national de recherches du Canada «réoriente ses activités vers la recherche dirigée par l'entreprise et pertinente pour l'industrie»".

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    La recherche est à genoux devant le militarisme, la génomique et autres projets technoscientifiques dont la mission première est de permettre aux dominants de ce monde de mettre encore plus d'argent dans les poches...

    "Il n’y a personne qui gagne qu’un autre n’y perde" Jean Bodin (16e siècle)

  • NDNM - Abonné 30 mars 2012 20 h 41

    Ou comment hypothéquer l'avenir

    Nous avons eu connaissance d'un commentaire de la vice-rectrice à la recherche de l'U de M qui trouve que le budget devrait apaiser les inquiétudes des chercheurs « Les trois grands conseils, même s’ils subissent des réductions budgétaires totalisant 37 M$, ont obtenu en effet l’entièreté des fonds pour bonifier les programmes universités-entreprises. »
    Donc si on suit cette logique une réduction de 37 millions de dollars est satisfaisante !
    Une lecture plus approfondie du budget concernant la recherche dévoile une vision totalement axée sur la valeur commerciale de la recherche. La mise au service de l'industrie de la capacité de recherche des universités est une erreur historique et contre-productive. Aucune recherche fondamentale ne sera plus possible alors qu'elle constitue la réserve des innovations futures et l'avenir des prochaines générations. En particulier dans le domaine de la santé les entreprises ferment leurs centres de recherche malgré les investissements et les avantages que les gouvernements leur ont offerts par le passé. On a vu successivement la fermeture de tous les grands laboratoires de recherche des compagnies par exemple Merck Frosst, le dernier en date étant celui de Astra-Zeneca. D'un autre côté, il devient presque impossible d'obtenir du financement en milieu académique si on n'a pas identifié un partenaire industriel. Le capital de risque est totalement inutile en terme de recherche puisque ce sont les industriels eux-mêmes qui s'occupent de trouver les projets présentant un potentiel de rentabilité rapide. Quant à l'investissement en R et D en santé on sait depuis longtemps que se cache derrière ce terme un investissement en marketing camouflé en développement. Le rôle des universités restant jusqu'à preuve du contraire l'avancement et la transmission des connaissances, où se réalisera cette mission quand l'université sera devenu un substitut des laboratoires industrielles à visée stricte