Harper imprime sa marque

«Les réductions de dépenses sont modérées. Elles sont loin de celles de la Grande-Bretagne, qui représentent environ de 4% de son PIB, ou encore de ce que Paul Martin et Jean Chrétien ont fait dans les années 1990», a dit hier le ministre des Finances, Jim Flaherty.<br />
Photo: Agence Reuters «Les réductions de dépenses sont modérées. Elles sont loin de celles de la Grande-Bretagne, qui représentent environ de 4% de son PIB, ou encore de ce que Paul Martin et Jean Chrétien ont fait dans les années 1990», a dit hier le ministre des Finances, Jim Flaherty.

Ottawa — Pour la première fois depuis les six ans qu'ils sont au pouvoir, les conservateurs ont pu déposer hier un budget véritablement à leur image. Le ministre des Finances, Jim Flaherty, resserre les dépenses de l'État de 6,9 %, met à pied 12 000 fonctionnaires, augmente la participation étrangère dans les banques et les entreprises de télécommunication et amorce une panoplie d'allégements des processus administratifs. Mais ce budget fait aussi quelques concessions à la gauche en bonifiant le régime d'assurance-emploi et en immunisant des pans entiers du secteur culturel aux compressions à venir.

C'était LE chiffre que tout le monde attendait: celui de l'ampleur des compressions. Finalement, le gouvernement de Stephen Harper a choisi de retrancher 5,2 milliards de dollars par année des dépenses d'Ottawa au terme de l'examen stratégique et fonctionnel tant redouté. Le précédent budget discuté en campagne électorale parlait plutôt de réductions de 4 milliards, ou 5 %. Le ministre Flaherty plaide toutefois qu'il s'agit d'un exercice «modeste» par rapport aux coupes assenées en 1995 par le gouvernement libéral. «Les réductions de dépenses sont modérées. Elles sont loin de celles de la Grande-Bretagne, qui représentent environ de 4 % de son PIB, ou encore de ce que Paul Martin et Jean Chrétien ont fait dans les années 1990.»

Certains ministères sont plus affectés que d'autres. Celui des Ressources naturelles et Agriculture et Agroalimentaire ont chacun retranché 10 % de leur budget (108 et 310 millions respectivement). L'aide au développement écope avec une réduction de son enveloppe de 378 millions de dollars. Les Services correctionnels perdront 295 millions (10 %) et le budget prend la peine de préciser que «le gouvernement n'a érigé aucune nouvelle prison depuis 2006 et n'a nullement l'intention d'en construire de nouvelles». Les agents du Parlement participent aussi à l'effort, y compris le Vérificateur général (6,7 millions) et le Directeur général des élections (7,5 millions). Seul le Commissaire aux langues officielles est épargné.

Le ministère du Patrimoine contribue avec une part exactement dans la moyenne, à 6,9 % ou 191 millions, mais ce chiffre cache des disparités entre ses différentes entités. Ainsi, si les musées nationaux sont protégés, la Société Radio-Canada/CBC, qui représente environ le tiers du budget total du ministère, écope de 60 % de l'effort de ce dernier (115 millions). Ces 115 millions représentent 11 % du budget total de la société d'État.

À l'inverse, le ministère des Affaires autochtones est épargné, n'ayant à réduire ses dépenses que de 166 millions, ou 2,7 %. Les Anciens combattants aussi bénéficient d'un traitement privilégié avec 1,1 % de coupe, ou 37 millions. Certes, la Défense nationale devra retrancher 1,1 milliard de dollars par année de son budget, mais il s'agit d'une réduction sur papier prise à même les augmentations anticipées de son financement.

Le budget Flaherty se démarque par l'absence quasi totale de détails sur ces compressions. Les fonctionnaires n'étaient pas en mesure d'en fournir davantage hier. Chaque section portant sur les ministères spécifiques est plutôt truffée de mots-clés tels que «restructuration», «reconfiguration», «consolidation», «simplification de processus». On apprend tout au plus ici que les ministères de l'Environnement, des Ressources naturelles et des Pêches et Océans réduiront leur parc automobile ou là que le ministère des Affaires étrangères vendra certains édifices à l'étranger pour déménager les ambassades dans des locaux moins imposants. Lesquels? Silence.

Au total, Ottawa estime que cet exercice de réduction des dépenses entraînera des pertes de 19 200 emplois dans la fonction publique, soit 4,8 % du total. Comme Ottawa mise sur les départs volontaires à la retraite et l'attrition, il calcule que ce sont véritablement 12 000 personnes qui perdront leur emploi sur trois ans. «Une grande proportion des réductions des équivalents temps plein sera effectuée dans la région de la capitale nationale.»

Notons que toutes ces coupes s'ajoutent aux quatre précédents examens stratégiques des conservateurs ayant retranché de manière récurrente 1,8 milliard d'Ottawa, ainsi qu'au gel des budgets des ministères représentant une perte de 2 milliards annuellement.

Déficit

Ces importantes compressions ne seront malgré tout pas suffisantes pour devancer le retour à l'équilibre budgétaire. Le gouvernement conservateur vise encore 2015-2016, avec un léger surplus de 3,4 milliards, juste à temps pour l'élection de l'automne 2015. Cela permettra alors de mettre en oeuvre la panoplie de congés fiscaux promis aux contribuables lors de la dernière campagne électorale, mais qui étaient conditionnels au retour du déficit zéro.

Les revenus totaux d'Ottawa cette année seront de 255 milliards, contre des dépenses de 276,1 milliards (dont 30,8 milliards en frais d'intérêt sur la dette) pour un déficit de 21,1 milliards. Le déficit s'établira à 10,2 milliards en 2013-2014 et à 1,3 milliard en 2014-2015. Il s'agit d'une légère amélioration par rapport aux prévisions de l'automne dernier. Au total, la dette canadienne sera passée de 457,6 milliards de dollars en 2007-2008 à 613,9 milliards sept ans plus tard. Pendant leur règne, les conservateurs auront alourdi la dette du Canada de 156,3 milliards.

Comme prévu, le gouvernement fait passer graduellement l'âge d'admissibilité à la Sécurité de la vieillesse de 65 à 67 ans, mais ne calcule pas combien ce changement fera économiser à l'État. Le régime de pension des députés sera également modifié pour la prochaine cohorte d'élus.

Processus réglementaire

Une panoplie d'assouplissements réglementaires, un thème cher à la droite, est promise. Ainsi, on annonce comme prévu la simplification du processus d'évaluation environnementale des grands projets, y compris l'oléoduc Northern Gateway déjà en cours. On promet l'abrogation des mesures réglementaires liées aux normes d'emballage «afin que l'industrie puisse tirer profit des nouveaux formats et des nouvelles technologies d'emballage», mais sans en dire plus. Enfin, le gouvernement élimine l'exigence d'apporter des modifications réglementaires avant que les nouveaux médicaments puissent être prescrits. Le budget assure que cette mesure «vise uniquement à réduire les formalités administratives», mais encore là, aucun fonctionnaire n'a été en mesure de préciser en quoi la situation actuelle pose problème.

Assurance-emploi

Le ministre des Finances fait, malgré ce budget bleu, quelques concessions à ses adversaires politiques, surtout en matière d'assurance-emploi. La hausse du taux de cotisation au programme est réduite de moitié, pour s'établir à 0,05 $ par tranche de 100 $ de gains assurables au lieu de 0,10 $. N'empêche, le gouvernement percevra quand même plus de cotisations (20,1 milliards) qu'il versera de prestations (18,7 milliards) cette année.

Le gouvernement annonce aussi des changements, en apparence positifs, pour les chômeurs qui recommencent graduellement à travailler. La part des revenus qu'ils pourront conserver en plus de leur prestation passera de 40 à 50 %. Mais attention! Le mode de calcul est complètement modifié de sorte que pour les gagne-petit, ou ceux qui ne recommencent à travailler qu'une journée par semaine, le nouveau régime sera moins généreux que l'ancien.

Quant aux réinvestissements, Ottawa mise sur l'innovation et la recherche et développement. Il se rend aux arguments des critiques des programmes actuels et procède au début d'un réalignement en mettant de côté les crédits d'impôt pour privilégier les investissements directs. Aussi, le gouvernement fédéral économisera-t-il, à terme, 500 millions par année en crédits d'impôt, mais augmentera de 1,1 milliard le soutien direct sur cinq ans. Une autre tranche de 500 millions sera consacrée au capital de risque. D'autre part, il poursuit ses efforts pour arrimer cette aide aux besoins des entreprises privées.

Ces concessions n'ont pas amadoué les partis d'opposition. Néodémocrates et libéraux voteront contre ce budget. «Les conservateurs ont été élus sur la promesse de créer des emplois. À la place, ils coupent dans la santé et les pensions, a pesté le chef du NPD, Thomas Mulcair. À long terme, la poursuite de ces politiques conservatrices laissera la plus grande dette économique, écologique et sociale de notre histoire.»

Le chef libéral par intérim, Bob Rae, a parlé d'un budget «idéologique». «Malheureusement, ce budget n'apporte aucune mesure palpable pour la croissance de l'emploi, et ne règle pas le problème de chômage chez les jeunes ni la pénurie de compétences que connaît le Canada.»
45 commentaires
  • Louise Hurteau - Inscrite 30 mars 2012 03 h 18

    Retour à l'équilibre ? On l'avait avant les conservateurs

    C'est franchement incroyable - ces conservateurs - réformistes, quelle calamité pour le Canada !

    • Michaël Lessard (micles.biz) - Abonné 30 mars 2012 18 h 21

      Oui, on peut dire que nous étions plus près d'un budget équilibré, avec des surplus, avant les Conservateurs.

      Logique « conservative » (semble-t-il) :
      a) réduire taxe / réduire impôt d'entreprise ;
      b) ensuite se plaindre du déficit et couper ;
      c) les provinces assument plus pour les services.

      Les partisan-es de la lutte contre la dette pourraient trouver cette logique particulière ou intrigante. Le déficit a été augmenté de plusieurs manières par les « Conservateurs ». En plus, le Canada a des milliards manifestement pour des trucs douteux (subventionner la pauvre industrie pétrolière), mais le Canada n'aurait pas quelques millions de plus pour les personnes âgées dans le besoin.

      Je suis membre du NPD et plutôt à gauche et je suis pour un équilibre budgétaire*, sans exagérer non plus. On peut faire des choix budgétaires différents: transférer les subventions pétrolières à des choses plus constructives et écologiques; dépenses militaires plus rationnelles et terre-à-terre (non, les soldats ne demandent pas 65 F-35!), etc.

      PLUS : Bien des gens n'en reviennent pas que Harper détruise le programme Katimavik et la Table ronde sur l’environnement www.nrtee-trnee.ca

      - SPIN Budget Harper 2012: création d'emplois.

      - REALITÉ : ex-employés d'AVEOS et 19,200 ex-employés fédéraux. Certaines entreprises diront aimer ce budget, mais allez savoir si elles vont vraiment embaucher plus.
      --


      ( * D'ailleurs, Tommy Douglas —le véritable père de l'assurance santé publique et universelle— avait des budgets équilibrés en Saskatchewan 5 mandats de suite. Il était socialiste.)

  • Pierre Lachance - Inscrit 30 mars 2012 05 h 40

    Merci

    Merci Harper, tu viens de scraper mon deuxième rêves, le premier était de m'acheter une petite maison, tu as rendu la possibilité d'emprunt trop haute pour moi. Merci comme cela je n'aurais jamais de chez moi! Mise a part cela veux tu bien me dire qu’est ce que j’aurais fait avec sa Hey! C’est ben trop d’ouvrage pour moi! Merci Harper de penser a ma santé!
    Merci pour ma retraite à 65 ans, j'aurais fait quoi pendant ces deux ans? Je t'aime Harper! Tu es mon idole!
    Merci d'écraser, les petits au nom des riches super le fun sa montre que tu es quelqu'un de bien qui a tellement d'empathie a part cela si tu le ferais pas qui s’occuperait d’eux. Tu es vraiment super, je vais priez pour que tu continus et que tous te vénères.
    C’est sur avec tout ce que tu fais tu va surement être béatifié. Ce qui est plate, c’est que tu ne liras jamais les bons mots que j’ai pour toi te ne saura jamais a quel point je t’aime et que maintenant avec toute les belles choses qui m’arrive j’espère de mourir vite pour regarder l’ensemble de ton œuvre d’en haut.
    Il fut un jour ou j’aimais mon Pays!

    • Francois B. - Abonné 30 mars 2012 09 h 39

      Si vous voulez encore aimer votre pays, c'est facile: faites votre possible pour le créer!!

      Un Québec indépendant ne serais pas assujetti à la merveilleuse vision de Harper et de ses mini républicains.

    • serge lemay - Inscrit 31 mars 2012 08 h 10

      Si c'est pour être mené par Lulu et Boisclair les deux défenseurs de l'extraction des gas de schiste, ou par Legault, ben on verra, en attendant, j'aimerais bien voir le véritable pays proposé par la PQ, car depuis quarante ans qui nous parle d'indépendance, le PQ n'a toujours pas explqué quels seront :
      1-forme de l'état (république ou ???)
      2-mode de scrutin
      3-monnaie
      4- armée
      5- relations internationales et avec le Canada
      6- comment réagir face au refus du Canada de négocier le retrait avec compensation de la confédération

      et j'en passe.

    • Assurancetourix - Inscrite 2 avril 2012 22 h 40

      @Serge Lemay...Vous avez tout à fait raison...Marois n'explique pas comment assumer 250 milliards de dette québécoise plus 23% de la dette fédérale...

      Pour le moment, la côte d'emprunt du Qc est cautionné par la présence du Qc au Canada...Au lendemain de l'indépendance, plus de caustion...Le Qc ne serait pas mieux que la Grèce du point de vue de la côte d'emprunt....

      Et brusquement, il y a des dépenses majeures pour recréer des ambassades, une armée, une poste, une banque centrale,une assurance-emploi.etc etc..et tout ça, sans les 20 milliards de peréquation ( en plus de ce que le Qc envoit au Fédéral)
      ....
      Je n'aime pas Harper et ses politiques mais Pauline Marois ne fait pas le poids devant les qualités stratégiques, l'aggressivité et combativité de harper...Il défendra le Canada bec et ongles....en commençant par reprendre le territoire-Nord (2/3 du Qc) annexé volontairement par le Canada au Qc, lors de son entrée dans la confédération...

      Pauline et tous les chefs du PQ n'en ont jamais parlé car cela est un abysse de difficultés...

  • Demosthene - Abonné 30 mars 2012 06 h 14

    Un budget pour les 1 pourcent

    Par la nature des coupures choisies, on voit bien que ce gouvernement ne représente que les intérêts des 1 pourcent les plus nantis.

    Les plus pauvres paient, encore et encore.

    Et on veut nous faire croire que les services ne diminueront pas.

    De sombres années sont à prévoir.

    La seule réponse aux nombreux problèmes pressants que nous pouvons attendre de ce gouvernement sera sans doute : «Dieu y pourvoira».

  • Darwin666 - Abonné 30 mars 2012 07 h 24

    Modérées?

    «Les réductions de dépenses sont modérées»

    On semble ici oublier qu'elles font suite à plusieurs années d'autres compressions et de gels de budget, comme le dit si bien Manon Cornellier dans sa chronique.

  • Yvon Bureau - Abonné 30 mars 2012 07 h 29

    Jour de tristesse

    Le 29 mars 2012, au Canada, c'est un grand jour de tristesse, c'est un jour porteur de mauvaises augures.

    C'est un jour qui s'élance vers le plus petit, après avoir été le «plus meilleur pays au monde».

    Seulement l'économie, ça rend terne, moins humain, moins beau, moins bon, plus petit, moins honorant la vie, honteux.

    • Francois B. - Abonné 30 mars 2012 09 h 42

      Votre dernière phrase décris presque mot pour mot la vision conservatrice de M. Harper.

      Vous remarquerez sans doute le paralèle avec la vision de George W. Bush?

      Bienvenu aux États-Unis du Canada!